Ariège Ruralité

Naissance de Ariège-Ruralité
Propos sur les pressions ou contraintes venues d’ailleurs

Ariège-Ruralité, quelques propos...

Ariège ruralité : «Nous sommes très fiers d’être des ruraux !» C’est en ces termes que Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs de l’Ariège, vient de porter sur les fonds baptismaux avec huit autres personnalités ariégeoises, une nouvelle association visant à défendre les intérêts de la ruralité : “Ariège ruralité” écrit AriègeNews. A l’occasion de la création d’Ariège-ruralité, plusieurs personnalités «rurales» ont fait des déclarations :

Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs de l’Ariège : «C’est une première au plan national, une dizaine d’associations proches de la nature et du monde rural partageant les mêmes intérêts et les mêmes valeurs, viennent de se fédérer pour faire entendre leurs voix sur des sujets d’actualité tels que Natura 2000 ou les grands prédateurs (...) Nous sommes très fiers d’être des ruraux ! Nous n’avons pas envie que des dictatures européennes nous imposent des choses que nous ne souhaitons pas […]»

François Toulis, vice président de la Chambre d’Agriculture : «L’union fait la force face aux pressions venues de l’extérieur, de Bruxelles ou ailleurs. Ariège Ruralité n’a d’autre objectif que de nous fédérer pour faire entendre notre voix

Jacques Laffargue, trésorier de l’association des Forestiers Privés : «On ne veut pas de contraintes et de réglementation imposées par des technocrates qui ne connaissent pas le terrain. […] »

Claude Carrière, président de la Fédération Pastorale : «Nous nous interrogeons sur l’avenir de nos montagnes faces aux contraintes venues d’ailleurs […] nous voulons défendre les Ariégeois et donner aux gens les vraies valeurs.»

Hervé Péloffi, vice-président de la FDSEA : «S’il n’y a pas de rapport de force on n’est pas écouté […] cette association nous permet d’additionner les compétences de chacun (…) pour ne pas se faire avoir»

Nicolas Delmas des Jeunes agriculteurs de l’Ariège : «On travaille sur le même territoire, on a les mêmes inquiétudes…»

Rémi Denjean, co-président de l’ASPAP : «Rassembler l’ensemble des acteurs de ce territoire, tous les utilisateurs de la montagne, c’est ce que l’on fait à l’ASPAP depuis 2006. Cette association s’inscrit complètement dans notre démarche, nous la soutenons».

Jean-Claude Saunier, secrétaire de l’association des piégeurs : «Ariège Ruralité nous a permis de trouver un dénominateur commun permettant d’aller de l’avant, de montrer notre force auprès des pouvoirs publics»

Pour Jean-Luc Fernandez, porte parole d’Ariège-Ruralité (un rien parano) : «La ruralité est menacée, les adversaires sont multiples».

Leurs propos permettent d’identifier leurs adversaires : l’opposition des associations ultra-pastorales (ADDIP, ADIP, ASPAP, ASPP et autres) et cynégatiques à Natura 2000 et aux prédateurs n’est pas neuve, c’est même ce qui les rassemble; l’expression de leur côté anti-européen est ici par contre violement exprimé, peut-être pas pour la première fois.

Forces vives?

Quand on imagine une association d’acteurs ruraux, on imagine y retrouver les “forces vives” des petites communes : responsables politiques, entrepreneurs, commerçants, enseignants, indépendants, responsables d’associations, responsables sportifs, animateurs, les créateurs d’emplois, de richesses etc. Dans “Ariège Ruralité”, on ne retrouve que les chasseurs, piégeurs, éleveurs et agriculteurs; c'est à dire les mêmes que dans les autres associations anti-prédateurs. Rien de neuf.

Chiffres clés

La population de l’Ariège a un taux de croissance annuel tiré par les flux migratoires et par l’essor socio-économique de la basse Ariège, stimulée par le dynamisme du pôle toulousain. Or pour certains ruraux, Toulouse, c'est la grande ville comme Paris ou Bruxelles et ces immigrants ne peuvent être que des "néo-ruraux", des "bobos" qui effectuent un "retour à la terre". Le vieillissement de la population se poursuit : la part des + de 60 ans devrait passer de 28% en 2005 à 38% en 2030. La densité de population est faible : 29 hab./km2 contre 101 pour la France. Le chef-lieu de préfecture, Foix, ne dépasse pas les dix-mille habitants. L’Ariège apparaît comme le département le moins peuplé de la région Midi-Pyrénées.

EN Ariège, le nombre d’exploitations agricole est en baisse avec un nombre élevé de chefs d’exploitation de plus de 40 ans. L’agriculture ariégeaoise emploie 3.153 personnes ; elle représente 6% des emplois, soit le double de la moyenne nationale, mais les emplois agricoles ont diminués de 3,2% entre 2003 et 2006.

Au niveau revenu, les traitements et salaires moyens sont moins élevés qu’au plan régional (-14 %) et national (-19 %), à 19.078 € par foyer en 2007. L’Ariège présente une part de foyers fiscaux imposables en 2007 de 44,9%. La moyenne régionale est de 51% et nationale de 53,6%. (Source : Chiffres clés de l’Arège, Chambre de Commerce et d’Industrie)

On ne retrouve pas trace des acteurs du tissu économique ariégeois dans l’association Ariège-Ruralité : Industrie, services, commerces, construction, artisanat. Le vrai lien qui unis les fondateurs d'Ariège-Ruralité, c’est la haine des prédateurs! (Chasseurs-piégeurs, l’élevage ovin et dans une moindre mesure, les propriétaires forestiers). Les chasseurs, moteurs de cette nouvelle association voient là une opportunité de «défendre» un loisir décrié et souvent mortel. La défense de la ruralité n’est qu’une couverture.

Espace rural

En France, l’espace rural est composé de l’ensemble des communes de moins de 2.000 habitants.
Philippe Perrier-Cornet, Directeur de recherches à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) à Dijon distingue trois types d'usages de l'espace rural :

  • La «campagne cadre de vie» qui est une campagne résidentielle, celle que choisissent les citadins qui viennent s'installer dans les espaces périurbains, impliquant un étalement de la population autour des villes et donc une logique volontariste de transfert d'équipements vers ces nouvelles populations.
  • La «campagne ressource» qui est une campagne productive à la fois de produits agricoles et de biens industriels (...).
  • La «campagne nature  qui inclut les espaces naturels plus ou moins protégés, comme les parcs nationaux et régionaux, les réserves diverses (...)

Les espaces ruraux peuvent également être classés selon leur dynamisme.

  • Les espaces périurbains, très dépendants des villes pour les emplois comme pour les commerces et les services, connaissent une croissance démographique encore rapide malgré un ralentissement récent et un rajeunissement de leur population.
  • Au contraire, les espaces ruraux dits «profonds» ou «fragiles», éloignés des villes, qui gardent un accès difficile aux services publics, une couverture en téléphonie mobile insuffisante, des temps d'accès aux réseaux de transport rapides encore longs ; ils voient leur population vieillir. C’est le cas de l’Ariège.
  • Enfin des espaces ruraux dits «vivants», plus ou moins éloignés des villes, gardent un certain équilibre démographique grâce au tourisme ou à des industries traditionnelles adaptables ou à des industries agro-alimentaires récentes soutenues par une agriculture dynamique.

"Les ruraux se sont ouverts"

Ariège Ruralité Le Sénat français qui est un exemple de dynamisme de modernité et de jeunesse s’est penché sur les enjeux de la ruralité en France et décrit dans un rapport (1) une ruralité idylique  :

L'image d'un monde rural replié sur lui-même, d'un mode de vie rural particulier et autonome n'est évidemment plus de mise. Les ruraux français se sont ouverts sur la planète entière par l'intermédiaire de la télévision, de l’internet, des voyages touristiques, etc.

Les agriculteurs ont été soumis aux pressions de l'Organisation Mondiale du Commerce dont les décisions ont fortement contribué à l'inflexion de la Politique agricole commune vers une baisse des prix agricoles et un soutien direct aux agriculteurs, etc. Les ruraux se sont ouverts sur l'Europe.

La PAC règle plus que jamais la vie et le revenu de nos agriculteurs. L'orientation vers une agriculture plus durable a amené ces derniers à utiliser des techniques plus respectueuses de l'environnement. Les ruraux se sont ouverts sur le territoire national (…) et sur leurs voisins. Ceux de la ville qu'ils côtoient plus souvent qu'autrefois puisqu'ils vont eux-mêmes souvent travailler en ville ou y faire leurs courses, ou parce qu'ils voient s'installer dans leur propre village des citadins en mal de terrain à bâtir bon marché et de tranquillité. (…)

L'esprit de clocher » recule avec la mobilité des individus. Les associations pluricommunales fleurissent à la campagne (…), les communautés de communes se multiplient à un rythme rapide, au risque, il est vrai, d'une superposition des circonscriptions d'administration ou de projet, dans laquelle les élus eux-mêmes se perdent parfois; au risque également d'une concurrence avec les conseillers généraux ou au contraire d'une mainmise de ces derniers sur ces nouvelles circonscriptions ; au risque enfin d'une concurrence avec les régions qui s'intéressent elles aussi aux espaces ruraux.

Cette ouverture sur le monde, cette mobilité des hommes et des idées impliquent une mutation des comportements et des représentations à la fois chez les ruraux et chez les citadins. Les comportements spécifiquement ruraux n'existent plus vraiment : bien des ruraux sont plus ou moins « urbains ».

Les ruraux sont fiers d'habiter la campagne, de bénéficier du calme, de la nature, du "bon air" et regardent avec une certaine condescendance les citadins soumis, selon eux, au bruit, à la pollution, à l'insécurité, à l'entassement. L'image négative que les citadins avaient traditionnellement de la campagne s'est inversée également : celle-ci est devenue symbole d'identité à défendre, de patrimoine à valoriser, de nature et de paysage à conserver, de calme et de sécurité à préserver. Moins qu'un espace agricole, l'espace rural est désormais pour les citadins un espace de détente, une réserve de nature et, pour certains, un cadre de vie désiré.

Les citadins estiment désormais avoir un droit de regard sur l'espace rural : ils sont sensibilisés aux pollutions agricoles et à la transformation des paysages par l'urbanisation, par l'implantation d'axes de communication, par les reboisements, les remembrements, les friches, etc."

(1) Délégation à l'aménagement et au développement durable du territoire, L’Etat du territoire. Rapport d'information no 241. Session ordinaire de 2002-2003. Annexe au procès-verbal de la séance du 3 avril 2003. Rapporteur: Jean-François Poncet (site du Sénat français) - rediffusion autorisée par le site d'origine.

Je suis sur que, comme moi, vous reconnaissez dans cette description le sens de l’accueil, l’ouverture d’esprit et l’ouverture au monde des créateurs d’Ariège-Ruralité.

"L’espace rural possède une véritable force d’attraction pour les résidents des villes : un bon quart de la population urbaine déclare aujourd’hui avoir l’intention d’aller habiter à la campagne dans les
prochaines années" (enquête Inra/Credoc de 2001) (...)

A mesure que l’agriculture prenait une place plus réduite dans l’économie et dans l’emploi national ont émergé de nouvelles fonctions des espaces ruraux. Au cours des dernières décennies, des mutations sociologiques sont apparues : les pratiques des ruraux se sont urbanisées et les urbains ont découvert un nouvel attrait pour les campagnes. La combinaison de ces changements de pratiques et des mentalités ont fait s’exprimer des attentes nouvelles de la société vis-à-vis des territoires ruraux.

L’évolution des espaces ruraux a aussi fait émerger de nouveaux enjeux. Pour partie, ceux-ci sont liés à la montée des préoccupations environnementales, qui conduisent à prendre en compte les espaces ruraux dans leur ensemble comme des espaces de nature, parallèlement au fait qu’ils sont également des espaces productifs et des espaces résidentiels ou récréatifs.

Ainsi, les usages et les fonctions des espaces ruraux sont multiples : productifs, résidentiels, récréatifs, environnementaux, écologiques. L’espace rural est un support d’activités économiques, un cadre de vie, et un support permettant d’assurer la conservation de la diversité biologique, la préservation des ressources humaines, la prévention des risques globaux comme le changement climatique, au nom du bien-être des générations actuelles et futures.

Si les demandes de la société peuvent être une chance pour les territoires ruraux, il ne faut pas oublier qu’elles sont parfois en concurrence, voire en opposition et qu’elles génèrent des conflits d’usages. L’évolution de la société fait ainsi apparaître un besoin de médiation important. Il s’agit d’arbitrer une cohabitation complexe sur les mêmes espaces, entre différents acteurs aux objectifs et points de vue très divers. L’agriculture est particulièrement concernée par la confrontation avec les autres usages du rural. (Lire par exemple la conférence de Gérard Bozzolo : Multifonctionnalité dans l'espace montagnard).

Certains «acteurs ruraux» comme les chasseurs et les éleveurs continuent de croire qu’ils sont «en phase avec les attentes de la société», alors qu’ils ne tiennent aucun compte des nouveaux enjeux, leur préférant le repli sur soi identitaire (la défense de l’identité pyrénéenne) en désirant «rester maîtres dans leurs montagnes.» Les demandes des nouveaux habitants, qu’ils soient de la vallée («Ils ne vivent pas de la montagne») , de Toulouse («ô Arcangeli ! Et ton empreinte carbone avec ton bureau à Toulouse!») ou de plus loin dans «la plaine», car la plaine, c’est tout de suite Paris! («Et les ours, qu’on les lâche chez eux, dans le bois de Boulogne!»).

Les créateurs de «Ariège ruralité» montrent qu’ils restent des irréductibles réfractaires au changement. L’image des ruraux repliés sur eux-mêmes, au mode de vie rural particulier et autonome est bien encore de mise en Ariège. On est bien loin d'une ruralité “ouverte sur la planète entière”.

Les déclarations des fondateurs d’Ariège-Ruralité donnent l’impression de vieux acteurs d’un territoire en déclin, repliés sur eux-mêmes, refusant en vrac, l’ouverture, l’arrivée et le droit de regard de néo-ruraux, ces “bobos” qui envahissent “leurs” montagnes. «Ariège Ruralité n’a d’autre objectif que de nous fédérer pour faire entendre notre voix.» Leurs invectives : “Nous n’avons pas envie que des dictatures européennes nous imposent des choses que nous ne souhaitons pas » ou «L’union fait la force face aux pressions venues de l’extérieur, de Bruxelles ou ailleurs.» sonnent comme un ras le bol envers «Bruxelles», car Bruxelles, c’est encore pire que Paris, ce sont des fonctionnaires dans leurs appartements alors que chez  Ariège Ruralité, ce sont des «acteurs de terrains, du territoire », des «valléens» dirait Jean Lassalle à l’IPHB.

Dans fédèrer il y a "FEDER" comme Fonds européen de développement économique et régional. Bruxelles, ils n'en veulent pas, mais de l’argent de Bruxelles, bien. De l’ours, ils n’en veulent pas, mais de l’argent de l’ours bien. L’histoire se répète. La ficelle est grosse, mais puisque celà marche, ils en profitent.

L'Europe en Midi-Pyrénées

Mais l’Europe s’engage en Midi-Pyrénées.  Trois fonds européens soutiennent les programmes européens gérés en Midi-Pyrénées. Le montant de l'investissement de l'UE en Midi-Pyrénées s'élève à plus de 1,4 milliard d’euros pour l'ensemble des programmes européens régionaux financés par le FEDER (430 millions), le FSE (192 millions) et le FEADER (862 millions). On retrouve des projets comme «Dynamiser le développement du massif des Pyrénées à travers une politique interrégionale équilibrée et durable», un «Dispositif interrégional de créations, aménagements et extensions de sites pastoraux», un «Plan de modernisation des bâtiments d'élevage», «Prime herbagère agroenvironnementale», «Protection des races menacées»...

318 projets ont été financés en Ariège par les fonds européens et le montant total des subventions est de 18.086.517 euros ! (Source 1 et source 2) Les fonds européens financent grassement la «ruralité» ariégeoise! (On peut juste constater que, dans le tableau Excel des subventions européennes de projets en Ariège, 4 projets (139,141, 145, 146) consistent en la restauration de sites pastoraux à hauteur de 280.000 € environ. A chaque fois, ce sont des projets euro-subventionnés à 50 %!) Il semble bien qu’ «Ariège-Ruralité», en maudissant les fonctionnaires européens, crache dans la soupe en même temps qu’ils passent à la caisse. En réalité, le seul fond de commerce de cette nouvelle association, regroupant d’anciens opposants, c’est la haine du sauvage : ours, vautours et loups depuis peu. L’année 2011 sera difficile si le loup confirme son entrée dans les Pyrénées.

La généreuse participation de l’Europe

Mais tout le monde n’a pas l’ingratitude des fondateurs d’Ariège-Ruralité. Ainsi, le discours de Monsieur Jacques Billant, préfet de l’Ariège à l’occasion de l’inauguration du réseau haut-débit en Ariège: «L’enjeu est considérable pour l’économie, les entreprises, les citoyens et les territoires. (...) Je me réjouis de la généreuse participation de l’Europe et de l’Etat à cette réalisation ainsi que celle du département et de la région. (...) L’Europe, par le biais du FEDER a été un partenaire financier important grâce à une aide de 8.520.435€.»

Ailleurs, la Dépêche titre : “Économie : des réussites en Ariège portées par l'Europe”, le projet de haut débit sera opérationnel au 1er janvier 2009. Son coût total : 29 millions d'euros, financé à 8,5 millions par le FEDER. L’accès Internet des fiers ruraux est donc payé par Bruxelles. Et il existe bien d’autres programmes européens en Ariège

Photo J.M. (DDM)

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