Gérard Bailly superprédateur !

Gérard Bailly superprédateurLe sénateur Gérard Bailly n'aime pas les prédateurs, c'est bien connu. Le journal "Le Progrès" publie un article sur la marotte de Gérard Bailly titré "Gérard Bailly s'attaque aux grands prédateurs".

"Le sénateur jurassien a posé mardi une question au gouvernement pour s'étonner que celui-ci tolère les blessures infligées aux moutons par le loup, le lynx et l'ours".

Le sénateur Gérard Bailly s'étonne "que l'Union européenne préconise le bien-être des animaux dans les exploitations agricoles, que l'État français fixe des règles d'abattage qui incluent l'absence de douleur des animaux, quand, dans le même temps, ils tolèrent «les blessures infligées à 3.133 agneaux par les prédateurs - loup, ours et lynx - volontairement réintroduits».

Passons sur l'erreur volontaire du "loup volontairement réintroduit"; les obsessions ont le vie dure. Il me semble utile de rappeller au sénateur du Jura certaines notions basiques que je "pique" à l'encyclopédie wikipédia. Ne rêvez pas, notre gérard Bailly anti sauvage ne devient pas un extrémiste de la cause animale, il surfe sur la vague pour s'attaquer aux empécheurs de brouter en rond.

  • Un prédateur est un organisme vivant qui met à mort des proies pour s'en nourrir ou pour alimenter sa progéniture. La prédation est très courante dans la nature où les prédateurs jouent un rôle essentiel dans le maintien des équilibres écologiques.
  • Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur. Le nombre et la densité des prédateurs par rapport au nombre et à la densité des proies influent directement sur la dynamique des populations de proies et de prédateurs.
  • La dynamique des populations s’intéresse au développement numérique de toutes les populations d’êtres vivants, et plus particulièrement de celles des animaux sexués. Les répartitions de poids, la composition par âge des individus, l'environnement, la biologie des groupes, et les processus qui influent sur ces changements font également partie de son champ d'étude. Ces études ont pour but, outre de prévoir les accroissements ou diminutions des populations, de comprendre les influences environnementales sur les effectifs des populations.
  • Une chaîne alimentaire est une suite d'êtres vivants de différents niveaux trophiques dans laquelle chacun mange des organismes de niveau trophique inférieur (leur inflige des blessures mortelles!) dans le but d'acquérir de l’énergie. Le premier maillon d'une chaîne est toujours un organisme autotrophe. 
  • L'humain est souvent le dernier élément de la chaîne : c'est un superprédateur.

Le Progrès poursuit : "Le sujet des grands prédateurs est l'un des chevaux de bataille de l'élu jurassien depuis quelques années. En 2008, il a rendu un rapport intitulé « Revenons à nos moutons : un impératif pour nos territoires et notre pays », qui l'avait conduit à sillonner les différents massifs. "

"On dit que le budget réservé aux grands prédateurs (7 millions d'euros prévus en 2011) est pour les éleveurs, mais cela ne représente que 15 à 20 % de cette enveloppe. Le reste, c'est pour financer la réintroduction, les balises, le suivi des populations… Or l'élevage ovin n'est pas conciliable avec les loups ".

La buvette avait déjà étudié le rapport de Gérard Bailly dans la note "Impôts : le coût des prédateurs, le coût du pastoralisme". En voici un extrait ...

Le rapport  des sénateurs Bailly et Fortassin (qu’on ne peut pas cataloguer dans les défenseurs du plantigrade)  ventile le coup des prédateurs entre les 3 espèces loups, ours et lynx : «Le coût de l’ensemble de ces mesures a représenté pas moins de 6,3 millions d’euros en 2006 (...)» .

Gérard Bailly cite le coût prévu des grands prédateurs en 2011 : 7 millions d'euros (sans citer ses sources), soit une hausse de 7% par rapport à 2006, année de la réintroduction de 5 ours dans les Pyrénées. En 2011, Chantal Jouanno a prévu de réintroduire une seule ourse, en remplacement de l'ourse Franska.

Dans le rapport Bailly-Fortassin, le budget de 6,3 millions d’euros (2006) était ventilé par catégorie de dépenses et par importance :

  • 69% pour l’aide au pastoralisme (4,363 millions d'euros),
  • 13 % pour l’indemnisation des dégâts (833.000 €),
  • 11% pour le suivi des espèces (715.000 €),
  • 6% pour les actions d’informations et de développement local (390.000 €).

On compte 62 milions d’habitants en France. Le coût du loup était donc en 2006 (après ventilation) de 0,070€ par français et par an; celui de l’ours était de 0,030€). Si les prévisions de Gérard Bailly pour 2011 sont correctes, il est facile par une simple règle de trois de calculer le coût prévisionnel de coût du loup pour 2011 : proche de 7,5 eurocent par français. Pas de quoi en faire un fromage, même si cela représente 2,5 gr de Comté à la coupe!

Qu'en pense Marc Laffont, qui avait rédigé cette étude avec moi?

Marc LAFFONT : Ce même sympathique sénateur avait déjà interrogé le ministère en octobre 2007. La réponse qui lui a été apportée était pourtant claire : "À la lumière de ces chiffres, c'est donc plus de 75 % du budget qui est consacré au soutien et au développement des activités humaines en présence des grands carnivores." La réponse complète se trouve .

Je ne pense pas que les ratios aient beaucoup bougés. Sans doute le budget loup s'est-il accru, ce qui explique le passage de 6,3 à 7 millions. Mais la ventilation n'a guère dû varier. A en croire ce Monsieur, les réintroductions (on n'en fait plus depuis 2006), les balises (combien?) et le suivi des populations, ça ferait donc environ 5,5 millions d'€/an en 2011. Alors que ça représentait 715.000 € en 2006, année du renforcement ursin, justement. Une multiplication par 8 en 5 ans! Ca c'est une sacré inflation, comme dirait une ex garde des sceaux!

Je viens de lire l'article de Gérard Bailly. Il y a une densité assez formidable de désinformation émanant de ce cher Monsieur. Ce serait bien long de tout lister. Par contre, notons que la fin de l'article est plus équilibrée. C'est donc le politique qui doit être la cible d'une éventuelle réponse, pas vraiment le journaliste.

Le sénateur Bailly indique que la France a perdu 3 millions d'ovins. Il aurait dû préciser depuis quand (1990 environ) et où. Et là : problème!

  • Les régions qui ont le plus perdu (en % et en effectif) sont le Poitou Charente et le Limousin : - 1 million à elles seules en 20 ans. Les régions qui ont le plus perdu en % sont : la Bretagne ,la  Basse Normandie, le Centre, le Pays de Loire, le Nord et la Bourgogne. D'après le sénateur, combien de loups auraient été réintroduits dans ces régions par des écolos inconscients?
  • Les régions qui résistent le mieux sont les régions PACA et Rhône Alpes, là où l'on trouve... les loups! Va comprendre Gérard ! Est-ce un simple hasard ou la conséquence des 5 millions d'euros annuels liés à la cohabitation avec Canis lupus ?

Gérard Bailly est juste la parfaite incarnation du sénateur lambda : élu par des hectares bien plus que par des citoyens. Il lui faut trouver des boucs émissaires confortables et fédérateurs. Donc, si possibles étrangers, (ours slovènes, loups italiens...) et à défauts, citadins (les zécolos).

Rien de neuf, donc. Qui est le superprédateur?

Vous désirez en savoir plus sur Gérard Bailly, sa marotte, sa pension et ses phobies? Allez voir ce blog qui présente trois grands volets à l'étude avec exemples à l'appui :
 Le cumul de mandats,
le SENAT : ses privilèges éhontés et opaques,
 Gérard BAILLY et l'étouffement politique du Jura. (c'est ici).

Et à la Buvette :



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