"L'élevage ovin est en phase avec les attentes de la société"

"Les moutons préservent l'environnement"

Sur le site «Campagne et environnement.fr, l'agriculture et l'environnement en bonne intelligence», j’ai trouvé cet article intitulé « Les moutons préservent l'environnement » signé G.P.

«L'élevage ovin participe à la prévention des risques naturels, façonne les paysages et favorise la biodiversité.» Tel est l'un des éléments mis en avant par la Chambre d'agriculture de Provence-Alpes-Côte-d'Azur dans un panorama publié en décembre sur la filière ovine de la région. L'élevage ovin contribue fortement au maintien d'un paysage ouvert : 60 % de l'espace pastoral et herbager est entretenu par les ovins (alpages inclus).

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L'élevage ovin est en phase avec les attentes de la société"

La Chambre d'agriculture souligne également le rôle des professionnels et leur engagement en matière environnementale comme la diminution de la fertilisation sur les prairies ou la gestion de la ressource herbacée par le pâturage sur les surfaces pastorales : «Par sa conduite extensive, l'élevage ovin est tout à fait en phase avec les attentes de la société vis-à-vis de l'agriculture».

Or il ce fait que, par hasard, au même moment, j’ai reçu un article pour la Buvette écrit par Roland Keller de l’association Elyna qui explique exactement ... le contraire : “l’utilisation des alpages de haute altitude résulte d’une part de l’absence de motivation à utiliser les zones plus proches de la limite de la forêt et d’autre part à considérer les herbages de l’étage alpin comme un cadeau de la nature envers laquelle on ne se sent pas chargé d’une obligation.” Les moutonniers ne se sentent pas obligé envers la biodiversité. Il n'ont aucun sentiment de responsabilité environnementale, tout occupés qu’ils sont à “façonner les paysages”!

Si le pastoralisme était vraiment “en phase avec les attentes de la société”, les écologistes et autre gens de la ville mangeraient du mouton et chanteraient la gloire du bon berger gardant son troupeau.

Que voit-on du côté de la société ?

  • une demande en viande de mouton diminue chaque année
  • des critiques contre un métier “sous perfusion” qui ne survit que noyé par les subsides.
  • une levée de bouclier ("tous des escrologistes!") contre ces soi-disant “protecteurs de la biodiversité” qui cherchent à exterminer, par tous les moyens, légaux ou illégaux, la biodiversité génante “pour faire la montagne propre”. Ils s’en prennent aux prédateurs bien sûr, loups et ours, même quand ceux-çi ne sont reponsables que d’un faible pourcentage des pertes en estives (0,67% pour l’ours par exemple) mais aussi aux vautours, ces auxiliaires du pastoralisme qui nettoyent la montagne des cadavres que les éleveurs devraient par ailleurs porter à l’équarissage à grands frais!

Que voit-on du côté des éleveurs ?

  • La création du “concept de biodiversité à visage humain”, regroupant la "bonne" biodiversité, composée des espèces domestiques sélectionnées pour leur rendement.
  • l’exclusion de la biodiversité à sauvegarder des espèces “sauvages” qui participent à leur grande crainte : “l’ensauvagement de leurs territoires”.
  • La défense de projets économiques comme la création de micro-centrales hydro-électriques sur des ruisseaux encore épargnés. L’extinction des espèces comme le desman ou l’euprocte est le cadet de leurs soucis.
  • Le non gardiennage et la non conduite des troupeaux. Les bergers disparaissent et laissent les moutons choisir eux-mêmes leurs lieux de paturage, offrant également une table-ouverte aux prédateurs.

Exemple : La Famille Estrémé de Sentein est contre l’ours, on le sait. Dans la Dépêche, Véronique Estrémé râle une nouvelle fois contre l'annonce d'un prochain lâcher d’une ourse en Béarn. La réponse au journal de Marc Laffont montre bien que les anti-ours ne sont pas du tout en phase avec les attentes de la société.

La réponse de Marc Laffont

"Des hommes (et des femmes) ou des moutons ?

C’est maintenant qu’il faut essayer de répondre à cette question : que veut-on maintenir dans les zones de montagne ? Des brebis ou des hommes ? 

Si on veut maintenir des brebis,  il ne faut rien changer : leur nombre baisse moins vite dans les zones où on trouve des prédateurs que dans les autres. Bien sûr, le revenu disponible pour les éleveurs est très inférieur au SMIC et au revenu agricole moyen. Mais du moment que le nombre de brebis se maintient plutôt bien, et qu’on peut faire du bruit avec les 0,03 % du cheptel prédaté par l’ours.

Si on veut maintenir des hommes, alors il faut conséquemment se poser une autre question :
A budget équivalent (environ 40 000 € par exploitation de 1,5 personne/an à partir de 2010, simulations de l’Institut de l’Elevage) n’est-il pas possible de faire vivre décemment davantage d’êtres humains, quitte à élever (oh sacrilège!) moins de brebis sur le territoire ?

L’avenir agricole des Pyrénées, doit-il se résumer à des troupeaux ovins de plus en plus gros, de moins en moins surveillés, et de fait, davantage exposés aux attaques d’animaux sauvages ou vaguement domestiques ? Où alors, est-ce des troupeaux de taille plus modeste, correctement surveillés, générateurs d’emplois et compatibles à la fois avec les traditions et les engagements environnementaux d’un pays comme la France ?

En jouant à fond la carte de l’ours, les éleveurs gagneraient une légitimité populaire à la subvention qu’ils ne possèdent pas en s’opposant à son retour. Il faut que la population du massif, majoritairement fière d’habiter la dernière région française susceptible d’accueillir une population d’ours, en prenne conscience et se saisisse franchement de la question.

Les « bobos » citadins se remettront bien vite d’une possible disparition de l’ours. Ce n’est pas en effet leur survie (à court terme…) qui est en jeu. Mais les montagnards, outre leur identité, perdront là un attrait sans équivalent en France, susceptible de générer des emplois non délocalisables. Mais plus que cela : ils gagneront de la part des français quelque chose d’autrement plus fort ...
Le Respect."

On le voit, l'’influence du pastoralisme sur la biodiversité est loin d’être l’idylique “mouton qui préserve l’environnement”. Cette propagande naïve m’a donné envie d’essayer de retrouver et de regrouper toutes les notes de la Buvette des Alpages qui traitent de l’élevage du mouton et de la biodiversité. En voici quelques-unes…

  • Suisse : western, edelweiss, paturage et biodiversité
  • ADDIP : Les zones Natura 2000 ne sont pas des espaces naturels mais des espaces anthropisés !
  • L'iceberg du concept de biodiversité à visage humain. Variation sur le syndrome du Titanic ? Par Marc Laffont
  • La diversité génétique par Roger DAJOZ, Professeur au Museum national d'Histoires naturelle. Un élevage pyrénéen de moins en moins extensif ? Une intensification du pâturage est notée, au moins dans plusieurs secteurs des Pyrénées, au point de poser des problèmes de surpâturage, d’érosion, de fragmentation des milieux par pose de clôtures, voire d’appauvrissement écologique.
  • Farid Benhammou : La concurrence des biodiversités, flou sémantique autour des prédateurs et du pastoralisme
  • Les poules, ça caquette, ça glousse :“Préserver la biodiversité domestique, c'est très bien, mais protéger la seule biodiversité domestique ne préserve pas la sauvage, au moins autant digne d'intérêt. Bon nombre d'ancêtres sauvages ont disparu, pour de bon. Et ce n'est pas le croisement entre races, mêmes rustiques, qui permettra de recréer l'original éteint. (...) 85 % des bovins français appartiennent à seulement 6 races. Cette pauvreté est le résultat de 50 ans d'une agriculture productiviste, qui a continuellement fait bien peu de cas de la biodiversité, qu'elle soit sauvage ou domestique. Et qui, aujourd'hui, a le toupet de se présenter comme le fer de lance de la protection de la biodiversité."
  • Petite comparaison entre le «Manifeste du Val d’Aran» et le programme «Attention ours» du "Ministère des richesses naturelles" en Ontario.
  • Biodiversité - Par François Moutou, épidémiologiste, mammalogiste, Société Française pour l'étude et la protection des mallifères (SFEPM) "Alors que les anti-loups/ours/lynx/vautours clament sans cesse que le pastoralisme est gage de biodiversité, nous nous sommes interrogés : au fait, c’est quoi la biodiversité ?"
  • Les vautours rendus
 malades par les antibiotiques

 ovins. Espagne : La santé des vautours est menacée par leur consommation involontaire d’antibiotiques, avertissent deux chercheurs madrilènes.
  • 2500 ruches mortes : les apiculteurs manifestent dans les rues de Foix. Vendredi 10 avril, les apiculteurs professionnels de l’Ariège, se sont rendus en cortège de la chambre d’agriculture jusqu’au marché qui se tient sur les allées de Villote, avant de rejoindre la préfecture, où ils espéraient être reçus par le préfet. Il y a déjà deux mois ils avaient alerté les médias sur la mortalité anormale des abeilles. Une mortalité localisée dans les zones d’élevages, là où justement des campagnes de désinsectisation destinées à lutter contre la FCO avaient été menées.
  • Marc Laffont : Concilier préservation des grands prédateurs, maintien de la biodiversité et pastoralisme de qualité.Il est possible de concilier préservation des grands prédateurs, maintien de la biodiversité, et  pastoralisme de qualité favorisant les Hommes qui en vivent.
  • L'enjeu des habitats ouverts en montagne. L’apport des ORGFH de Midi-Pyrénées. "Un élevage pyrénéen de moins en moins extensif ? Une intensification du pâturage est notée, au moins dans plusieurs secteurs des Pyrénées, au point de poser des problèmes de surpâturage, d’érosion, de fragmentation des milieux par pose de clôtures, voire d’appauvrissement écologique. Ainsi, en 1999, l’APEM recense un problème d’érosion dans 10 % des unités pastorales."
  • Nature et pastoralisme : joie et bonne humeur. Un commentaire laissé par un visiteur de la Buvette. "La nature et le pastoralisme cohabiteraient dans la joie et la bonne entente..."
  • La tute de l’ours : chaudron pro-ours anti-ours. Ce texte de Gérard Bozzolo, Ingénieur agronome, professeur de Zootechnie à l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT) bien que daté de juin 2006 est parfaitement d'actualité : "les estives sont mal pâturées, souvent avec une pression insuffisante ou bien sont mal gérées car les animaux ne sont pas guidés. Les zones les plus riches sont sur pâturées, notamment par les ovins qui reviennent sur les repousses fraîches conduisant à appauvrir les regains. Les carrés les moins bien exposés (ubacs) constituent autant de zones de refus qui progressivement se lignifient et perdent leur potentiel alimentaire.”
  • Le pastoralisme et la prétendue biodiversité. Où jamais l'homme, même avec son mouton, n'a créé la moindre orchidée. "Au fil des années, la question du maintien du pastoralisme pour défendre la biodiversité est devenue centrale au regard de la protection de la grande faune, et de l’ours brun en particulier. Cette question est d’autant plus importante qu’elle est instrumentalisée par les éleveurs les plus opposés à l’ours, que nous appelons ultrapastoraux, et par extension adversaires des prédateurs.
  • La position ultrapastorale en matière de biodiversité : Les principaux groupes ultrapastoraux des Pyrénées. Pourquoi les groupes ultrapastoraux défendent la biodiversité? Quid de la biodiversité domestique ? Qui gèle vraiment la montagne ?Le pastoralisme et la biodiversité vus par l’ASPAP. le «Pastoralisme» sur Wikipédia. La complainte de Violaine Bérot. La FNSEA s’intéresse à la biodiversité.
  • Le Mythe fondateur : l'entretien des paysages : "Nous avons tous appris à l’école cette phrase célèbre du duc de Sully : «Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France.» Elle démontre toute l’importance d’une civilisation agro-pastorale vieille de plusieurs millénaires qui a largement façonné la France et donc nos représentations mentales."
  • Quelques conséquences de l’élevage pour la nature et l’environnement humain. L’élevage est aussi la source, et ce depuis l’aube des temps néolithiques, d’épizooties, qui connaissent un regain extraordinaire ces dernières années.
  • Les ivermectines : Ce sont des vermifuges massivement utilisés dans le monde entier pour traiter le bétail.Outre l’effondrement des populations d’insectes coprophages, une autre conséquence de ces produits est une perturbation du cycle des bouses et crottins. Lorsque les bouses sont enfouies, sous une forme fractionnée, elles contribuent à modifier la structure du sol en augmentant sa stabilité et sa capacité de rétention de l’eau au bénéfice de la végétation qui profite de la minéralisation rapide de cette matière organique. Un recyclage plus lent, c’est aussi à terme moins de superficie pour l’herbe. Comme le note Vincent Vignon, cette évolution participe à l’expansion des espèces nitrophiles qui banalisent encore plus les pâturages. 
  • Vincent Vignon : réflexions sur le pastoralisme et la qualité biologique des milieux de montagne
    Les pâturages sont menacés par les deux tendances opposées qui marquent l’évolution des pratiques agricoles : la déprise qui entraîne un sous-pâturage, et le surpâturage qui résulte de la production intensive. La nature réagit spontanément au sous pâturage par un boisement plus ou moins rapide. Les habitats nouvellement reboisés sont le plus souvent banals durant au moins les cinquante premières années. Le surpâturage entraîne des dommages écologiques considérables et peu réversibles. Il y a pourtant eu dans l’histoire d’autres crises écologiques liées au surpâturage.
  • L'ours, véritable ami de la biodiversité des estives
    Patrick Pappola a réalisé un travail de bénédictain en analysant les fiches des principaux milieux ouverts pyrénéens. Cette analyse permet de se rendre compte que les mesures préconisées pour la protection des troupeaux vis à vis des prédateurs, peuvent permettre également de protéger les milieux les plus fragiles, mais celà nécessite la présence d'un berger pour conduire le troupeau parfois de façon serrée, parfois de façon lâche. Par contre, le non gardiennage et l'entretien des milieux sont bien souvent incompatibles. En outre, le feu mis à tort ou à raison n'apparait pas comme la mesure systématiquement favorable à l'expression de la biodiversité des estives.
  • Pastoralisme, Michel Meuret ou le scientifique parmi les bergers : Ingénieur, agronome, écologue à l’Inra d’Avignon, Michel Meuret, 42 ans, remet en cause certains travaux scientifiques conduits en laboratoire sur l’alimentation des troupeaux. Pour appuyer ses recherches sur le terrain, il se penche sur le savoir-faire empirique des bergers, leurs connaissances techniques, leur sens d’organisation des circuits en montagne. Observateur, Michel Meuret descend la recherche scientifique de son piédestal, bouscule les modèles classiques pour aider les scientifiques à se rapprocher  des réalités. 
  • Michel Meuret: brebis et chèvres sont des gourmets
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