L'ADDIP menace les "traitres"

Hier, 4 février se terminait la consultation publique sur la réintroduction d'un ours en Béarn, lancée auprès de la population des Pyrénées. Philippe Lacube lance de nouvelles menaces.

D’après la presse, entre 150 (La République des Pyrénées) et 250 (Sud-Ouest) personnes opposées à la réintroduction sont venues manifester aujourd’hui à Pau. Philippe Lacube, président de l’ADDIP est venu apporter son courrier au préfet : 6.800 lettres qui disent « NON » à l’ours. Probablement un grand nombre de reproductions de la lettre type créée par les associations pastorales. Le matin, CAP-Ours, la Coordination Associative Pyrénéenne pour L'ours créée en l'an 2000 qui rassemble 30 associations de bergers, d'éleveurs, d'apiculteurs, de comités d'habitants, de professionnels du tourisme ainsi que des associations de développement économique durable, de protection et d'éducation à la nature a fait de même. Ella a déposé 16.000 lettres qui disent « OUI » à l’ours.

Mais cette consultation n’est ni un vote, ni un sondage. La DIREN va devoir se mettre au travail pour lire toutes ces lettres et pour extraire les propositions et les bonnes idées éventuelles. « La décision n'est pas prise », a déclaré le préfet. La délégation d'opposants composée de Jean Lassalle, d'Augustin Bonrepaux et de Philippe Lacube, entre autres, était paraît-il ravie à sa sortie de l'entrevue avec le préfet.

Dans un nouveau document « Ours ; stop aux mensonges » signé Bruno-Besche Commenge (quelle régularité!), l’ADDIP essaie de se présenter sous un angle plus favorable, fini les querelles mesquines, voici le temps de l’ouverture : « l’enjeu n’est pas pro ours contre anti ours, ce serait ridicule, il est l’avenir des Pyrénées ». Que de chemins parcourus ! Les positions de l’ADDIP semblent même se rapprocher du communiqué de CAP-Ours : « Nous devons d’urgence sortir du débat “pour/contre” l’ours, stérile, paralysant et déjà tranché par la loi, afin d’imaginer ensemble un avenir durable et désirable pour tous. » ou de ceux de François Arcangeli dans « l’ours est-il le bienvenu dans les Pyrénées » .

Ceux-là non plus qu’à se mettre à la table des négociations, le motus vivendi semble trouvé, à première vue…, à moins que ce ne soit qu’une vitrine destinée à améliorer l’image de marque de la contestation pastorale, car le vernis n’est pas bien épais : « Chasser le naturel et il revient au galop » dit le dicton.

Le 1er avril 2006,les ultrapastoraux saccage la mairie d'Arbas
«Nous avons dit au préfet que si l'ourse arrivait, la mobilisation reprendrait, mais que cette ourse risquait de disparaître de la circulation. Attention, à ceux qui voudraient accueillir l'ours. On a déjà démontré à Arbas ce qu'on savait faire ! » a menacé Philippe Lacube. De nouvelles menaces et pressions qui visent directement les maires des communes qui seraient favorables à l’accueil du lâcher de l’ourse sur leur territoire. Des « traîtres » selon un panneau exhibé lors de la manifestation de Pau.

À Arbas, la mairie avait été saccagée. Dix éleveurs (des électrons libres sans doute) et membres des associations opposées à la survie de l'ours dans les Pyrénées qui avaient violemment manifesté le 1er avril 2006 ont été condamnés en novembre 2007 à 6.796 € pour dégradation de biens publics. Les vrais responsables ont été épargnés. Cette somme ne représentait que 10 % des dégâts occasionnés, 680 euros par personne. Les associations ultrapastorales avaient organisé une collecte de solidarité pour payer les amendes. Cela a fait naître un sentiment d’impunité qui pousse les extrémistes à réitérer de nouvelles menaces. Le non-lieu pour le chasseur qui a tiré sur l’ours Balou aura le même résultat.

Les associations de l’ADDIP se croient protégées. Elles le sont. L’ASPAP, financée par le Conseil Général de l’Ariège, a pris la précaution d’inscrire dans ses statuts : « L’association et ses représentants ne pourront pas être tenus pour responsables d’éventuels dommages occasionnés sur le territoire par des personnes par ailleurs adhérentes à l’association ». Vu l’augmentation annoncée du nombre de membres depuis 2006 et le succès des « pastorâleries », les juges pourront, en plus de l'augmentation causée par la récidive, augmenter les montants mais le résultat sera identique. La loi, c’est pour les autres. Après eux, le déluge.

Michel Rodes de la Sepanso regrette cette ambiance délétère : « La pression morale ou immorale est très forte. Il faut pouvoir la supporter et il faut bien vivre dans les vallées avec ses voisins ».

Chantal Jouanno avait annoncé le lâcher d’une seule ourse au printemps 2011 en remplacement de l’ourse Franska, tuée sur une route alors qu’un rapport scientifique de l’ONCFS préconise la réintroduction de onze à treize femelles et de deux mâles pour obtenir une population viable. Or la France s’est engagée à atteindre cette viabilité de la population d’ours dans les Pyrénées. On en est donc très loin.

Chantal Jouanno avait également déclaré que « quand un ours est tué pour des raisons anthropiques, on le remplace, parce que, je n’ai vu nulle part que les pyrénéens souhaitaient la disparition de l’ours dans les Pyrénées. » Le 3 septembre 2010, le même Philippe Lacube affirmait sur France 3 que 2 ours avaient été abattus en Haute-Ariège en juin : « ici en Haute-Ariège, il y a des gens qui ont fait le ménage », ce qui a été confirmé par les dernières analyses génétiques qui n’ont pas permis d’identifier Boutxy, un ours qui se montrait pourtant souvent. Tout porte à croire que Philippe Lacube a dit vrai, mais ces 2 ours braconnés ne seront pas remplacés. Impunité, toujours.

L’Ariège est une zone de non-droit, cadenassée par son Président de Conseil Général qui, quand on s’intéresse de trop prêt à son système, dénonce des « comportements d’opportunistes dangereux pour la démocratie ». De quelle démocratie parle Bonrepaux, quand une minorité d’éleveurs, de syndicalistes agricoles et de chasseurs sème la terreur et menace les élus? De quelle démocratie parle Bonrepaux quand le népotisme et le copinage politique noyautent tout le système. Le « système Bonrepaux » titrait L’Express de la semaine dernière...

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