Face au lynx, l'efficacité du chien patou a été prouvée

C'est une première au niveau mondial : une étude menée dans le massif jurassien démontre l'efficacité du chien de protection contre les attaques de lynx

Ce serait une première mondiale, née dans le Jura : pour la première fois une étude s'est intéressée à l'efficacité des chiens de protection (type patous) dans la prédation du lynx boréal, et l'a prouvée. Initiée par le Pôle grands prédateurs Jura en partenariat avec le ministère de l'Écologie, l'étude a été rendue en juin dernier aux services de l'État (qui l'a financée), et pourrait bien faire des petits.

«C'est inédit, commente Patrice Raydelet, chargé de mission pendant un an et demi, de janvier 2009 à juin 2010, au côté de Jean-Marc Landry, conseiller scientifique et de plusieurs experts. Ça nous a aussi permis de faire le recensement de tous les éleveurs qui utilisent des chiens de protection comme le patou ou le berger de Maremme-Abruzzes. Ils sont 22 éleveurs soit 42 chiens, dont 38 patous dans le massif jurassien ; 11 éleveurs et 20 chiens dans le seul Jura. Ça a augmenté depuis, les chiffres ont été arrêtés en avril. Ce qui prouve que le chien de protection est deveneu une réalité.

Le Pôle grand prédateurs Jura a été créé en 2007 pour accompagner le retour des grands prédateurs ; entre autres actions, on recherche des moyens de cohabitation. Avec l'expérience, on savait que les chiens de protection, ça marche, mais il fallait le démontrer avec une étude. Elle devrait nous permettre d'avancer et de voir comment aider les éleveurs : prendre un chien a un coût

Les résultats de l'enquête démontrent qu'après l'introduction de chiens, les dommages ont baissé de 70 % là où il n'y avait pas de dégâts, de 86 % là où il y avait des attaques de lynx et de 87 % là où il y avait des chiens errants.

«Le principal prédateur des troupeaux n'est pas le lynx mais le chien divaguant, sur 50 % des exploitations contre 30! » L'enquête intègre aussi les difficultés que peuvent éprouver les éleveurs avec leurs chiens en termes d'éducation ou de conflits avec le voisinage.

«C'est aussi une réalité, reprend Patrice Raydelet. 50 % des éleveurs qui ont connu des difficultés avec leur entourage ont eu pour un tiers des conflits avec les chasseurs et pour un autre tiers des problèmes avec le voisinage, notamment à cause des aboiements. Les chiens de protection sont efficaces, mais on sait qu'il y a des endroits où on ne peut pas en mettre et il existe d'autres solutions, comme les barrières électriques.»

La grande réussite jurassienne du chien de protection ? Avoir réussi à éloigner le tristement célèbre lynx de Mirebel, qui s'en prenait régulièrement aux troupeaux.

Delphine Givord

  • L'étude devrait faire l'objet d'une publication dans une revue scientifique internationale et sera bientôt en ligne et téléchargeable sur le site www.polegrandspredateurs.org
  • 42 chiens de protection recensés dans le massif jurassien, dont 20 dans le département du Jura (avril 2010).
  • Moins 86 % d'attaques de lynx là où il faisait des dégâts.
  • Le massif jurassien a été retenu comme cadre. Soit les régions de Franche-Comté et de Rhône-Alpes sur les cinq départements francs-comtois ainsi que l'Ain.
  • 3 300 km parcourus en un an et demi pour recenser les éleveurs.

Source : Le progrès

Efficacité des chiens de protection contre la prédation du lynx dans le Massif jurassien. Présentation préliminaire des résultats de l’enquête de terrain

Par Jean-Marc LANDRY
Conseiller scientifique PGPJ et IPRA & Patrice RAYDELET, Chargé de mission PGPJ

Introduction

Le lynx a colonisé le Massif jurassien français à la suite d’un programme de réintroduction du prédateur dans le Jura suisse. Quelques éleveurs s’étaient équipés de chiens de protection pour protéger leurs troupeaux (Wick 1998, Vandel et coll. 2001), mais les informations concernant l’utilisation de ce type de chien dans le Massif jurassien restent lacunaires. Plusieurs recherches ont démontré l’efficacité des chiens de protection (voir Gehring et coll. 2009), mais elle atteint rarement les 100 % (Landry 2009). Les prédateurs étudiés sont des canidés comme le coyote, des ursidés comme l’ours noir ou des félidés comme le guépard (Landry 2009). En revanche, les informations relatives à l’efficacité du chien de protection face au lynx restent anecdotiques et aucune étude n’a jamais été réalisée.

Initié par le Pôle Grands Prédateurs Jura, cette étude a pour objectif de combler cette lacune en évaluant l’efficacité des chiens de protection contre la prédation du lynx boréal sur les ovins et caprins dans le Massif jurassien français. En corolaire, cela permet également de recenser (d’une manière non exhaustive) les chiens travaillant dans le Massif et leur propriétaire. L’enquête de terrain permet également de relever les problèmes rencontrés par les éleveurs et de mesurer leurs besoins quant à l’information sur les moyens de prévention.

Lire le rapport préliminaire "Efficacité des chiens de protection contre la prédation du lynx dans le Massif jurassien. Présentation préliminaire des résultats de l’enquête de terrain" complet


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