L'ours le Jeudi gras dans les Pyrénées

A" Gèdre, près de Gavarnie, pour le Jeudi gras, treize jeunes gens vêtus de pantalons noirs, de chemises blanches, de ceintures rouges, avec des rubans aux vêtements et aux bérets, portant de petits bâtons et accompagnés de tambourinaires, escortaient un ours. C'était un homme couvert d'une peau de bique, portant un masque poilu et des gants de laine en guise de pattes. Il était enchaîné et mené par une sorte de montreur d'ours. Il faisait des farces, menaçait les gens, se couchait sur le chemin et mimait l'accouplement d'une manière obscène. Un deuxième ours apparaissait. Tous deux se sautaient dessus et se roulaient par terre en grondant.

Toute la journée, le cortège parcourait le village, les chasseurs embrassaient les filles, les ours aussi les lutinaient. Un docteur en noir proposait de guérir toutes les maladies avec des fèves et de la crème Simon.

Le soir, on mangeait l'omelette faite avec les œufs recueillis à la quête. On tirait des coups de fusil, les ours tombaient, les hommes se lamentaient, les appelaient par leur nom, Martin pour un mâle, Fernande pour une femelle, puis ils faisaient semblant de les dépecer, alors les ours se redressaient.

Le lendemain, les villageois faisaient un gros pâté avec de la farine de maïs, du lait et du saindoux, et tous avaient le droit d'y goûter. 

A Luz, en Bigorre également, pour Jeudi gras, un cortège circulait dans le village. Il y avait un ours déguisé, mené par un homme portant un masque peint et un collier de laine rouge et verte, et soufflant dans une corne de bœuf; ils étaient suivis par des chasseurs, un docteur et un garçon en jupons qui quêtait avec un panier. A plusieurs reprises, on tuait la bête au fusil, on la ressuscitait en lui soufflant dans l'oreille avec la corne, et on la rasait avec du lait de brebis. Il arrivait que l'ours s'empare d'une fille et l'embrasse. Le lendemain, comme à Gèdre, on faisait un grand pâté pour tous les villageois avec les ingrédients recueillis à la quête."

Ce passage est extrait de «L’ours et les hommes dans les traditions européennes» de Michel Praneuf.

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