Ces animaux sauvages à problèmes !

Le site "L'indépendant" a publié hier un article du genre léger sur la faune de montagne. Il est bien représentatif de la vision de la nature des mondes pastoral et cynégétique.

Pour les chasseurs, il y a trois sortes d'animaux : le gibier (intérêt), non gibier (sans intérêt) et les animaux nuisibles (intérêt). L'exercice consiste donc à faire passer les espèces animales de la catégorie sans intérêt à une des deux catégories intéressantes (chassables ou éradiquables).

Pour les éleveurs, il y a a trois sortes d'animaux : domestique (intérêt), non domestique (sans intérêt) et nuisible, d'où leurs relations intéressées avec les chasseurs quant ils ne s'en chargent pas eux-mêmes !

Lisons "L'indépendant"...

Pyrénées - Ces animaux sauvages qui retrouvent leur habitat

"La plupart des grandes espèces, hormis l'ours, ont été réintroduites pour des raisons cynégétiques.
l’Office National de la Chasse, les associations locales de chasse, l’office National des forêts sont les porteurs de projets de réintroduction des espèces à vocation de chasse." Même exotique, l'espèce non adaptée est intéressante à réguler !

"Des animaux bien adaptés au climat et au terrain, qui se sont fortement reproduits et qui, aujourd'hui, soulèvent quelques polémiques du côté du monde agricole. Malgré des plans de chasse draconiens, avec un nombre important de têtes à abattre, cervidés et mouflons sont ainsi en surnombre sur le territoire montagnard.

Il n'est pas rare de voir des troupeaux de biches et de cerfs aux abords ou même à l'intérieur des villages. Il est courant de voir les mouflons se mélanger aux troupeaux de mouton, les cervidés aux troupeaux de vache."

Nous sommes déjà habitués à leur discours : "Les ours descendent dans les villages", "Les loups se rapprochent des habitations". "Ils n'ont plus peur de l'homme, ce sont des animaux à problèmes, il faut les éradiquer !" Vous trouverez des arguments de ce type dans les communiqués de presse, déclarations solenelles et autres lettres envoyées aux politiciens locaux ou nationaux par les responsables d'associations pastorales de défense "du patrimoine" ou "de l'identité", qu'elles soient alpine, comme "Le Grand Charnier" ou pyrénéenne comme la myriade de groupuscules ultrapastoraux. Même les zootechniciens de l'INRA s'y mettent en inventant la "lupotechnie" : « L’audace du prédateur s’accroit » et ils demandent "d’adapter les loups face à l’élevage", comprendre "éradiquer", une manière de leur faire la leçon, de les déspécialiser à attaquer les animaux domestiques, proies faciles quand ils ne sont pas gardées.

Que nos éleveurs soient opposés à l'ours et au loup, c'est ma foi compréhensible. Depuis quelques mois, les espèces de vautours ont changés de catégories : de "sans intérêt", un comble quant on sait le travail d'équarissage qu'ils font, ils sont passés à "nuisible", puisque les volatiles ont parait-il, troqués leur équipement de découpe de cadavres en armes de guerre et d'attaque.

Mais voilà maintenant que les espèces gibiers déconnent aussi. Le monde sauvage est vraiment sans complaisance pour ces amoureux de la nature qui sculpent et entretiennent les paysages où les citadins viennent se déstresser en profitant des produits locaux qu'ils fabriquent avec amour, mais sans bénéfices.

Liste des animaux nuisibles
Si même les troupeaux de biches et de cerfs viennent à l'intérieur des villages, perdant toute crainte de l'homme. Si même les mouflons adoptent des "comportements atypiques", se transforment en animaux "à problèmes" en venant se mélanger aux troupeaux de moutons civilisés et domestiques. Si les cervidés deviennent des gibiers "à visage humain" en se fondant dans la domesticité exemplaire que représentent les troupeaux de vaches, c'est que la biodiversité sauvage perd la tête ! Est-ce la conséquence des radiations nipones ? Toujours est-il que dans l'Indépendant, ils écrivent : "Côté éleveurs, on dénonce cette surpopulation qui empiète sur le territoire des pâturages des bêtes en estive. Côté chasseurs, l'office adapte les plans de chasse mais cette régulation n'est pas suffisante."

Dépités, débordés qu'ils sont ! Toute cette bonne herbe perdue ! Tout cet entretien des estives et des alpages compromis par des bestes presque plus sauvages du tout qui ne respectent pas leur Charte de Développement durable des vallées et de la protection des espèces domestiques en faibles effectifs que l'IPHB et l'ADDIP avaient mis de longues années a mettre au point, après des heures et des heures de réunions dantesques, de manifestations bruyantes, parfois violentes et bien souvent inutiles ! 

"Quant aux vacanciers, ils apprécient de pouvoir croiser au cours d'une randonnée dans la nature, l'un ou l'autre des représentants de ces espèces dites sauvages. Le problème, pour cette faune sauvage, c'est l'hiver puisque ces animaux sont concentrés sur un petit territoire non enneigé."

Il n'y a que ces maudits écolos citadins pour apprécier la situation et la comtemplation béate des bêtes non domestiques qui pulullent, provoquant un ensauvagement non acceptable des estives domestiques que les éleveurs et leurs associations dénoncent avec force (l'ensauvagement, pas les estives) !

Il y a trop de cervidés ? Les chasseurs, les prédateurs humains n'arrivent plus à contrôler la situation. Que faire ? Je vois bien une solution ! Faire appel à la ... NATURE, et demander le secours des prédateurs naturels des cervidés ! La solution, c’est l'ours, le lynx et... le loup qui arrive ! Que dis-je, il est là, dans les Alpes mais aussi les Vosges et les Pyrénées ! Mais pensez-vous, c'est impensable de faire passer un animal hôni de la catégorie nuisible à une catégorie utile ! C'est trop compliqué à imaginer, trop difficile à comprendre. De plus, ce n'est pas recommandé par les fédérations d'éleveurs et de chasseurs ! Pourtant, même les enfants le comprennent.

Et les chasseurs, pensent-ils qu'un jour, les prédateurs rassasiés par cet abus de victuaille, par cette surpopulation providentielle de bêtes sauvages ayant perdu toute crainte, vont se reproduire comme des lapins, limitant ainsi les dommages qu'ils doivent payer aujourd'hui !

Jusqu'au jour ou le gibier mi-sauvage sera parfaitement contrôlé par les fauves obèses, que seuls survivront les cervidés les plus agiles, les mouflons les plus craintifs. Alors pour les carnivores, la nourriture sera insuffisante pour toutes ces meutes rebondies et ces ours grassouillets ! Des années de vaches maigres ! Ils auront mangé leur mouton blanc!

Que devront-ils faire les chasseurs ? Qu'est ce que le gouvernement leur DEMANDERA de faire; leur SUPPLIERA de faire ?  "Moduler l'extention des prétadeurs", "juguler l'expansion démographique", établir des plans de chasse, tirer à balles réelles sur les ours et les loups ! Flop dans la graisse : REGULER ! De quoi mettre une peau d'ours devant l'âtre du salon de chaque porte flingue, et une tête de loup empaillée sur le haut de la cheminée, de quoi offrir à madame une nuisette en lynx ! Le tout en remplissant les caisses de leurs ACCA qui toucheront des fortunes en vendant les bracelets prédateurs aux notaires toulousains ou aux docteurs genoblois qui viendront en 4X4 pour assouvir leurs couteux instincts et envies de se payer un fauve, EN FRANCE de surcroit, le rêve quoi !

Ils ont bien de la chance les chasseurs slovènes. Quelle belle vie, quelles belles forêts, quel beau pays, quels beaux tableaux de chasse ils ont aujourd'hui ! En attendant ce jour béni ou celà arrivera en France, la liste des animaux qui ne trouvent plus grâce au monde pastoral s'allonge. Après le loup, l'ours, le lynx, le renard, le sanglier, le blaireau, les rapaces, le chat, les vautours voici le tour du cerf, du chevreuil, du mouflon....

Le bonheur dont ils rêvent ? C'est de n'avoir à rencontrer que la biodiversité à visage humain : le mouton, rien que le mouton, des moutons partout, de races variées bien sûr (pour la biodiversité) dans des montagnes où les forêts auront été exploitées avec de gros bénéfices et où les estives couvriront tout l'espace ! Toutes les Pyrénées et les Alpes ressembleront aux montagnes du pays basques, à des golfs ! Pentus certes, mais de jolies prairies entretenues comme les paysages qu'ils aiment et qu'ils ont sculptés avec amour depuis des générations ! Ah, c'est bien la tradition quand même !

Dessin : Ours Ariège.

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