L'inauguration du Parc National des Pyrénées

Un lecteur m’écrit : "Bonjour Baudouin, je suis un lecteur régulier de « la buvette des alpages » que j’apprécie beaucoup. J’ai retrouvé dans mes archives un numéro de « la vie des bêtes » de 1970 que j’avais dû acheter à l’époque (j’avais 15 ans) qui parle de la création du Parc National des Pyrénées. Il est précisé qu’il y avait alors 40 ours dans les Pyrénées, dont 30 dans le parc. J’ai pensé que cela pouvait peut-être présenter un intérêt, notamment pour montrer les brillants résultats de la protection de l’ours dans ce parc. Bien cordialement."  Philippe Copitet.

Voici donc ce texte. Merci à Philippe.

L'inauguration du Parc National des Pyrénées

Couverture de La vie des bêtes 1970 : L'inauguration du Parc National des Pyrénées L'inauguration officielle, le 9 octobre dernier, de notre troisième parc national, créé en 1967, a tenté d'adoucir l'amertume qu'ont éprouvé des centaines de milliers de Français au projet de remaniement des limites de notre premier sanctuaire: la Vanoise. Espérons que les 46.000 ha nouvellement voués au respect de la nature et à la préservation d'une faune en danger de mort resteront tels et ne souffriront pas le même sort. C'est notre vœu le plus cher. Tant de beauté, tant de grandeur, nous ne pouvons imaginer, nous les amoureux de la nature, qu'un jour prochain, il n'en restera plus rien.

Il y a là dans ce véritable «conservatoire génétique», comme l'appelle M. Chimits, directeur du parc, une faune et une flore d'une richesse exceptionnelle - certaines espèces, comme l'ours par exemple, restent uniques dans notre pays. Nous avons le devoir d'assurer leur survie.

Le parc des Pyrénées était fin prêt. Il attendait des visiteurs de marque. On avait «briqué» les refuges, préparé discours et casse-croûte montagnard. Il ne manquait pas une balise, ni un panneau de signalisation. En trois ans, depuis son existence officielle, l'administration du parc avait bien fait les choses. Quelques jours avant l'inauguration, plus de 2 tonnes d'ordures diverses: emballage de plastique, papiers gras et boites de conserve avaient été enlevées par l'hélicoptère de l'Armée. Le beau temps durait depuis trois mois et l'on s'attendait à une journée exceptionnelle. Mais le 9 octobre, la pluie fit son apparition et c'est sous des parapluies que les élus locaux et les responsables du parc MM. Bujard, président du Conseil d'administration, et Chimits, directeur du parc, accueillirent MM. Jacques Duhamel, ministre de l'Agriculture, et le Dr Pons, secrétaire d'Etat à l'Agriculture entourés du cortège officiel.

Le rendez-vous avait été pris à l'étang d'Ayous, ou pied du Pic du Midi d'Ossau dominant de son sommet déchiqueté le premier refuge du parc. Un brouillard intense pesait lourdement sur les eaux du lac. Vainement les hélicoptères officiels tentent d’atterrir. La visibilité est vraiment trop mauvaise. C'est impossible. Et c'est à Bious-Artigues que s'établira finalement la jonction entre les invités et le cortège des intrépides qui entreprend de redescendre du refuge d'Ayous en toute hâte vers le site d'Artigues, pour l'heure, noyé dans la brume. Pas de chance! M. le Ministre ne pourra guère se familiariser avec le pays béarnais!

A 10 h 30, les deux «Alouettes » se posent ou bord du lac, à l'instant même où les personnalités locales, et les invités, conduits par M. Gilly, préfet des Pyrénées-Atlantiques, débouchent du sentier d'Ayous. Le ministre, à sa descente d'hélicoptère, est accueilli par M. Bujard, tandis que les gendarmes de montagne de la compagnie d'Oloron et les guides du parc rendent les honneurs.

Précédé par le groupe folklorique du «Cuyala d'Assaü », le cortège ministériel visite alors le site de Bious-Artigues. Puis, M. Chimits, à l'aide de plans et de maquettes, présente les réalisations en projet: chalet d'accueil, aire de pique-nique, parking, etc. Il rappelle, en quelques mots, les objectifs. du parc, les problèmes particuliers posés par son administration, remémore la structure en deux zones chargées de s'épauler et de se «faire-valoir» l'une l’autre: une zone centrale, le parc national proprement dit et une zone périphérique largement aménagée pour le tourisme.
 
Le cortège se disloque ensuite, La prochaine étape se situe ou village de Gourette, où à la maison des V.V.F. (Village. Vacances, Famille,) a été prévu un super-buffet de style montagnard: charcuterie régionale, tonneaux en perce et, pour réchauffer les estomacs, une abondante charcuterie paysanne servie par des Ossaloises en costume.

A la fin de ce «lunch béarnais» MM, Bujard et Duhamel prononcent deux allocutions, l’une et l'autre à la gloire de la nature montagnarde et de ses vertus.

Puis c'est le départ pour Arrens, en pays bigourdan. La limite des Hautes, Pyrénées (on soit que le parc s'étend sur deux déportements: Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées) est franchie au col d'Aubisque - toujours sous la pluie -, La petite station est pavoisée aux couleurs tricolores et s'efforce gaiement de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Le cortège officiel est d'abord accueilli à la mairie par le Dr Lebreton, maire-conseiller général, accompagné de M, Barbier, préfet, qui va ensuite l'escorter jusqu'au Plan des Esclops, au-dessus du barrage du Tech, a l'endroit où s'élève, au beau milieu des sapinières, l'une des « Portes» du parc.

Bâti dans le style des maisons du pays, ce chalet est tout à la fois un centre d'études et un centre de documentation sur l'écologie du porc, un centre d'accueil des touristes. C'est aussi un véritable musée où sont présentés les divers spécimens de la flore ou de la faune régionale, tels ceux que nous présentons dons nos pages suivantes. (NDLB : On y retrouve, l’ours brun, aigles et vautours, isard, lagopèdes, tétras, grand corbeau, grand-duc, pic noir, desman)

Après avoir reçu des moins d'une charmante bigourdanne en costume folklorique, les clefs de ce paradis retrouvé, M.J. Duhamel et sa suite reprenaient le chemin du retour.

Le brouillard était plus dense que jamais, La pluie n'avait pas cessée, hélas!

Dans cette atmosphère d'euphorie, devant le somptueux décor de nos vertes Pyrénées, un soupçon de crainte se lisait sur quelques visages, car le scandale de la Vanoise se reflétait à l'arrière-plan de cette belle journée, Le spectre d'un projet d'aménagement d'une station de ski à Anéou, empiétant sur une partie du territoire du parc national vers le Haut-Ossau, laissait quelque amertume dans l'esprit de maints pessimistes. De vagues projets existent, sans doute, silencieux mais non timorés, qui attendent peut-être pour se manifester que l'affaire de la Savoie soit résolue. Craintes vaines, pensons-nous, non pas que l'on puisse avoir, le moins du monde, confiance dans la sagesse et la clairvoyance des promoteurs et de leurs associés et complices locaux, mais parce que la manifestation du public contre les amputations possibles du parc national alpin a fait réfléchir les affairistes aventureux, comme les pouvoirs publics, La masse impressionnante de protestations et de pétitions reçue par la préfecture de Chambéry lors de l'enquête publique et l'action judiciaire qui se prépare contre toute atteinte à l'intégrité d'un parc national constitue un précédent dont il faut tenir compte. Les centaines de lettres aux multiples signatures que nous recevons nous-mêmes chaque jour prouvent bien que l'opinion publique est profondément sensibilisée par ce problème.  Cette violente action contestataire serait décuplée si un projet similaire voyait le jour à Anéou.

Au soir de cette inauguration dont le temps a contrarié le déroulement, mais où la ferveur des assistants n'en était que plus intense, c'est une ferme résolution qui se manifestait dans tous les esprits.

Le parc est un établissement public dont le siège social est à Tarbes, 43, rue Larrey. Il est administré par 2 assemblées et un exécutif,

  • 1ère assemblée, le conseil d'administration : 42 membres dont 14 fonctionnaires, 9 personnalités montagnardes, 19 élus locaux, Président :  M, Jacques Henri Bujard, inspecteur général, assisté de MM. Urbain Cazeux et Ebrard.
  • 2ème assemblée, commission permanente de 10 membres, présidée par le Dr Ebrard. « Exécutif »: M, Chimus, directeur.  Il est assisté d'un directeur administratif, M, Blanc, de deux inspecteurs, MM, Besson et Berrot, de six chefs de secteur et de 30 gardes-moniteurs.  Un « Comité scientifique », présidé par M, le professeur Gaussen, en assure le contrôle biologique.


Dans le Parc, une faune exceptionnelle

Le Parc est avant tout un vaste sanctuaire naturel qui abrite une faune d'une grande richesse, soit par sa rareté (les ours par exemple) soit par sa variété. Nous ne présentons ci-dessous qu'une sélection de ces animaux. La sauvagine y est également bien représentée: chats sauvages, genettes, martres, hermines, etc.

Ursus arctos. l'ours brun, cette relique du quaternaire, est évidemment l'une des originalités du Parc. En France, il ne subsiste nulle part ailleurs que dans les Pyrénées, où l'on en totalise une quarantaine environ, dont une trentaine dans le Parc. On l'aperçoit difficilement; à la fois nocturne et très méfiant, il fuit l'homme, résolument. Omnivore, il est tout autant amateur de fruits, de racines que d'insectes ou de miel. Ses dégâts aux ruchers et aux troupeaux sont bien plus modestes que les bergers ne voudraient le faire croire. Quand la preuve en est apportée, le berger est indemnisé. C'est ainsi que dans l'année, le Parc a réglé 30.000 F (3 millions d'anciens francs), soit une somme représentant environ 750 F par an et par ours.

L'isard est le chamois pyrénéen (Rudicapra r. pyrenaïca). C'est d'ailleurs l'emblème du parc. Il est plus petit que son homologue alpin. On dénombre aujourd'hui 2.000 têtes environ. Mais les spécialistes ont bon espoir de voir le troupeau s'accroître régulièrement et compter 3.000 à 4.000 sujets d'ici quatre ans.

L’une des particularités du parc consiste en la présence de nombreuses variétés de grands rapaces : aigle royal, de Bonelli et différentes espèces de vautours, comme le percnoptère et le vautour fauve, ci-dessus, magnifique oiseau dont l'envergure atteint 2,80 m.

Parmi les plus beaux rapaces en voie d'extinction; le gypaète barbu, ci-dessous. Envergure; 3 m. Il ne reste plus qu'une dizaine de couples.

On trouve également dans les Pyrénées des lagopèdes alpins dont le magnifique plumage d’un blanc pur hivernal leur permet un camouflage idéal dans la neige.

Nocturne, très sauvage, le desman (Myogale pyrenaïca), est un insectivore aquatique exclusivement pyrénéen. On le voit très rarement. Il vit le long des torrents, se nourrissant d’alevins et de larves.

Le grand tétras est encore relativement abondant dans le Parc. Ces raretés zoologiques, comme le grand corbeau ou le grand-duc sont encore visible dans le parc, de même que le pic noir, le plus grand des pics (40 cm)

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