La Fédération des Acteurs Ruraux (FAR) "pour résister au néocolonialisme environnementaliste"

Naissance de la FAR : Fédération des Acteurs Ruraux

Les éleveurs alpins se sont réunis le 30 novembre à Serres, dans les Hautes-Alpes, lors d'un nouveau “rassemblement intermassifs” anti-prédateurs pour créer un nouveau “machin” : la Fédération des Acteurs Ruraux (FAR). 

L’idée est née parait-il dans la tête de Joseph Jouffrey, président de la Fédération Départementale Ovine (FDA) et des jeunes agriculteurs (JA) des Hautes-Alpes.

Joseph Jouffrey

José Jouffrey n’est pas un inconnu à la Buvette. En février 2006 José Jouffrey lançait un canular et affirmait avoir “capturé 4 loups qu'il avait relâché près de 2 grandes villes de la région PACA !” On allait trembler dans les appartements!  La même année,  cet éleveur avait cherché à “créer une Caisse de solidarité entre les éleveurs, gérée au niveau national, et abondée par tous afin de venir en aide à ceux qui sont traînés devant les tribunaux comme les 10 d’Arbas condamnés à des peines de prison avec sursis et à de lourdes amendes pour avoir empêché Mme Olin de lâcher son ours au lieu choisi". (Lire “A Vot bon coeur Msieur-Dame”. )

Joseph Jouffrey s’emballe assez volontiers  quand il s’agit de défendre le pastoralisme contre les “escrolos” : “Alors que nous vivons en symbiose avec la nature nous voilà considérés comme des terroristes”; pour lui «La prédation rapproche les montagnes» et  lorsqu’il s’agit de défendre un éleveur qui a tué un loup, il devient “possible d'enfreindre les lois sans être délinquant”. Il promet aussi de “faire de Gap, une ville assiégée".  Un modéré donc, prompt à fédérer ses “amis chasseurs”, les “amis des beaux paysages” et tout ceux qui “souhaitent que la vie perdure dans nos territoires”.

La Fédération des Acteurs Ruraux FAR pour résister au néocolonialisme environnementaliste En 2010, “une année sanglante”,  il remet le couvert car “les prédateurs sont à proximité des villages”. Pour lui, quand l’Etat pousse les éleveurs à protéger les troupeaux, c’est “une volonté évidente de nous diviser en nous imposant patous, clôtures électriques et zonage» avant de regretter «toujours pas de loups prélevés!»

Remontant sur les barricades, José Jouffrey essaie de fédérer à nouveau «Pour qu’à l’échelle des Alpes nous soyons unis et forts pour faire valoir nos métiers, nos patrimoines, nos traditions, nos identités, nos paysages, et résister au néocolonialisme environnementaliste.» (zéro résultat dans Google!)

Une pluie de plaintes contre X ?

Rien de neuf en fait, sauf que Marie-Lise Broueilh, présidente de l’ASPP65, la «jument de Troie pastorale» demande aux éleveurs non indemnisés pour la totalité des bêtes mortes de "déposer une plainte contre X lorsque les fonctionnaires en charge des constats ne concluront pas à une prédation de loup.» 

Le loup n’étant pas responsable pénalement en tant que bête sauvage ; si ce n’est lui, ce sera donc son frère : le chien ! Et au bout de la laisse, son propriétaire. Encore faudra-t-il identifier le chien et son propriétaire. Autant dire que « X » a toutes les chances de rester inconnu.

La charge vise aussi les fonctionnaires de l’Etat : « (...) A moins que ce ne soit des constats mal établis? » Marie-Lise Broueilh semble croire que le chargé de constat «dégât prédateur» a pour devoir d’identifier le meurtrier. Bon sang, mais c’est bien sûr mon cher Watson ! Je lui suggère de faire appel à de nouveaux dons pour payer les avocats car les 20.000 € payés par le CG de l’Ariège ne suffiront sans doute pas à traquer la meute de chiens errants et divaguant en France.

Peut-être en saurons-nous enfin plus sur le taux d’attaques provoquées par des chiens errants? Et si les éleveurs peuvent se retourner contre les propriétaires de chiens vagabonds et demander des dédommagements à leurs propriétaires, le budget «loup» ne sera plus la seule vache à lait pour les éleveurs ! les attributions «au bénéfice du toute» n’auront plus de raisons d’être !

Peut-être faudra-t-il analyser les crottes de chiens pour savoir ce qu’ils auront mangé, comme l’étude scientifique récente publiée par la "Zoological society of London", réalisée dans le pays basque espagnol qui apporte un regard nouveau sur la prédation respective des chiens divagants et des loups? Une étude scientifique qui remet en cause la méthode et les résultats de l'étude de Laurent Garde, en supprimant subjectivité et imprécisions.

La Dépèche annonce que des chiens viennent de tuer 74 moutons dans les Hautes-Pyrénées. «Les ours des Pyrénées ont-ils fait mieux ? Quand ce massacre s'arrêtera-t-il? » écrivent les éleveurs au préfet.

Laurent Garde et l'explosion du GNOP

Alors que José Jouffrey crie «Mobilisons-nous», Laurent Garde, de passage dans les pyrénées est interviewé par AriègeNews. Est-ce pour remotiver les troupes des anti-ours? Très inféodé au milieu pastoral, il a été un consultant de luxe des ultra-pastoraux pyrénéens à l’époque du Groupe National Ours et de la première nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet à l’écologie. En tant que participant au Groupe National Loup, il apportait son expérience et ses vues "stratégiques". Les associations pastorales ont passablement profités de ses conseils pour faire exploser le GNOP !

C’est ainsi que l’ASPP 65, à l’époque, a fait savoir officiellement à Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) qu’il refusait le terme de «groupe ours», proposant le terme de «Commission consultative sur le développement durable des Pyrénées» plus en accord avec le nouveau langage verdâtre de l’association. Il fallait utiliser les structures départementalisées, dont l’ASPP, fraichement labellisée «association environnementale» ; il était important d’avoir une vision globale, qui dépasse «le seul animal emblématique», reconnaissant ainsi implicitement ce statut à l’ours, statut qu’ils nient autant qu’ils le peuvent.

AriègeNews écrit que «Du point de vue de l’élevage, et en tant que chercheur, Laurent Garde cherche à en faire du loup «un sujet technique, et non pas idéologique». Surprenant quand on connaît son influence auprès des associations pyrénéennes pour combattre l’ours. Associations qui d’autre-part défendent le non-gardiennage des troupeaux. Etre berger est peut-être «un métier moderne, qui exige de grandes compétences», encore faut-il que les éleveurs paient un berger pour garder les bêtes..

Dans cet article, Anne-Sophie Taerral cite La fédération des associations de Protection de la nature et de l’environnement qui explique que le problème vient surtout d’un manque de gardiennage permanent des troupeaux, indépendamment du retour du loup. «des études menées dans les Alpes du Sud montrent que les ovins non gardés et, de fait, divagants, effectuent de plus grands déplacements, au détriment de leur engraissement («mauvaise finition des agneaux») et de la production allaitante. En outre, la mortalité naturelle déclarée dans les cheptels non gardés est de 50% supérieure à ce qu’elle est dans les troupeaux soumis à un gardiennage permanent. La présence d’un berger est donc indispensable même en l’absence de grands prédateurs»

«Il se passe des choses» selon Louis Dollo, jamais avare de conditionnels et de prévisions jamais confirmées : “une réunion serait programmée”, une autre “devrait se dérouler” mais le Président, Philippe Lacube, “se refuse à donner des précisions” avant de glisser que la "solution pour les vautours" serait “la régulation de l’espèce”. (Lire à ce sujet l’excellente mise-au-point de Jean-Pierre Choisy "Vautours : charognards et non pas prédateurs" et que maintenant les associations vont "mettre la pression sur le Directeur du Parc National au sujet de constats de dégâts d’ours dont la régularité est contestée" et que «2 ou 3 plaintes auraient déjà été déposées auprès du Procureur ou seraient sur le point de l’être», il n’est pas très sûr. Avocat spécialisé en environnement : un métier qui a de l’avenir. Les bénéfices du pastoralisme vont fondre comme neige sous le réchauffement climatique!

A l’époque, nous avons assisté à la centrifugation du pastoralisme. Il naissait des associations dans toutes les vallées, histoire de varier les acteurs, les revendications, de ramasser le maximum de subsides pour des causes enfumées et écologiquement correctes comme «le développement durable de l’identité pyrénéenne» ou pour multiplier les chances d’être labellisé «association environnementale» comme on l’a vu dans le feuilleton du siège de Marie-Lise Brouielh au Parc National.

Maintenant, on recentralise avec la "Fédération des Acteurs Ruraux" (FAR) pour “résister au néocolonialisme environnementaliste".

Impossible de ne pas remettre ici un extrait du « mythe de l’Ours » de Gérard Caussimont.

Le mythe de l'ours existe-t-il encore?

Les conditions matérielles qui créaient un sentiment d'insécurité du berger face aux éléments naturels ont régressé grâce à l'équipement pastoral moderne, à la rupture de l'isolement sous toutes ses formes, mais on peut se demander si le mythe joue toujours le rôle polarisateur des inquiétudes, du manque de sécurité des valléens.

Selon les témoignages recueillis, il semble que oui pour un certain nombre de bergers: dans le sens traditionnel, visant à justifier l'inexpliqué en matières de pertes de bétail, mais aussi dans un sens différent.

Le mythe va canaliser, comme l'on peut apprécier sur les documents, les inquiétudes des bergers vis-à-vis de la perpétuation de l'activité pastorale. L’ours va être rendu responsable de la disparition progressive de l'élevage ovin, de l'abandon des pâturages les plus éloignés.

C'est une façon inconsciente de faire coïncider leur pensée et la réalité (et c'est bien là l'un des caractères du mythe) dans une vision "actuelle de leur vallée qui concilie les nouvelles exigences de manque de main-d' œuvre, de successeur, de confort, de tranquillité, etc., que " l'on ne veut avouer, avec une contrainte, prétexte idéal: l'ours.

Le mythe de l'ours joue donc toujours encore aujourd'hui son rôle polarisateur, même si les inquiétudes sont dirigées vers l'impact de la société urbaine et industrielle sur les mentalités valléennes.

Le vécu actuel du mythe, reflet d'une crise des mentalités

En fait, le mythe continue ainsi à jouer son rôle stabilisateur de la société valléenne, évitant des heurts entre les éleveurs et leurs enfants ne voulant plus continuer, évitant des conflits entre générations, etc., mais il ne masque pas, vu de l'extérieur, la désarticulation de mentalités traditionnelles.

Cet aspect est amplement confirmé par certaines des contradictions et des ambiguïtés relevées dans bon nombre de témoignages avec l'introduction de notions «nouvelles» par rapport au domaine lexical utilisé au cours de l'époque précédente. Des notions comme équilibre naturel, comme faune, comme danger de disparition, vie sauvage, conservation, protection que l'on retrouve dans de nombreuses opinions de valléens actuels sont totalement étrangères à la perception du mythe et contrastent fortement avec les termes employés il y a 20 ou 30 ans. Ceci dénote une perception de l'ours qui, pour la majorité des habitants, n'est plus mythique mais purement biologique et par conséquent raisonnée.

À partir du moment où l'on prend un recul, une attitude logique il vis-à-vis du mythe, on s'en détache, on ne le vit plus.

Gérard Caussimont

«Il se passe des choses» selon Louis Dollo. Pendant qu’il lit dans les tripes de brebis éventrées et prévoit une tempête médiatique (comprendre sur "Tarbes-Infos", "Kairn" et "Le Grand-Charnier". Combien de divisions ?) et de une pluie de procédures sur les agents du Parc National, la Cour des comptes s’intéresse aux indemnisations  «loup» et «fièvre catharrale ovine». A suivre...

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