Quel avenir pour l'ours dans les Pyrénées?

Le 26 juillet 2010, Chantal Jouanno a annoncé que la nouvelle stratégie de l'Etat en matière de protection de l'ours consisterait à remplacer les animaux tués par l'homme et à compter sur le développement naturel de la population pour atteindre le seuil de viabilité de l'espèce. Est-ce bien réaliste ?

Aujourd'hui, une petite vingtaine d'ours issus des réintroductions effectuées en Pyrénées centrales en 1996 (2 femelles), 1997 (1 mâle) et 2006 (4 femelles et 1 mâle) constituent un noyau reposant sur l'existence de 4 femelles se reproduisant régulièrement.

Si ce constat démontre que le milieu pyrénéen convient parfaitement à l'ours, les morts de "Francka", écrasée par une voiture en 2007, de "Balou", blessé au cours d'une battue en 2008, et la disparition de l'ours "Boutxy" en 2009 suite à un braconnage montrent que la surmortalité induite par l'homme reste importante.

Plusieurs indications laissent heureusement penser que celle-ci n'est plus rédhibitoire comme elle le fut jusqu'au début des années 80, époque où, en plus des menaces évoquées ci-dessus, l'ours a beaucoup souffert de destructions intentionnelles, notamment par le poison. Alors que, durant ces années-là, le nombre de plantigrades annuellement éliminés était largement supérieur à ce que la dynamique de l'espèce pouvait compenser, un petit calcul, basé sur l'estimation du taux de croissance d'une population d'ours (entre 5 et 10 %) montre que désormais l'augmentation naturelle du nombre d'individus (1 par an pour une population de 20) est légèrement supérieure au nombre d'ours tués.

Si tous les ours éliminés sont remplacés, la situation pourrait donc lentement s'améliorer. Pour le Béarn auquel une ourse a été promise en 2011, cela constituerait une chance de maintien mais guère plus si l'on considère les problèmes de consanguinité évidents que devrait connaître ce noyau de population, isolé de celui des Pyrénées centrales.

Pour le reste, à un rythme de croissance de 7,5 %, il faudrait treize ans pour atteindre un effectif de 50 individus. Hélas, l'exemple de "Boutxy" dont le braconnage, publiquement annoncé par des opposants à l'ours, n'a pu être démontré en dépit de la disparition définitive de l'animal, illustre l'évidence selon laquelle tous les meurtres d'ours ne seront pas (re)connus.

Consciente de cette éventualité, Madame Jouanno annonce qu'un renforcement aura lieu au cas où le nombre d'ours diminuerait, mais pour qui connaît les polémiques incessantes autour de leur recensement, l'avenir semble là encore bien incertain.

Pour assurer vraiment la restauration de l'ours dans les Pyrénées, il convient donc à la fois de renforcer encore ses effectifs ET d'améliorer ses conditions de vie. Pour ce faire, il faut continuer à préserver le milieu comme les associations de protection de la nature s'y emploient depuis tant d'années (voir le combat de la SEPANSO pour le Soussouéou par exemple) et règlementer la pratique de la chasse en battue dont les conséquences sont très néfastes pour l'ours, tant au niveau du dérangement qui compromet le bon engraissement des animaux à l'automne (une ourse gestante peut avorter si elle n'est pas assez grasse à l'entrée en tanière) que des risques de tirs "accidentels" qu'elle provoque (voir les exemples de Melba, Cannelle ou Balou).

Dans le plan de restauration 2006-2009, l'Etat s'était "engagé à ne pas imposer de mesures règlementaires concernant la chasse en présence d'ours", mais il a depuis dû faire marche arrière. En 2008, en effet, suite à plusieurs recours déposés par la SEPANSO Béarn, un jugement du tribunal administratif de Pau contraignait le préfet des Pyrénées-Atlantiques à imposer des réserves temporaires de chasse sur les zones fréquentées par l'ours. Désormais, le Comité Ecologique Ariégeois et FERUS tentent d'obtenir des dispositions similaires en Ariège. Avec quelques ours de plus et une protection renforcée, l'espèce pourrait bien enfin trouver les conditions de son maintien à long terme.

Jean LAUZET,
SEPANSO Pyrénées-Atlantiques

Source : Sud-Ouest Nature

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