Les chasseurs français et les grands prédateurs

Le livre blanc de la FNC sur les grands prédateurs (2008)

Les chasseurs français et les grands prédateursLa position de la FNC sur les grands prédateurs (Ours, loups, lynx) auxquels ils rajoutent le vautour fauve...

LYNX

Les chasseurs français ne sont pas opposés à la présence du Lynx et le reconnaissent comme un élément parmi d’autres de la biodiversité sur notre Territoire, là où il s’est naturellement et durablement implanté.(...)

Le lynx n’a plus, et ceci depuis plusieurs années, à être regardé comme une espèce en danger, comme une espèce nouvelle en France, mais comme une espèce en bonne santé et en expansion forte. En particulier la question de la stabilisation à la situation actuelle, donc de la gestion de l’espèce, doit être posée au plus haut niveau. C’est pourquoi les chasseurs français ne comprendraient pas qu’une espèce, en bonne santé, présente sur une aire territoriale importante, ne puisse être aujourd’hui régulée dans des Etats faisant partie de l’Union Européenne et continue d’être intégralement protégée en France. (...)

les Autorités françaises doivent anticiper sur cette situation et envisager, comme pour le Loup, une gestion préventive et active de ces deux espèces dans les Alpes. L’« attentisme » de la protection intégrale n’est plus de mise.

LOUP

Les chasseurs français ne sont pas radicalement opposés au Loup et à sa présence sur notre territoire, au moins là où il s’est aujourd’hui durablement implanté, et dans le cas où son retour est naturel. Ils le reconnaissent comme un élément parmi d’autres de la biodiversité française. (...)

L’état de conservation du Loup en France est désormais scientifiquement reconnu favorable, les textes internationaux sont donc respectés.

Le loup n’a plus à être regardé comme une espèce en danger, comme une espèce nouvelle en France, mais comme une espèce en bonne santé et en expansion forte, tant en France qu’en Europe.

Ainsi, pour les chasseurs français, l’objectif en terme d’effectifs de loups ne peut plus nécessairement être la course en avant de l’augmentation et de l’atteinte de la capacité d’accueil biologique. Cet objectif doit être revu à la modération pour se situer entre un minimum, qui est le seuil de viabilité de la population, et un maximum potentiel qui est la capacité d’accueil biologique, ceci afin de viser l’acceptation socio-économique à long terme par les populations locales. (...)

En terme d’aire de présence, l’objectif doit se limiter aux Alpes, au moins à moyen terme. Les Alpes, avec leur population lupine en état de conservation favorable, suffisent à ce jour à la contribution française pour la conservation du loup en Europe. Favoriser ou laisser s’étendre durablement le Loup au delà du Rhône n’est pas souhaitable tant que l’impact du Loup sur les populations proies (ongulés notamment) n’est pas mieux connu et évalué scientifiquement. De la même manière, laisser entrer le loup dans les Pyrénées (par l’Espagne entre autre) n’est pas davantage souhaitable.

Les chasseurs français demandent que son statut juridique actuel (strictement protégé), tout en restant « protégé », soit assoupli en matière de régulation, notamment au titre de la prévention et par rapport à des objectifs cynégétiques et pas seulement économiques (élevage). (...) il serait intéressant d’envisager la possibilité de « céder » des journées de chasse au Loup à certains chasseurs, comme cela se pratique dans les Pays de l’Est, en les faisant accompagner de guides (de l’ONCFS ou de l’ONF) ou d’agents des Fédérations de chasseurs, étant entendu que l’intégralité des sommes éventuellement ainsi récoltées abonderait le budget destiné à indemniser les éleveurs et financer la protection.

L’OURS

Les chasseurs sont favorables à la conservation de l'ours brun dans les Pyrénées.

Pour les chasseurs français, et à fortiori les chasseurs pyrénéens, l’Ours brun ne doit pas disparaître des Pyrénées. Les Pyrénées sans Ours ne seraient plus tout à fait les Pyrénées. Symbole du « sauvage » au sens noble du terme, les chasseurs ne peuvent que l’admirer, le rêver et le respecter. Que tel chasseur puisse aussi être éleveur ou berger pyrénéen ne change rien à la part de « chasseur » en lui. Rappelons d’ailleurs, sans que cela explique ce qui est dit ci-avant mais plutôt le renforce, que l’Ours n’est ni un prédateur ni un compétiteur significatif du gibier.

Le renforcement d’une population d’Ours autochtone peut être admis dans son principe. Dans la pratique, l’expérience amène les chasseurs à s’opposer à la réintroduction d’ours trop familiers de l’homme dans leur pays d’origine, notamment les Ours d’Europe de l’Est, générateurs de nuisances et dommages excessifs.

Ainsi, le critère génétique, exclusif jusque là pour le choix des populations d’origine des Ours à lâcher, doit être relativisé, car ne garantissant pas des comportements adaptés et acceptables. D’autres critères comme le comportement, les conditions de vie dans l’aire d’origine, l’imprégnation ou non par l’homme… doivent être pris en compte. Sous cette réserve, à savoir des Ours au comportement réellement sauvage, les Fédérations de chasseurs pyrénéennes pourront apporter, comme certaines le font déjà, leur contribution à leur conservation: suivi des Ours sur le terrain, sensibilisation et formation des chasseurs à la présence de l’ours.

Toujours en faveur de la conservation de l’Ours, les chasseurs demandent que les politiques d’aménagement et de gestion de la forêt intègrent les besoins alimentaires de l’Ours (sousétage forestier), et que l’activité touristique soit réglementée fortement dans les zones sensibles.

Cela étant posé, et en dehors de toute considération de « solidarité rurale » ou autre, la position des chasseurs français exprimée ici est strictement cynégétique et ne concerne que la coexistence équilibrée entre l’Ours et la chasse aux autres espèces.

Les chasseurs français s’opposent à une vision trop simpliste de la coexistence entre Ours et chasse qui serait basée sur un système de zonage d’exclusion mutuelle, par exemple en interdisant de façon permanente toute chasse dans les secteurs à Ours, particulièrement les secteurs de tanières. Les chasseurs sont à ce sujet plus pragmatiques, car ces zones interdites à la chasse deviendront de fait des réservoirs à Sangliers et à Cervidés, avec tous les problèmes que cela peut poser: outre les éventuels dégâts forestiers et agricoles (prairies), dont il faut bien se préoccuper, les chasseurs rappellent que le Sanglier est certainement le plus grand compétiteur de l’Ours, par la concurrence alimentaire, voire le dérangement.

La chasse aux grands gibiers peut donc aussi être utile à l’Ours. Un autre risque d’une trop grande concentration de Sangliers est la possible consommation qu’ils exercent sur les nids de Grands-Tétras, autre espèce emblématique des Pyrénées. Cette consommation, bien que généralement opportuniste, pose d’ailleurs de sérieux problèmes dans les Pays baltes par exemple. La balance entre l’éventuel dérangement dommageable causé à l‘Ours par la chasse et les effets bénéfiques indirects de celle-ci pour l’Ours doit donc être soigneusement considérée et la solution réside pour les chasseurs dans une chasse correctement adaptée plutôt que dans son interdiction pure et simple, admise d’ailleurs par les principales associations environnementales.

Par ailleurs, les chasseurs affirment que l’Ours doit conserver (ou acquérir) la peur de l’homme, afin d’éviter ou réduire les comportements de nuisance aux activités humaines. L’exclusion de la chasse au grand gibier dans les zones à ours irait à l’encontre de cet objectif, nécessaire à la bonne cohabitation entre l’Ours et l’homme.

Concernant les éventuels actes caractérisés de braconnage ou d’empoisonnement, particulièrement sur des ours bien « intégrés » (comportement sauvage etc…), les fédérations de chasseurs, agréées au titre de la protection de la nature, pourront se porter partie civile, sans préjudice des résultats de l’instruction du dossier.

Quant aux éventuels accidents, du fait de rencontres fortuites entre le chasseur et l’Ours, aux conséquences parfois tragiques, ils font partie des risques à accepter dès l’instant où l’on choisit la cohabitation plutôt que l’exclusion mutuelle.

Comme dit précédemment, les Fédérations de chasseurs mettent et mettront tout en oeuvre pour minimiser au maximum ces risques, particulièrement vis-à-vis d’ours au comportement adapté aux spécificités pyrénéennes. Les chasseurs français demandent simplement que ces événements soient traités, y compris par les médias, avec la plus grande dignité, autant pour l’homme que pour l’ours.

De façon plus globale, les chasseurs soulignent l’importance de la chasse pour les pyrénéens. La chasse est réellement un des facteurs principaux qui « retiennent » les jeunes dans ces montagnes, trop soumises à l’exode rural. Dans une perspective de Développement Durable, ce rôle socio-économique de la chasse dans ce type de régions est un paramètre qui doit peser dans l’organisation de la coexistence entre l’Ours et l’homme dans les Pyrénées.

LE VAUTOUR

Le vautour adopte en complément un comportement « anormal » de type « prédateur » sur le bétail domestique vivant mais en situation de faiblesse ou de vulnérabilité, notamment lors des mises bas (vaches/veaux, brebis/ agneaux, juments/ poulains), que cela soit en estive ou au pré en zone de piémont et même de plus en plus souvent à moins de 500 m des habitations ou locaux d’élevage. Ce constat est désormais attesté à dire d’experts.

(...) Ce comportement anormal qui ne cesse de s’amplifier crée une véritable « psychose » chez les éleveurs et un fort mécontentement, ceux ci réclamant la régulation de ceux qu’ils considèrent comme des nouveaux « prédateurs » du bétail et/ou la mise en place d’une procédure d’indemnisation. (...)

La possibilité de mettre en place des « aires d’équarrissage », mais cette fois à base de déchets/carcasses de gibier sauvage, est aussi à envisager dès lors que la réglementation actuelle en 2008 ne l’interdit pas.

Par ailleurs, les chasseurs français par l’intermédiaire de leurs fédérations, se proposent à participer au suivi et à la connaissance de cette espèce, au côté des associations de protection de la nature locales


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