Chasse : Après un âne, quatre vaches

La haine est dans le pré

Le torchon brûle entre agriculteurs et chasseurs à Gironville. En cause : la prolifération des sangliers. Condamné pour avoir tué douze sangliers avec son tracteur, un exploitant a ramassé hier une troisième vache tuée par balle.

Sale journée pour Fabrice Noël. Hier matin, cet exploitant agricole a trouvé dans un de ses prés une troisième vache morte. Tuée par balle. Comme les deux premières retrouvées lundi. Et comme celle d’un voisin : «Une erreur. Ils ont dû penser qu’elle m’appartenait», persifle l’éleveur d’un air plutôt blasé.

D’apparence si calme, le petit village de Gironville-sous-les-Côtes, près de Commercy, a pris des airs de Dallas-sur-Meuse. Il faut dire que Fabrice Noël n’est pas non plus un enfant de chœur. Pour la deuxième fois en deux ans, le tribunal de Bar-le-Duc l’a condamné pour avoir tué respectivement onze, puis douze sangliers. La première fois avec son 4X4. La deuxième avec son tracteur. L’homme ne s’en est jamais caché même si le tribunal a peu goûté ses explications : «Des accidents… Bon d’accord, la deuxième fois, j’aurais pu freiner…»

L’agriculteur a été condamné à 400 € de contravention, 1446 € de dommages à la Fédération des chasseurs, 300 € à l’Acca (Association communale de chasse agréée) et 600 € au titre de l’article 475 : «Je ne conteste pas l’amende. Mais avoir à indemniser les chasseurs alors que j’ai fait leur boulot, ça fait mal.»

Leur loisir, notre boulot

La condamnation est tombée il y a dix jours. Le week-end dernier, une quinzaine de sangliers étaient de nouveau retrouvés morts à Gironville. Depuis, les balles pleuvent sur le troupeau de Fabrice Noël : «Un chasseur m’a dit : un sanglier mort = une vache morte. Un autre trouve que je n’ai pas été assez condamn é. Et je vous épargne depuis des années les soixante-quinze barres de fer trouvées dans mes champs, le poison dans mon colza, les clôtures cisaillées…» La gendarmerie de Commercy a la lourde tâche de mener l’enquête.

De son côté, la fédération départementale de chasse semble abasourdie : «C’est le far-west ! Je condamne l’ensemble de ces violences», déplore Michel Thomas.

Le président regrette d’autant plus la situation qu’il estime que d’énormes efforts ont été faits. De 2004 à 2007, environ 12 000 sangliers étaient abattus chaque saison.

«Depuis deux ans, nous avons mis des plans de tirs très importants. Il y a eu plus de 25.000 bracelets pour 19.480 prises en 2008–2009 et 27.000 pour 15.500 en 2009–2010. Nous avons installé des protections, fait des tirs de nuit, incité à la chasse d’été pour que cela pénalise moins les cultures, avec des bracelets à 20 € dans cette période contre 68 € . Les dégâts ont énormément baissé même si c’est forcément inégal suivant les secteurs

Fabrice Noël est chaque année indemnisé d’environ 40.000 € pour ses quarantes hectares détruits.
«Ce n’est pas assez. D’abord parce que nos experts trouvent le double de quantités des leurs.
Ensuite parce que ces indemnités équivalent juste à une perte de récolte mais pas aux dégâts collatéraux que nous subissons», estime ce membre des Robins des Champs, une association meusienne qui multiplie depuis trois ans les opérations chocs.

Tout en dénonçant le système : «Le sanglier est devenu un animal d’élevage. Pour attirer les chasseurs, les adjudicataires créent cette prolifération par l’agrainage ou le tir sélectif épargnant les femelles. Résultat : les dégâts sont devenus quelque chose de normal, d’accepté. La différence, c’est que pour eux c’est leur loisir, alors que c’est notre boulot

Philippe MARQUE.

Un autre canard écrit ceci : "Bar le Duc : il estourbit douze sangliers à la herse ! Mieux qu'Obélix ! Pour cet agriculteur de Gironville-sous-les-Côtes, il s’agit d’un simple accident. Alors qu’il terminait de semer son champ entre 22 h et 23 h, il a surpris une cinquantaine de sangliers déboulant devant son tracteur. Il en a estourbit douze à la herse."

Sans commentaire. L'âne, c'était ici.

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