Claude Dendaletche : Le but des bergers et des élus était de tirer le meilleur parti de l'ours

Interview de Claude Dendaletche dans Géo
par Nicolas Ancellin. Extraits.

"Le but poursuivi localement par la plupart des bergers et des élus n’était pas de faire réellement un effort pour la protection des biotopes ursins, mais de tirer le meilleur parti économique de la présence de l’ours."

Le débat autour de la protection de l’ours des Pyrénées est-il toujours aussi vif?
Claude Dendaletche : Le but des bergers et des élus était de tirer le meilleur parti de l'ours Claude Dendaletche : Sur ce dossier, que je connais bien, le problème vient du fait que les actions d’introduction d’ursidés ont eu lieu alors qu’il existait encore des spécimens autochtones dont on était incapable de protéger les milieux de vie. Rappelons qu’en 1979, les premières «primes de dérangement» payées aux bergers ayant perdu des animaux ont été versées par les associations de protection de la nature. La première fut même celle que j’avais créée, le Fonds d’intervention écopastoral, dont l’action était guidée par le slogan suivant : «Pour que l’ours et le berger puissent vivre ensemble dans les Pyrénées.» Il s’agissait d’aider les bergers (information, prêt gratuit de radiotéléphones pour joindre les secours en cas de besoin, promotion du fromage produit en zone à plantigrades, héliportage gratuit de matériel pastoral, etc.), lesquels s’engageaient en retour à respecter l’environnement du grand prédateur. Mais personne n’a vraiment joué le jeu, et surtout pas les élus. L’initiative du ministre de l’Environnement, Brice Lalonde, qui, en 1990, proposa la création de réserves pour la faune sauvage, a même mis le feu aux poudres. Certains élus firent sonner le tocsin dans les vallées ! Un véritable vent de révolte. Résultat, en dépit d’une aide financière importante de l’Etat, cette «gestion» de l’ours a donné lieu à un échec. Car, derrière les discours, le but poursuivi localement par la plupart des bergers et des élus n’était pas de faire réellement un effort pour la protection des biotopes ursins, mais de tirer le meilleur parti économique de la présence de l’animal. Ainsi, l’Institution patrimoniale du Haut- Béarn [structure intercommunale] a vu passer beaucoup d’argent dans ses caisses depuis que lui fut confiée la gestion de l’ours dans les vallées d’Aspe et d’Ossau, en 1994. Or les fonds ont souvent été utilisés pour des histoires qui n’avaient rien à voir avec l’ours…

La population béarnaise elle-même a un comportement ambigu sur ces questions liées à l’ours…
C’est tout à fait vrai. Cet animal est à la fois revendiqué comme étant partie prenante du territoire («Il est à nous, car nous sommes les seuls à l’avoir conservé dans les Pyrénées») et constamment vilipendé («Il nous empêche de travailler paisiblement en raison des dérangements qu’il occasionne pour nos troupeaux»).

L’introduction d’ours venus d’autres pays – de Slovénie, en l’occurrence – ne pouvait qu’ajouter à la confusion. D’un côté, l’Etat souhaite honorer ses engagements internationaux, poussé par la montée en puissance du vote écologiste, et de l’autre, les Béarnais veulent rester «maîtres chez eux» et ne supportent pas que des ours «étrangers» viennent circuler sur leurs terres ! Problème insoluble, qui occupera encore longtemps les colonnes des journaux et les discussions dans les villages.

Et le retour du loup, c’est pour quand ?
Claude Dendaletche : Ce prédateur pénètre de temps à autre dans les forêts et les vallées isolées des Pyrénées-Atlantiques. Ses incursions se font depuis les monts cantabriques, en Espagne, où il se multiplie et s’éloigne de plus en plus des zones où il est officiellement protégé. Fort heureusement, cette présence encore discrète passe pour le moment inaperçue, en particulier de la presse locale. Mais on peut prévoir raisonnablement que le loup sera appelé dans un proche avenir à devenir ici un autre ennemi public numéro un.

Claude Dendaletche, interviewé par Nicolas Ancellin.
Source : Géo, Photo: LF

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