"BBC : On prendra des mesures sur le terrain y compris sauvages"

Bruno-Besche-Commenge BBC"Avec le lâcher annoncé, "on est en situation de guerre et on va riposter", a renchéri Bruno Besche-Commenge, vice-président de l'ADDIP (photo), un regroupement d'associations et d'élus "anti-ours". "On prendra des mesures sur le terrain, y compris sauvages", a-t-il lancé." (Source)

Pour répondre, quelques extraits de "L'homme qui vivait avec les ours", d'André Cazetien.

“L’ourse n’était plus là. La montagne n’était plus la même. Elle venait de perdre une présence prestigieuse, irremplaçable, ce fauve indomptable, ce roi de la forêt, ce compagnon des nuits d’orage et de tempête. Peirot ressentit une immense solitude à l’idée que dans la forêt qui accompagnait sa prairie il n’y avait plus la grande bête sauvage. Pour la première fois, il réalisait que lui, le berger, l’être humain et l’ours étaient indissociables, que tous les deux étaient de nobles produits de la vie terrestre. La crainte de l’ours, la colère provoquée par l’attaque sanglante d’une brebis étaient moins fortes aujourd’hui, il le découvrait, que le lien intime, secret, indéfinissable, qui l’unissait à cette création de la nature.” (...)

“La mort de l’ours était à ses yeux le signe annonciateur d’un déséquilibre profond, d’une rupture avec le rythme lent, tranquille, apaisant, de la vie en montagne. Peirot pleura avant de,s’endormir…” (...)

“– C’est le berger qu’il faut protéger et pas l’ours, intervint à nouveau celui qui avait ouvert le débat.
– Oui, tu as raison, dit Julien. Il faut protéger le berger contre les attaques de l’ours. Je suis comme toi, comme vous, certaines nuits là-haut, lorsque le troupeau s’agite anormalement et lorsque quelquefois, au petit matin, je découvre une brebis déchiquetée. C’est pour moi une souffrance et un sujet de réflexion. Mais jamais cela n’a entamé ma passion de la vie dans la montagne. Lorsque j’ai décidé de choisir cette existence, je savais à quoi m’attendre. Je savais que j’aurais l’ours comme compagnon, si l’on peut dire. Je savais aussi ou en tout cas je l’ai appris, qu’il pouvait y avoir l’affolement du troupeau poursuivi par un ours ou un chien égaré et sa course vers le ravin. Jamais n’est venue en moi, et c’est la même chose pour vous j’en suis sûr, l’idée qu’il me faudrait renoncer à la montagne et me détourner de la nature.

La montagne c’est l’ours, c’est vrai, mais c’est aussi le foudroiement de l’orage, parfois la neige en plein mois d’août, la brebis égarée sur une pente dangereuse ou encore, cela est arrivé, l’avalanche de l’hiver qui abîme notre cabane. Tout cela c’est la montagne avec ses pièges, ses risques mais aussi sa richesse et sa beauté.

Lequel d’entre nous voudrait quitter les champs d’iris du mois d’août, ne plus voir les sommets s’éclairer aux premiers rayons du soleil, ne plus longer le torrent ayec ses cascades et son ruissellement de lumière? Croyez-vous que l’ouvrier d’usine est plus heureux que nous? S’il l’y avait plus l’ours dans nos forêts, la montagne serait diminuée, comme orpheline. Elle deviendrait une sorte de parc bien protégé, bien sage, fait pour le promeneur mais où le berger ne serait plus dans son royaume. 
La montagne ne peut pas être à tout le monde. Elle s’ouvre à ceux qui savent la comprendre et l’accepter. A ceux qui savent souffrir parfois et la mériter. Voyez-vous, j’ai le sentiment qu’en défendant la présence de l’ours je défends la présence de tout ce qui nous est le plus cher. Je défends la présence de l’homme. “

“Moi, en tout cas, ajouta Peirot, j’ai besoin de savoir que l’ours est dans la forêt de mon plateau de Courzy. Je veux que la forêt reste habitée, vivante et belle. Je sais que je vais … me répéter, mais je redis que la guerre m’a ouvert les yeux. Je pense que pour refuser un jour de tuer les hommes il faut arrêter de tuer les ours.”

“Le sentiment de liberté, de plénitude de vie qui l’envahissait chaque année en pareille circonstance revenait avec la même force, la même farouche volonté de s’identifier à la nature lui l’entourait. Et pourtant, cette fois quelque chose de différent , était installé dans son esprit. L’ours abattu par Tonio n’était plus dans la forêt. La grande bête sauvage ne serait plus, cet été. le tourment de quelques-unes de ses nuits ni la fierté d’un compagnonnage. La forêt était nue.” (...)

"Peirot alla, d'un pas plus rapide que d"habitude voir si son voeu avait été exaucé. Son visage s'éclaira d'un large sourire lorsqu'il vit que la plus grande partie des pommes et des glands avait disparu. L'ours avait mangé la nourriture apportée par le berger. Un lien extraordinaire, tel qu'il ne s'en était peut-^être jamais produit dans cette montagne pyrénéenne, venait d'être établi. Le vieil antagonisme, la peur et la haine ancestrales de l'homme à l'égard de la bête_ sauvage venaient de reculer. Sans qu'il en soit pleinement conscient, le berger vivait une avancée de civilisation, un de ces moments où l'être humain se transcende et voit le monde avec des yeux nouveaux.
 
Peirot rassembla les restes du repas un peu éparpillés. Il en rajouta un bon kilo. Il prit le temps de méditer en s'asseyant sur un rocher voisin et en regardant sa cabane. Il lui trouva ce soir là un charme particulier. C'était elle, construite par ses ancètres, qui lui avait permis cette rencontre inestimable et d'être heureux dans sa montagne." (...)
 
Extrait de "L'homme qui vivait avec les ours" d'André Cazetein.

 

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