Le dernier ours des Pyrénées

Aspe-ouest, le dernier ours des Pyrénées

Voici la dernière photo d' "Aspe Ouest", dernier ours autochtone, datant du 5 février 2010. Plus de nouvelles depuis. Il aurait disparu, peut-être victime de sa maladie...

Yves Salingue-Bertho

"Le dernier ours... Un jour prochain, un jour comme si c'était demain, comme si c'était hier, Hartza tirera tout à fait sa révérence et le rideau tombera sur une histoire vieille de milliers d'années.

De Slovénie, de Croatie, d'autres ours viendront bientôt, qui ne remplaceront pas, ni dans nos coeurs, ni dans nos rêves, le véritable ours des Pyrénées. Mais même ceux-là, qu'adviendra-t-il d'eux, dans un monde où toute sauvagerie est réservée à l'homme?"

La Quête de l'Ours, 19 avril 2005

"Plaise au ciel - je veux dire à la nature et aux hommes - qu'en Béarn au moins l'ours continue à vivre. Il n'y a qu'un roi dans la montagne : Artza premier, Artza dernier, Artza qui dort et le ralentissement de son sang est la paix du monde, Artza qui gronde et c'est la voix du monde, Artza qui joue et c'est l'enfance du monde. Tuez l'ours, vous êtes morts."

Artza, roi sauvage, 1997

Alain Reynes

"L'ours tient une place à part. Il est à la fois l'histoire et l'espoir des Pyrénéens. L'âme des Pyrénées."

L'ours des Pyrénées, les 4 vérités, 2005

Jean Bertolino

"Tout là-haut, Camille, le dernier ours des Pyrénées voit les villages de sa montagne se laisser envahir par des gens qui érigent des barrières autour de leurs habitations nouvelles. Peut-être pense-t-il au temps où l'un de ses aïeux pouvait de son rocher toiser son vieil et intime ennemi en train de faucher à la main ses prés en pente. En poussant un long et plaintif soupir, ne se dit-il pas dans sa langue d'ours : "C'était le bon temps"?

Grand reporter et écrivain, 19 mai 2005

Gérard Caussimont

"Un avenir pour l'ours et le berger ou une montagne pyrénéenne vide et banale? La dernière page reste à écrire. Après tout, celà ne fait qu'une terentaine d'années qu'a débuté lez combat pour la conservation de l'ours brun dans les Pyrénées et sa cohabitation avec un pastoralisme vivant, moderne et respectueux de l'environnement.

Soit les hommes sont assez intelligents et généreux pour assurer un avenir à l'ours, c'est-à-dire à la vie sauvage dans les Pyrénées, et au berger, patrimoine humain, culturel, écologique des Pyrénées.

Soit les intérêts corporatistes, électoraux, personnels, en finissent d'une part avec le petit éleveur berger transhumant qui vit de ses produits de qualité avec une certaine conception de son rôle dans la nature, et d'autre part avec l'ours brun, baromètre vivant de la qualité des milieux pyrénéens.

Chacun doit prendre ses responsabilités, exprimer ses opinions, ne pas laisser une minorité imposer la spirale de la mort à la majorité. L'homme d'aujourd'hui doit réparer les erreurs du passé et léguer à l'homme de demain un patrimoine dont il sera fier, pour la vie."

Plaidoyer pour Cannelle, pour la sauvegarde de l'ours dans les Pyrénées
août 2005

Claude Dendaletche

"Si l'on continue à ne rien faire d'efficace, l'ours des Pyrénées rejoindra bien vite le panthéon des animaux disparus"

La cause de l'Ours, 1993

François Merlet

"L'ours est un vieux bois brut... Il faut par la pensée, le dévétir de sa rude écorce. On peut alors pénétrer les secrets de son véritable caractère, comprendre sa personnalité séduisante, connaître ses étonnantes facultés qui justifient sa toute-puissance."

L'ours, seigneur des Pyrénées, 1971

Stéphane Carbonnaux

"Dans notre monde surpeuplé et amménagé à outrance, l'absence de l'ours, incarnation d'une nature libre et sauvage, devient et deviendra insupportable à un nombre croissant d'individus. Je me plais à imaginer que l'an 2040 verra non pas l'extermination du dernier ours sur terre, mais la résurgence d'un culte qui s'exprimera le jour de sa fête, célébrée depuis des temps immémoriaux et remplacée par la Chandeleur. Je sens que la réactivation des mythes fondateurs de nos sociétés sera seule à même de changer nos relations avec la nature"

Le Cantique de l'Ours, petit plaidoyer pour le frère sauvage de l'homme, 2008

Armand Farrachi

"Il semble que le monde sauvage ne soit déjà plus peuplé que de fantômes qui se retournent une dernière fois avant de se dissoudre tout à fait dans un élément qui ne ressemble à rien pour abandonner à notre rapacité des lieux dont ils sont bannis, où nous n'avons su ni les voir ni les entendre, pour faire place au monde factice qu'ils ne connaîtront pas et que nous construisons en hâte, dans le bruit et dans la fureur d'un chantier sans limites, même malgré nous, et moi tout autant que les autres, qui me donne les gants de fustiger des coupables pour m'en exclure, comme si je n'avais ma part, même minime, au saccage universel. Il est plus commode de le nier ou de le pourfendre que de l'admettre. Tout est passé comme un rêve, qui ne laisse que la tristesse d'y avoir cru."

Une semaine chez les ours, 2010

Jean-Jacques Camarra

"En outre, chaque année, nous constations, impuissants et rebelles, la disparition de tel ou tel plantigrade...

Le paroxysme passé, l'Europe, L'Etat et les montagnards se regroupèrent pour tenter le sauvetage de la dernière chance. Deux années après, les moyens, les hommes et l'habitat sont présents, malheureusement il ne reste plus qu'une seule femelle. Ce cauchemar a surpris tous les amoureux de la vie, qui espèrent encore qu'on les pince bien fort pour ne jamais se sentir orphelins de leurs ours et éviter qu'ils ne disent un jour prochain: « Va-t'en très loin petit ours « Pyren », tout de suite, loin de tout ce vacarme existentiel, retrouver le paradis des ours »

Je viens de me réveiller sur cette crête effilée. Il est encore tôt. Une étoile filante raye la voûte étoilée de la nuit aspoise, c'est l'heure des confidences. « Eh ! petit ourson, je t'en supplie, écoute-moi! Cette nuit, j'ai eu un songe sur cet autre monde qui tarde à s'accomplir en ta terre natale, jusqu'à ce petit matin d'un prochain mois de mai, où l'arrivée tonitruante d'une belle ourse étrangère quelque part dans une lointaine forêt aspoise illuminera l'écran noir de tes nuits fauves."

Boulevard des Ours, vingt ans sur les traces des derniers grands fauves de France, 1996

Farid Benhammou

"Très loin des grands et beaux discours de la France sur la biodiversité proférés dans les sommets internationaux, une population relique d'ours peine à survivre dans les Pyrénées. Décrite a posteriori comme la saga d'une mort lente annoncée, l'histoire de l'ours de ces dernières décennies signe l'échec global des politiques publiques qui se sont suivies, autant que celui des combats menés par les associations de protection de la nature, face au cynisme ou à la violence des uns, aux mensonges ou aux récupérations politiques des autres.

En regardant cette histoire avec le recul de tant d'années, on arrive à se demander si ces combats en valaient la peine et s'il n'aurait pas mieux fallu consacrer toute l'énergie déployée pour vouloir sauver l'ours à des batailles plus faciles à gagner.

Pourtant, l'ours est toujours là. Et s'il est encore là, même en tout petit nombre, c'est sans doute parce que des hommes et des femmes se sont battus sans relâche pendant toutes ces années, chacun à leur niveau, ici pour permettre une première phase de réintroduction qui fut un formidable signe d'espoir autant qu'une réussite technique à célébrer, là pour empêcher peut-être que les derniers ours autochtones soient tous braconnés...

Ces hommes et ces femmes, personnages charismatiques ou plus discrets, ce sont des militants d'associations, des personnels de l'état, des élus courageux ou visionnaires, des chasseurs, des éleveurs et des bergers à contre-courant de la pensée dominante de leurs organisations officielles, mais aussi et surtout des centaines de milliers de citoyens qui ont souenu leur combat. Toute cette mobilisation qui fut croissante au cours de ces dernières années témoigne de la force et de l'intérêt de cette lutte. Un combat qui n'est pas seulement celui de l'ours, mais aussi d'une certaine conception des rapports entre l'homme et la nature que les détracteurs du plantigrade ont cherché sans cesse à opposer. "

Vivre avec l'ours, 2005

Joseph Paroix

«Pour moi, l'ours n'est pas un animal comme les autres. C'est une dimension de la montagne. (...)

Pour moi, l'ours doit vivre d'abord parce qu'il est le symbole d'une vraie montagne, paece qu'il est en voie de disparition, qu'il est rare de pouvoir sauver une espèce. N'est ce pas là un enjeu et un pari fantastique dont les bergers et leurs vallées pourront être fiers demain? (...)

S'inscrire dans cette démarche donne une autre dimension et une autre légitimité au métier de berger. (...)

L'Ours est le symbole de la vie pyrénéenne et d'une montagne encore libre et authentique où l'aventure est toujours possible. Il est le reflet d'une civilisation et d'une culture toujours vivante. Sa mort entraînerait la disparition inéluctable de cette culture, le début d'une montagne sans âme vouée aux caprices d'une vie artificielle où tout s'achète et tout se vend, y compris les rêves et l'aventure.(...)

Pour que les peluches de nos enfants ne deviennent pas de simples marionnettes de chiffon sans âme, mais restent de fantastiques objets de rêves et d'histoires merveilleuses en prise avec une vraie vie dans la montagne. Il faut sauver l'Ours. Parce que dans les écoles, on a fait rêver les enfants avec des histoires d'Ours et qu'il ne faut jamais tuer les rêves des enfants. Il faut sauver l'Ours. Si nous ne le faisons pas, quel avenir et quelle montagne leur laisserons-nous ?

Si l'Ours meurt, il y aura, je crois, comme une grande obscurité et un froid silence dans nos vallées. Les nuits seront plus tristes, les rêves plus sombres, l'avenir plus obscur. Alors faisons le pari de la vie et de la générosité ».

Berger en Béarn
Berger dans les Nuages, 1999

Jean-Paul Mercier

Quelle est la place du plantigrade dans notre imaginaire? L’ours appartient à ces rares animaux qui, depuis la nuit des temps, ont enflammé les imaginations et nourri les mythes. Il a marqué de son empreinte presque tous les territoires, de l’Europe aux régions arctiques en passant par l’Amérique du Nord et l’Asie. Proche de l’homme par sa stature et sa morphologie, il figure dans les légendes et les traditions orales comme « l’autre » de l’homme, comme son double. « Si vous interrogiez un Indien américain (sur ce qu’est un mythe), il y aurait de fortes chances qu’il réponde : une histoire du temps où les hommes et les animaux n’étaient pas encore distincts.» (Lévi–Strauss Claude et Éribon Didier, De près et de loin, Odile Jacob, 1998, 2008, 2009.)
Finalement, l’ours et l’homme sont-ils si éloignés biologiquement ? Par sa nature animale, l’homme est aussi partie prenante dans l’évolution du vivant. Il ne peut s’en dissocier et cette appartenance lui impose une nécessaire solidarité avec le monde animal. Il devrait en conséquence redouter la disparition de l’ours parce qu’elle préfigure son propre déclin. L’ours reste un symbole majeur de la survie de l’homme.

L'Europe des ours, 2010

Chateaubriand

"La forêt précède les peuples; le désert les suits." 

Pyrénées, morne plaine...

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