Les programmes LIFE mammifères

Life and european mammals La Direction de l’Environnement de la Commission Européenne vient de publier un document qui récapitule les actions des programmes LIFE en matière de protection des mammifères

Toutes les opérations ont été réalisées par le programme LIFE, outil financier issu de la Directive Habitat.
(Cliquez sur l'image pour télécharger le document)

Résumé pour ce qui concerne l’ours

Notre continent abrite beaucoup de mammifères, depuis la plus petite musaraigne jusqu’au bison dont le poids peut atteindre 920 kg. La préservation de certains d’entre eux, dénommés « espèces parapluie », a un impact positif sur de nombreuses autres populations animales en permettant le maintien de divers types d’habitat.

De plus, la protection de certains animaux emblématiques comme le lynx ibérique, le chamois des Abruzzes ou le phoque moine, contribue, par leur prestige auprès de l’opinion publique, à promouvoir l’obligation de protection de la biodiversité et de conservation de la nature.  Beaucoup de mammifères européens sont menacés du fait de la disparition ou de la dégradation de leur habitat, de la chasse excessive ou des dérangements dus à l’homme.

Dans le prolongement d’un précédent document de 1997 récapitulant les projets LIFE sur l’ours brun jusqu’à cette date, trois pages traitent particulièrement de l’espèce.

Il ne subsiste plus que quelques noyaux éparpillés en Europe centrale et occidentale. Les transferts depuis la Slovénie dans les Pyrénées et les Alpes sont rappelés. La population ursine européenne est désormais concentrée dans les Carpates, la chaîne des Dinariques-Pinde ainsi qu’en Fennoscandie et Russie. Les effectifs dans l’UE sont estimés entre 13.500 et 16.000 et l’espèce classée « en voie d’être menacée » par l’IUCN (Union Internationale pour la Conservation.de la Nature).

L’avis de Jean-Paul MERCIER

Le total est à mon avis exact, mais la répartition suivant la carte figurant sur le document me paraît tout à fait fausse, car elle attribue aux Carpates une population d’environ 8.100 individus qui me semble erroné. La Roumanie y est probablement gratifiée d’un effectif de 6.600 ours qui est le chiffre officiel, certainement « gonflé » pour permettre une « sélection » plus énergique. Je pense que le chiffre réel avoisine les 4.500 (aveux recueillis « off » sur place auprès de spécialistes locaux) et que le total des Carpates serait de l’ordre de 6.800. Par contre, les chiffres de la Fennoscandie  (pour moi entre 4.800 et 5.400) et des Dinariques-Pinde (entre 2.900 et 3.800) sont sous estimés pour 2011.

Les principales menaces découlent directement ou indirectement des activités humaines. On doit d’abord citer le braconnage, en particulier celui destiné à protéger les récoltes, les troupeaux et les installations. Ensuite la dégradation et le morcellement d’importantes zones d’habitats de l’animal.

Celui-ci peut également être tué dans des pièges ou par le poison, disposés illégalement à l’intention d’autres prédateurs. Les collisions routières et la construction d’autoroutes comme Egnatia en Grèce, qui coupent en deux d’importantes zones de présence contribuent également à réduire le nombre d’ours.

Enfin, les noyaux isolés souffrent d’une faible variabilité génétique, qu’accentue encore une capacité reproductrice limitée (2 à 3 oursons tout les 2 ou 3 ans). 

Brown bear conservation in europeProjets LIFE réalisés

  Les projets Life ont touché les domaines les plus divers. Ainsi, en Slovénie, des mesures furent prises pour éloigner les ours des villes et créer des zones refuges. Des clôtures de sécurité furent mise en place et les tas d’ordures qui attiraient les ours, enlevés. D’autres mesures touchaient la restauration de l’habitat et la réintroduction du cerf.

Les projets portent en priorité sur les points suivant : instauration d’un équilibre entre les besoins des hommes et ceux des ours ; restauration des habitats et des ressources alimentaires, renforcement du flux génétique entre les populations par des « corridors » ou des transferts. De nombreux projets ont également pour objet de surveiller et d’étudier l’animal pour en mieux connaître l’écologie et les besoins et permettre l’établissement de plans de protection.

Tous les projets associent les acteurs de terrain, spécialement les agriculteurs, éleveurs et chasseurs. Les ours sont souvent mal-aimés, craints et attaqués à cause des dommages qu’ils provoquent aux troupeaux, ruchers et récoltes. Certains programmes ont ainsi mis en place des indemnisations pour compenser les dommages et essayer de prévenir les sentiments anti-ours.

La liste des actions destinées à faciliter cette cohabitation est très longue : campagne pour la mise en place de clôtures (électrifiées), fourniture, puis création d’élevages de chiens de protection, mise en place de patrouilles de surveillance du braconnage et d’éducation sur l’animal (Cantabriques), capture des chiens errants pour éviter que les appâts empoisonnés qui leur sont destinés ne tuent des ours (Italie).

Un autre volet important dans les actions LIFE porte sur la restauration de l’habitat comme la reforestation, la plantation d’arbres fruitiers ou la création de points de nourrissage. Une autre action consiste à fermer l’accès aux sites sensibles comme les zones de tanières en hiver à toute activité touristique. Enfin, des passages autoroutiers ou des « corridors » entre deux zones de présence importantes sont mis en place.

Un projet a porté sur la création d’un sanctuaire destiné à accueillir les anciens « ours dansants ».
Des programmes en cours financent des études scientifiques sur le comportement et les déplacements de l’animal par le radio-tracking et les prélèvements non invasifs (poils, crottes).

  • En Grèce, la Commission Européenne a fait pression sur le gouvernement pour prendre des mesures afin de protéger la population d’ours du Pinde, coupée en deux par l’autoroute Egnatia. De nouveaux projets sont en cours pour « aménager » les nouvelles bretelles en construction.
  • En Italie, les transferts depuis la Slovénie ont donné des résultats très encourageants dans le Trentin, néanmoins la sous-espèce Ursus marsicanus des Abruzzes reste très menacée.
  • En Espagne, les projets LIFE ont contribué à renforcer la situation de l’ours des Cantabriques dont les populations ont augmenté significativement. Un nouveau projet a pour ambition de favoriser la réunion des deux noyaux.
  • D’autre part, certains programmes transfrontaliers ont joué un rôle important dans l’évolution des populations. La protection des routes de migration entre les pays reste essentielle.

Malgré quelques améliorations dans la situation de l’ours européen, le grand défi futur tient dans l’extension et l’amélioration des habitats de l’espèce ainsi que dans le maintient d’une variabilité génétique et d’une population durable dans les petits noyaux de population.

L’avis de Jean-Paul MERCIER

Le bilan est évidemment impressionnant, même s’il n’est pas totalement positif comme le laisse penser la conclusion. LIFE est l’outil financier permettant la mise en œuvre de projets sérieux. Sans lui, il serait très difficile de progresser dans la protection du plantigrade.

Néanmoins, ce qui me gêne un peu dans ce grand catalogue, c’est que les auteurs, qui tiennent en fait les cordons de la bourse, n’évoquent pas ou peu les intervenants sur le terrain. En fait, sans eux, les programmes LIFE n’auraient pas vu le jour. Parfois, l’Union s’attribue des succès comme les aménagements de l’autoroute Egnatia en Grèce pour lesquels elle est intervenue, il est vrai, mais la plus grande partie du dossier a été menée par les deux associations locales d’abord,  puis Callisto seule, qui ont poursuivi pendant des années une action judiciaire contre l’Etat avant d’aboutir et qui continuent encore aujourd’hui au fur et à mesure de l’extension de cette autoroute.

Ces hommes et ces femmes de terrain sont nombreux. D’abord au sein d’un satellite, via l’IUCN, du Conseil de l’Europe, institution qui couvre plus de pays que l’Union, le groupe LCIE (Large Carnivores initiatives for Europe) qui coordonne les actions locales et les plans nationaux de protection via son réseau de spécialistes, souvent scientifiques de renom, universitaires ou responsables de Parcs Nationaux, implantés dans chacun des pays qui abritent des ours.

Et les associations locales, le FAPAS et le FOA en Espagne, ARCTUROS et CALLISTO en Grèce, le WWF en Autriche ou Roumanie ou même d’autres moins connus comme la  SLOVAK WILDLIFE SOCIETY de mon ami Robin en Slovaquie ou HNUTI DOUHA (les amis de la terre) en République Tchèque qui, à côté des grands projets, travaillent au jour le jour pour faire mieux connaître et apprécier notre ami l’ours.

Il me semble qu’à l’occasion de ce bilan publié par l’Union Européenne, il aurait été souhaitable de les associer tous au travail effectué.

Jean-Paul Mercier est vice-président de l’association Pays de l’Ours-Adet, localisée en Haute-Garonne. Lui vit en Ariège. Cette association pyrénéenne pilote depuis 1996 dans les Pyrénées les réintroductions d’ours originaires de Slovénie. Il est l'auteur de l'Europe des ours aux Editions HESSE. C'est une des "plumes" de la Buvette des Alpages.

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