Inexorablement le paysage se referme

Extrait de “Vache et paysage, de pis en pis?
par Claude Janin, professeur associé à l’institut de Géographie alpine à Grenoble.
L’Alpe n° 48 Ah, La vache!

La disparition progressive de l’élevage bovin dans les Alpes risque bien de conduire à une «reforestation» des paysages et au développement des friches par l’abandon des prairies d’altitude. Mais au fond, ces panoramas de carte postale sont-ils bien nécessaire à la biodiversité montagnarde?

Inexorablement, le paysage se referme

La vache est donc l’une des causes de l’évolution es paysages alpins, dont l’un des premiers signes est ce qu’on appelle la fermeture du paysage, comme si une extension des boisements traduisait sa dégradation. On attribue en général cette dynamique à la disparition du nombre d’exploitations agricoles. En oubliant qu’elle a été compensée, au moins en partie, par l’agrandissement d’autres exploitations. Les raisons de la déprise agricole sont souvent plus subtiles. La fin de la polyculture et la spécialisation en élevage de nombre d’espaces alpins a entraîné une modification des usages. Avec l’abandon de la polyculture, les parcelles proches des exploitations de fond de vallée, ou des replats, ont été transformées en prairies. Celles-ci accueillent souvent aujourd’hui les pâturages d’entre-saisons qui s’étageaient auparavant sur les versants. Devenus inutiles, ils sont désormais colonisés par la forêt.

Le regard souvent négatif porté sur cet emboisement peut être pourtant perçu de façon positive comme un retour à un espace naturel, plus sauvage et favorable à la biodiversité, mais aussi comme une nouvelle ressource durable, économique et énergétique, apportée à la filière bois. Le paysage est un objet de débats où transparaissent souvent aussi des enjeux de société.

Bien souvent aussi, les dynamiques d’urbanisation ont des conséquences indirectes. Le développement d’espaces résidentiels sur les replats et les pentes inférieures des vallées peut priver les élevages de surfaces mécanisables, mettant ainsi en péril leur équilibre fourrager. Dans ce cas, c’est l’ensemble de l’exploitation qui peut disparaître, entraînant ainsi l’abandon des prairies qu’elle valorisait par le pâturage, et par conséquent la fermeture paysagère.

Pour prévenir une telle évolution, les élus de la région urbaine de Grenoble, dans leurs schémas directeurs de l’année 2000, ont par exemple inclus dans les zonages de fort enjeu agricole les surfaces de replat des balcons de Belledonne dans le but de protéger les surfaces nécessaires aux récoltes de fourrage. Pour lutter contre le développement des friches, des programmes de soutien à l’entretien des surfaces de montagne, en altitude ou sur les versants, sont mis en place un peu partout. En Haute-Savoie, la chambre d’agriculture et le conseil général ont réalisé un zonage des surfaces essentielles à l’élevage qui doit être pris en compte dans les projets d’urbanisme à venir. En Isère, le programme à l’entretien des zones menacées d’abandon apporte un soutien financier aux propriétaires ou aux éleveurs qui s’engagent à remettre en état ou à entretenir certaines parcelles à l’abandon. (…)

Claude Janin est expert consultant à la chambre d'agriculture de l'Isère. Il travaille en particulier sur les dynamiques territoriales et leur impact le plus immédiatement perceptible : les évolutions du paysage.

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