Pyrénées : Pour le moment on est calmes!

D’après «Le Parisien» :  «Chez les éleveurs opposés à la présence de l’animal, on ne voit pas d’un bon œil le lancement de la consultation, qualifiée de « concertation pipeau ». « Pour le moment, on est calmes, mais si le lâcher est confirmé, ce ne sera pas la même musique! » prévient un membre de la Fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne (FTEM)»

Il ne s’agit en fait que de la confirmation de l'annonce du lâcher d'une seule ourse faite par Chantal Jouanno. Rien de neuf donc. Et cette concertation, qui prendra la forme d’une consultation publique fait partie du Décret n°2007-15 du 4 janvier 2007, de la loi donc.

Les opposants ont depuis toujours boycotté toutes les concertations et pratiqué la politique de la chaise vide avant de dénoncer le fait qu’il ne soit pas «en-ten-dus».  Le refus du dialogue est devenu un mode de fonctionnement. On manifeste dans les rues. On négocie pas. On ne fréquente ni l’Etat, ni les écologistes qu'ils haïssent au plus haut point.

S’ils boycottent toutes les concertations, c’est parce qu’ils n’acceptent pas que la majorité des français souhaitent que la France respecte ses engagements et rende viable la petite population d’ours dans les Pyrénées (puisque la lignée pyrénéenne peut être considérée comme éteinte vu qu’il ne reste plus de mâle ou de femelle de «pure souche».  Seul le fils de Cannelle ère dans un Haut-Béarn sans femelle.

Le rapport scientifique de l’ONCFS 2009 préconise «la réintroduction de onze à treize femelles et de deux mâles pour pour obtenir une population viable.» Avec le lâcher prévu d’une seule femelle en Béarn, la France ne respecte pas ses engagements internationaux. Avec ces nouvelles menaces verbales, la Fédération Transpyrénéenne des Eleveurs de Montagne ne fait que de la gesticulation et du lobbyisme.

Quand il n’y en a plus, y en a encore

Les opposants multiplient la création d’organisation diverses pour essayer de siéger et de de faire reconnaître leurs associations comme «organisation de protection de l’environnement» alors que ce ne sont que des associations de défense des intérêts d’une profession pastorale en crise.

On connaissait déjà :

  • l’ADDIP (Association pour le Développement Durable de l'Identité des Pyrénées) qui s’occupe plus de pastoralisme que de Développement Durable et qui fédère
  • l’ASPP (Association pour la sauvegarde du patrimoine pyrénéen, patrimoine pastoral s’entend),
  • la FTEM (Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne),
  • l’ASPAP (Association pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège-Pyrénées),
  • l’ADIP (Association de défense de l'identité pyrénéenne) à ne pas confondre avec la première qui a deux D.

Et voilà maintenant :

  • L’association “Ossau et Aspe, vallée de liberté”, dont la rhétorique est proche du langage un peu mystique de Jean Lassalle et du discours anti-environnemental de l'IPHB (Lire ici et ici) e qui s’oppose aux parcs naturels.
  • Le FAR (Fédération des acteurs ruraux) créé pour «résister au néocolonialisme environnementaliste» et pour fédérer les massifs  !

Dès qu’il s’agit d’une consultation sur l’ours, il n’y a pourtant plus personne pour s’asseoir à la table des négociations.  Autant dans leurs noms que dans leurs actions, il s’agit d’éco-blanchiment, de «greenwashing» pyrénéen : il est bon de paraître plus vert que les écologistes , «Les bergers sont les premiers des écologistes!», ce qui ne les empêchent pas de prôner (et d'oeuvrer pour) en vrac :

  • l’ «éradication» des prédateurs, 
  • la «régulation» des vautours, accusés de passer du rang de charognard au rang de prédateur)
  • le défense des chasseurs qui tuent des espèces protégées « par accident »
  • le respect des «traditions» parmi lesquelles le braconnage.
  • la défense des «paysages» qui doivent être entretenus, civilisés et surtout ne pas participer à «l’ensauvagement», la nature «sauvage» étant opposée à la culture et à l’élevage «domestique».
  • la «biodiversité à visage humain» : la protection exclusive des espèces domestiques sélectionnées par l’homme pour leur «rentabilité» ou «utilité».

L’identité pyrénéenne (de tout les pyrénéens) est prise en otage par un groupe d’ultrapastoraux conservateurs qui confondent leur intérêt avec la loi, les Pyrénées avec l’estive, la biodiversité avec le mouton.

Quand toute une région décide de cohabiter avec l’ours

Dans ce même article, Philippe Lacube, président de l’ADDIP déclare «Les ours, on sait pourquoi on les veut pas : leur cohabitation avec le pastoralisme est scientifiquement reconnue impossible» Et pendant ce temps RTL publie un carnet de route signé par Julien Sellier qui traite de la cohabitation avec l’ours dans les Abruzzes (où il y a une petite population de 60 ours, soit trois fois plus importante que dans les Pyrénéese) : “Quand toute une région d'Italie décide de cohabiter avec l’ours...”. En voici quelques extraits...

Paolo, guide de montagne :“On s’identifie à l’ours, ici. C’est notre symbole. Depuis toujours, pour les habitants, l’ours est un ami. On le considère comme quelqu’un de la famille. Ici, dans notre patois, on ne dit pas ours mais “Tata ours” qui signifie oncle, vieil oncle.”

Claudio, éleveur : «En fait, l’ours n’est pas si dangereux. Ici, nous avons une méthode pour protégér nos bêtes. (...) La différence avec les bergers des Pyrénées, par exemple, c’est que nous ne laissons jamais nos troupeaux libres ou sans surveillance dans la montagne. Il y a toujours un berger et un chien pour s’en occuper et les garder.... » (...) Mais si les éleveurs acceptent aussi bien la présence de l’ours, c’est également parce qu’ils profitent de l’animal : «La présence de l’ours à un pouvoir d’attraction très important. Plus il y a de monde à venir le voir, plus je vends du fromage». Bergers et habitants ont donc réussit à faire de l’Ours un atout. Quand on se ballade dans les rues, la griffe de l’animal est partout...

Protéger les troupeaux

Autre argument devenu classique : “Les moyens de protection des troupeaux proposés par l’Etat ne marchent pas”. Dans son livre “l’Europe des Pours”, Jean-Paul Mercier écrit (p. 319) dans un chapitre qui traite de la Suède et de la Norvège:

Dans les années 70, le retour de l’ours au sud de la Norvège (l’espèce avait disparu depuis 50 ans) provoque des dommages importants sur le cheptel ovin qui prédomine alors dans le pays. Les moutons paissent librement, sans gardiennage ni autre moyen de protection. En 1998, dans le comté du Hedmark, on compte 128.600 moutons et 18.200 bovins. La zone de présence des ours couvre 46 % du comté. Chaque année, entre 1991 et 2001, chaque ours du secteur, quelques dizaines tout au plus, tue 30 moutons en moyenne (500 fois plus qu’en Suède où les moutons sont gardés), mais aucun bovin. (…) Vers 2003, des scientifiques proposent une pratique plus sédentaire, assortie de moyens de protection et d’une reconversion vers l’élevage bovin, moins vulnérable. Depuis cette date a lieu de fait un rééquilibrage régulier dans ce sens.

L'exception française...

Une charte de bonne pratique pour remplacer la charte de l’IPHB

Dans sa note «L'Ours des Pyrénées : allié objectif d'un pastoralisme d'altitude durable», Gérard Bozzolo, maître de conférence à l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse, compare un troupeau en liberté à un "supermarché alimentaire pour l’ours" avant de proposer «une charte des bonnes pratiques d’élevage en zone d’estive» : «Au travers de cette orientation, les rares pertes imputées aux ours qui réussissent à déjouer la vigilance des bergers et de leurs auxiliaires patous ne devraient alors, être défrayées que dans le cas où les éleveurs respectent cette charte des bonnes pratiques d’élevage en zone d’estive. Le temps pédagogique est désormais suffisant pour que le remboursement des dégâts soit conditionné à la prise de mesures anti risques, comme c’est d’ailleurs la règle dans tout contrat d’assurance sur des biens

Voilà une proposition à faire lors de la consultation à venir.

Consultation

Dans le nouveau décret on peut lire entre autres : «Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe, le fait de perturber de manière intentionnelle des espèces animales non domestiques protégées au titre de larticle L.411-1», que je vous épargne. Fini donc (en théorie), les battues à l’ours comme celles qui ont été organisées par les associations pyrénéennes contre l’ourse Franska.

Et à propos de la consultation :

  • «Le préfet détermine par arrêté, au plus tard 30 jours après la date d’enregistrement du dossier (de réintroduction) les conditions dans lesquelles celui-ci sera mis à la disposition du public et des collectivités territoriales intéressées
  • «La durée de la mise à disposition du public et des collectivités territoriales du dossier ne peut être inférieure à un mois. Durant cette période, toute personne peut adresser au préfet ses observations sur l’opération d’introduction envisagée
  • «L’autorisation d’introduction est délivrée dans un délai de 6 mois à compter de l’enregistrement du dossier

Pour plus de détails,voici le décret n°2007-15 du 4 janvier 2007.
A vos plumes, faites des propositions...

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