Après l'ours, NKM sacrifie le Grand-Tétras

Communiqué de presse ASPAS
Le  27 juillet 2011

La France offre les derniers grands tétras aux chasseurs. L’ASPAS dépose plainte auprès de la Commission Européenne.

Apres l'ours, NKM sacrifie le Grand-Tétras Dans son marchandage pré-électoral avec le monde de la chasse, le ministère de l’Écologie vient de sacrifier les derniers grands tétras ou «coqs de bruyère» dans l’espoir de quelques voix de plus.

En effet, en 2009 la France s’était enfin engagée à protéger ses dernières populations de grands tétras, en faisant rédiger sa stratégie nationale en faveur du grand tétras par les associations spécialisées* dans la protection de cet oiseau symbole de nos forêts sauvages.

De façon bien peu habituelle, lors du Conseil National de Protection de la Nature et lors de la consultation publique, le ministère a présenté une version falsifiée du document. Lors de sa rédaction, il avait pourtant fait l’objet d’une large concertation avec les différents acteurs de ce difficile dossier et avait été validé par le Muséum National d’Histoire Naturelle et par le GEOC (Groupe d’Étude des Oiseaux et de leur Chasse).

La population pyrénéenne de grands tétras a perdu plus de 70% de ses effectifs depuis 1960 ! Tous les spécialistes de cette espèce ont tiré le signal d’alarme depuis bien longtemps. Pourtant la France reste le seul pays d’Europe occidentale où le grand tétras est encore chassé ! Et dans la version que le ministère de « l’’Écologie » vient offrir aux chasseurs cette chasse sera encore moins bien encadrée qu’elle ne l’était jusqu’à maintenant !

Les bonnes intentions affichées par le ministère de l’Écologie lors de la présentation de sa seconde «Stratégie Nationale pour la biodiversité» se sont envolées. Cela, seulement quelques semaines après son renoncement au renforcement de la population d’ours dans ces mêmes Pyrénées.

Devant cette mauvaise foi, et les très graves répercussions que cela aura pour l’avenir de cette espèce garante d’un bon état de nos forêts, l’ASPAS n’a pas d’autres choix que de saisir, une nouvelle fois, la Commission Européenne.

La France se doit de respecter ses engagements pour la préservation de notre patrimoine commun. Le grand tétras des Pyrénées est une sous-espèce qui n’est présente qu’en France, en Espagne et en Andorre. Ces deux derniers pays ayant depuis très longtemps décidé de protéger intégralement cette espèce. Mais leurs efforts sont compromis par la France qui, non seulement, fuit ses responsabilités, mais participe ainsi, en toute connaissance de cause, à l’extinction de l’espèce !

Cela pour une poignée de bulletins de vote !

La France a été condamnée, il y a quelques mois, par la Cour de Justice de l'Union Européenne, pour n’avoir pas agi pour sauver ses derniers grands hamsters. Elle encourt à nouveau une condamnation. Une de plus !

* Suite à un appel d’offre

Pierre Athanaze
Président de l’ASPAS, coordinateur du Groupe Tétras France

L'avis du Comité écologique ariégeois

Thierry de Noblens :  «La France est le dernier pays d'Europe occidentale à chasser le grand tétras, ou coq de bruyère. Une « Stratégie Nationale en faveur du Grand Tétras » a été élaborée en 2009 et 2010 pour sauver l'espèce, mais le ministère de l'Écologie, dans la version soumise à consultation publique en cours jusqu'au 8 juillet 2011, a retenu, pour le volet chasse, une rédaction très néfaste à l'avenir du grand tétras et qui n'a jamais été discutée au sein du Comité de suivi de la Stratégie!

 

Ce grand oiseau de nos forêts voit ses effectifs régresser de manière continue depuis une trentaine d'années. En cause : les modifications et la fragmentation de son habitat, les dérangements liés aux activités humaines, dont le tourisme et la chasse, et certaines pratiques sylvicoles ou encore les premiers effets des changements climatiques. Face à ces menaces, il convenait de mettre en place une stratégie nationale en faveur du grand tétras qui, pour chaque menace identifiée, aurait donné les priorités d'actions.

 

Suite à un appel d'offre, la rédaction de la stratégie a été confiée à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) qui a remis au ministère un document équilibré et novateur. Malheureusement, les associations constatent que la version de la stratégie mise en consultation par le ministère retient les options les plus défavorables sur deux points cruciaux pour l'avenir du coq :

  • pour le volet chasse, un plan de gestion des populations inventé par le Ministère, fixé et contrôlé par les chasseurs eux-mêmes,
  • pour le volet sylvicole, une définition de l'« habitat favorable au tétras » erronée et contestée par tous les spécialistes.

Le ministère de l'Ecologie entérinerait ainsi une situation où les excès de « prélèvements » vont perdurer de manière inacceptable».

La Buvette des Alpages demande des précisions à Pierre Athanaze

Jérôme Ouilhon du Fonds d'intervention éco-pastoral (FIEP) explique qu' "Au départ, la stratégie de 2011 partait sur un moratoire de 5 ans de la chasse au grand tétras ou à sa classification comme espèce protégée. Il n'y a plus aucune trace de ces propositions". A population de Grands Tétras égale, les chasseurs des Hautes Pyrénées ont tué « légalement » ces dix dernières années, 70 fois plus de Grand Tétras que les chasseurs des Pyrénées Orientales. Pierre Athanase, expliquez-nous cette falsification de document ? Vers quoi se dirige-t-on ?

Pierre Athanase : La LPO, en collaboration avec le Groupe Tétras France et Réserves Naturelles de France, a rédigé, suite à un appel d’offre du ministère de l’écologie, la Stratégie Nationale en faveur du Grand Tétras. Ce document a été rendu en octobre 2010, après une année et demie de concertation avec les divers acteurs du dossier : forestiers, chasseurs, professionnels du tourisme etc.

Ce document a fait l’objet d’un large consensus auprès des membres du comité de suivi qui ont été associés à sa rédaction pendant l’année et demie qui a été nécessaire à ce travail. Mais un point n’a pas fait l’unanimité : la chasse. Le ministère de l’écologie nous avait alors demandé de formuler les trois scénarii qui s’opposaient :

  1. La protection intégrale de l’espèce, qui était demandée par l’ensemble des associations de protection de la nature et par le Muséum National d’Histoire Naturelle. C’est la seule mesure qui permettra, outre le problème de la chasse, de donner un cadre règlementaire aux indispensables mesures de protection pour cet oiseau et son biotope.
  2. Le moratoire de la chasse d’au moins 5 ans, qui avait été proposé par les experts du GEOC (Groupe d’Etudes sur les Oiseaux et leur chasse).
  3. Enfin, les chasseurs avaient quant à eux demandé, un plan de chasse à l’échelle du massif pyrénéen.

Nous avons donc exposé ces trois scénarii en présentant leurs avantages et leurs inconvénients.  Cependant, dans le document qui a été présenté en juin à la consultation publique et au Conseil National de la Protection de la nature, ces paragraphes ont été remplacés, sans même que nous en ayons été informés, par un paragraphe totalement nouveau, qui à aucun moment de l’élaboration de la Stratégie Nationale, n’avait été évoqué. À savoir, un « plan de gestion cynégétique » !

Très clairement il s’agit là d’une falsification d’autant plus grave, que ce document a été présenté avec les logos des rédacteurs. Que se passerait-il si une société autoroutière ou un industriel présentait au CNPN une étude d’impact falsifiée ? Il serait immédiatement reconduit et son projet retoqué à jamais.

Mais là, le ministère de l’écologie s’est permis de falsifier un document qui avait fait l’objet d’un énorme travail, et de très larges de consultations dans chacun des massifs où le grand tétras est encore présent, pour finalement aboutir à une situation pire qu’elle ne l’était jusqu’à maintenant.

En effet, un plan de gestion cynégétique n’est même pas un plan de chasse proposé. Car si ce dernier est proposé par l’administration, le plan de gestion cynégétique est lui un vague plan monté par les chasseurs eux-mêmes et seulement validé par les préfets. Ce qui  permettra la chasse de cette espèce en très grave danger de disparition avec un minimum de contraintes et des tableaux de chasse qui seront forcément beaucoup plus importants qu’ils ne l’étaient ces dernières années.

Pourtant, les derniers résultats des comptages de grands tétras dans les Pyrénées sont catastrophiques et ne font que confirmer la vertigineuse chute d’effectif que connait l’espèce depuis quelques années. Le monde de la chasse démontre là, le peu de cas qu’il fait de la sauvegarde des espèces. Quant aux pouvoirs publics, ils font preuve d’une irresponsabilité totale, préférant se ménager l’électorat des chasseurs en contrepartie de leurs responsabilités en matière d’environnement et de protection de la nature.

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