L'ours et le Parc sont des boucs émissaires

Après la fin de la consultation publique sur la réintroduction d'ours en Béarn, le président du Fonds d'intervention éco-pastoral (Fiep) livre ses explications.

La ministre de l'Écologie (1), Nathalie Kosciusko-Morizet, n'aura sûrement jamais reçu autant de courriers en provenance du Béarn que ces derniers jours. Son annonce de réintroduction d'une ourse en Béarn n'a manifestement satisfait personne, même si le Fonds d'intervention éco-pastoral (Fiep) considère que c'est «un premier pas».

«C'est simplement le retour à la situation de décembre 2004, quand l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB) avait décidé de la réintroduction de deux ourses en Béarn suite à la mort de Cannelle», explique Gérard Caussimont, président du Fiep. «En 2005, le ministère a décidé de lâcher cinq ours dans les Pyrénées, dont deux en Béarn. Jean Lassalle a pris cette décision pour prétexte, pour se retirer des négociations», reprend-il.

La Sepanso Béarn et le Fiep se retireront à leur tour de la table de l'IPHB, où ils siégeaient jusqu'alors, estimant que «l'institution, qui était chargée de l'application de la charte de développement durable des vallées et de la protection de l'ours, ne s'occupait plus que de développement économique».

«Sans danger pour l'homme»

Pour lui, il n'y a pas de raison objective de refuser le renforcement de la population des ursidés. «On se rend compte que l'ours, Natura 2000, la charte du Parc national, et à nouveau l'ours, ont servi à certains décideurs politiques, qui ont ainsi pu gérer des dossiers drainant des subventions publiques à un taux inégalé, pour obtenir une unité valléenne contre des projets qui, s'ils étaient copilotés, pourraient apporter des moyens pour redynamiser les vallées. L'ours et le Parc servent de boucs émissaires pour pallier la pénurie de projets de développement locaux».

Une charge en règle que le président du Fiep assume, bien qu'il ait déjà payé de sa personne ses anciennes prises de position (2), et qu'il étaye par des chiffres que le Fiep a rappelés par courrier à la connaissance du ministère. «En 2010, sur 80 000 ovins en estive dans le département, il n'y a eu que sept ovins tués, dont cinq crédités à l'ours au bénéfice du doute. Dans tout le massif, c'est 167 bêtes indemnisées sur 573 000 présentes. La part de l'ours dans la mortalité s'élève donc à 0,03 %».

Gérard Caussimont continue son plaidoyer en rappelant que l'ours n'est pas dangereux pour l'homme. D'après plusieurs sources spécialisées, il n'y aurait eu qu'un seul décès en plus de cent cinquante ans. «Bien moins qu'avec d'autres mammifères que l'on lâche pour la chasse, cerfs, sangliers, mouflons… Sans consulter personne», confirme-t-il.

Au rang des arguments dont le Fiep a fait part au ministère, ne sont pas oubliées les compensations financières liées à la présence de l'ours : primes de dérangement, héliportages gratuits, financement des chiens de protection et pour l'embauche de bergers, pour la réfection de cabanes, valorisation du broutard et du fromage fermier produit en zone à ours et plan de soutien à l'économie de montagne, soit 48,5 millions d'euros entre 2008 et 2013.

(1) De l'Écologie, du développement durable, des transports et du logement.
(2) Il avait reçu à son domicile des dizaines de lettres d'insultes et de menaces de mort, et avait retrouvé des brebis mortes devant sa maison.

Source : Sud-Ouest

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