Sur les traces de l'ours brun

par Thomas Longué

Douze privilégiés suivront un garde moniteur du Parc national des Pyrénées sur les pas de l'ours, samedi.

Ses méthodes de pisteur d'ours tiennent à la fois des Experts Manhattan et de Nicolas le Jardinier… Les analyses de poils ou de déjections recueillis sur la « scène du crime » font parler l'ADN, mais le sarcloir appartient aussi à l'attirail que Christian Plisson, adjoint au chef de secteur « vallée d'Ossau » du Parc national des Pyrénées, glisse dans son sac à dos.

Les sorties de terrain encadrées sur le thème de l'ours sont rares au Parc national. Et preuve que le plantigrade est sans rival dans l'affect des épris de nature de la région : les 12 places disponibles pour l'animation qui sera proposée le 21 mai, dans le cadre des Journées Aquitaine Nature, ont été prises d'assaut dès l'annonce.

Ce jour-là, on marchera « sur les traces de l'ours en vallée d'Ossau », au vallon du Bitet. Comme l'ont fait jeudi, dans les pas de Christian Plisson, une dizaine de journalistes spécialisés dans l'environnement, membres de deux associations professionnelles.

Le garde moniteur du Parc a plus d'un tour dans son sac de montagne pour instruire son auditoire tout en le captivant. Et tout en lui faisant oublier… que les chances qu'il a de voir débouler un ours dans la hêtraie du Bitet sont quasi nulles.

Néré et Cannelito : depuis la mort probable d'Aspe-Ouest (1) l'année dernière, l'ultime ours autochtone béarnais, ils ne seraient plus que deux ours, tous deux de sexe mâle, à fréquenter les vallées d'Ossau et d'Aspe (2).

La présence de l'un d'eux a été attestée au réveil du printemps, dans ce même vallon du Bitet où s'enfonce une piste forestière bifurquant de la route d'Espagne (col du Pourtalet), vers 800 mètres d'altitude. Le petit groupe marche depuis une petite demi-heure quand Christian Plisson annonce : «Vous êtes ici au cœur du pays des ours : la hêtraie sapinière. »

L'ours, le garde du Parc national l'a rencontré en 1994, en compagnie d'un collègue, à l'endroit même où il enjoint à la dernière des marcheuses de stopper.

L'ours droit devant

Il était 11 heures du soir, par une nuit de pleine lune : « Là où vous êtes, raconte le garde moniteur, désignant la jeune femme, l'ours s'est relevé, puis il s'est tourné et nous est arrivé droit dessus. »

Le plantigrade a alors quitté la piste pour disparaître dans un couloir abrupt, avec une agilité qui a subjugué les deux gardes. « Qu'est-ce qu'il faisait là ? Nous l'avons compris en observant l'endroit où il avait tourné en rond : le vent avait accumulé un tapis de faines qu'il était en train de dévorer. »

Cette histoire vécue est l'occasion pour le technicien de la nature d'expliquer que l'ours est myope, mais qu'il a un odorat sans pareil et qu'« il vous entend bien avant que vous arriviez ».

Christian Plisson a vu sept fois l'ours dans sa carrière, mais il dit et répète qu'observer « lo mossur » (3) n'est pas un but en soi et qu'il faut avant tout veiller à sa tranquillité. Son expérience lui a montré en outre que plus de la moitié des témoignages d'observations, clamés par les promeneurs en toute bonne foi, sont le seul fruit de leur imagination…

(1) Appelé Camille par les Espagnols, ce qui faisait parler de quatre ours entre Ossau, Aspe et Aragon, alors qu'ils n'étaient déjà plus que trois.
(2) C'est quelque part dans ce secteur du Haut Béarn que doit être réintroduite une ourse, en juin selon ce qui a été annoncé.
(3) Prononcer « lou moussu » (le monsieur), le sobriquet le plus couramment donné à l'ours en occitan du Béarn.

Source : Sud-Ouest

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