L'ASPAP et la linguistique

Utiliser le mot juste pour désigner le bon concept ne semble pas être une priorité pour les cadres de l’ASPAP.

L’ASPAP cherche cet été à montrer que le « Grand prédateur s’acharne sur les chevaux ». Autant rallier d’autres éleveurs pyrénéens à leur cause et leur haine de l’ours.

On est habitué aux attaques que porte l’association ultrapastorale au travail des techniciens de l’Équipe ours. Déjà, il y a plusieurs années, l’ASPAP avait fait pression sur l’Équipe technique Ours (ETO) pour que les techniciens valident comme « dégâts d’ours » des veaux morts. Refus des fonctionnaires. Colère des responsables de l’ASPAP. Pourtant, l’enquête révéla que les bovins étaient morts de la maladie du charbon. Le mot juste n’était donc pas « dégâts d’ours », mais « maladie », la cause n’était pas une « attaque d’ours », mais un « manque de soin » sans indemnités. Ces imprécisions avaient pour objectif l’obtention d’indemnités pour les éleveurs qui ne surveillent pas convenablement leur bétail. Peine perdue. 

Maintenant, l’ASPAP essaie de rallier à sa cause les éleveurs pyrénéens de chevaux mérens. Bruno Besche-Commenge, le fin stratège et linguiste de l’ASPAP écrit : « Après avoir été contacté par un éleveur, un zootechnicien est allé constater les blessures d’un cheval de mérens dans la vallée d’Orle. Les propriétaires du cheval ont jugé nécessaire de faire appel à ce professionnel, venu bénévolement, dans le but de connaitre la vérité, le constat établit par les vacataires de l’ONCFS, n’était pas suffisamment élaboré pour déterminer ce qui était arrivé à ce cheval. »

Pour l’ASPAP, les fonctionnaires de l’ONCFS sont donc des vacataires, c’est à dire des personnes qui occupent un poste, mais n’en sont pas titulaires. Cette tentative de dénigrement du travail de l’ETO est ridicule et diffamatoire, mais la précision dans le vocabulaire n’est pas une spécialité de l’ASPAP, ce qui peut paraître étonnant quand on sait que c’est un linguiste qui rédige la plupart des communiqués.

Pourquoi l’ASPAP n’utilise-t-elle pas les mots justes ? Dans ce cas, pour continuer à dénigrer l’ETO : des fonctionnaires qui, dans le rapport scientifique 2009 de l'ONCFS, préconisent la réintroduction de onze à treize femelles et de deux mâles pour obtenir une population viable d’ours dans les Pyrénées ne peuvent pas être considérés comme des professionnels.

L’ASPAP classe le cheval parmi les ruminants

Pour dénoncer l’ETO, il y a donc lieu de faire venir un "expert" pour effectuer une "contre-expertise". L’ASPAP a donc recours à un "zootechnicien, professionnel et bénévole". On n’en saura pas plus sur son identité et ses compétences qui restent à prouver. En effet, et c’est révélateur, ce "zootechnicien" classe le cheval parmi les "grands ruminants" !

Aspap_cheval_grands_ruminants
Petit rappel pour les non-spécialistes qui ne sont pas au fait des choses de la nature et de la campagne : "un ruminant (sous-ordre des Ruminantia) ou Sélénodontes est un mammifère herbivore polygastrique dont la digestion a totalement ou partiellement lieu au travers d'un processus de remastication de l'alimentation après son ingestion. La rumination est une fonction physiologique caractéristique des ruminants correspondant à la remontée des aliments du rumen vers la bouche pour y être mâchés et imprégnés de salive."

Le cheval lui (Equus ferus caballus ou Equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés.

Le cheval est herbivore, peut-être, mais c’est un herbivore monogastrique (un seul estomac) ; cela signifie qu’il fait partie de la famille des non-ruminants, au même titre que l’âne et le lapin. Par rapport à un herbivore ruminant (le mouton par exemple), le système digestif du cheval est caractérisé par un petit estomac et un grand intestin. La vache a, au contraire, un grand estomac (répartis dans 4 ‘poches’ différentes) et un intestin nettement plus petit. 

Cette différence conjuguée à l’incapacité de l’estomac équin à digérer la cellulose (celle-ci est digérée par des bactéries, dans le caecum), fait que le cheval tire peu parti des aliments à forte teneur en cellulose. En revanche, le cheval est capable de s’adapter à un pâturage pauvre en augmentant le volume de sa consommation de manière à couvrir ses besoins énergétiques, quitte à produire davantage de crottin.

L'ASPAP et l'anatomie du cheval mérens

Les mérens sont sans doute des chevaux différents, équipés d'une caillette.

Cheval_coupe
Légende (inspirée des travaux de l'expert de l'ASPAP)

 

  1. Cavité buccale,
  2. Pharynx
  3. Autoroute à herbe
  4. Sac à appareil digestif
  5. Aorte
  6. Caillette ou chambre de rumination
  7. Moteur pour le retour de la pâtée
  8. Intestin
  9. Ben mon côlon !
  10. Chambre de stockage de la rumination, le retour
  11. Réserve de Jurançon
  12. Fabrique du caca
  13. Chambre d'introduction pour tube en verre (pour faire le plein en Madiran et en Jurançon)
  14. Trou de balle, 52 mm parabelum
  15. Réserve de Madiran
  16. Rangement de l'appareil photo pour les expertises
  17. Sac à bérêt

Mais qui est donc cet expert de l’ASPAP qui a sans doute brossé quelques-uns de ses cours de zootechnie ? En fait d'expert, l'ASPAP s'en remet, d'après mes informations, à un professeur retraité, actuellement producteur de cidre et adhérent à une association anti ours, c'est obligatoire. Une contre expertise "indépendante" et "professionnelle", on le voit. Heureusement qu’elle est bénévole !

Pourtant L’ASPAP écrit : "Cette compréhension du monde animal est indispensable pour établir un constat, ces contextes sont connus de tous les éleveurs qui vivent toute l’année avec leurs animaux, malheureusement ils ne sont pas pris en compte lors des constats. Incompétence, manque de sérieux, retard dans les expertises, alors que nous avons vu l’équipe de suivi de l’ours prendre soin de relever des indices et traces du passage des ursidés, il serait opportun d’utiliser aussi ces compétences minutieuses lors des constats ; es ce (sic) de la mauvaise volonté ou es ce (re-sic) une dissimulation intentionnelle de la vérité ? "

Et bien, ce n’est pas avec ce genre de déclaration que Bruno Besche-Commenge et l’ASPAP vont améliorer leur crédibilité.

L’ASPAP a été invitée à la sous-préfecture de Saint-Girons, par Mr Courret, sous Préfet de Saint-Girons, en charge du dossier Ours pour la région, afin de participer à une table ronde réunissant les administrations en charge des dossiers d’indemnisation, mais aussi des réintroductions et du suivi des ursidés. Pour l'ASPAP, il faudrait changer les experts responsables des indemnisations (prendre les leurs), licencier ceux qui s'occupent des réintroductions et du suivi à l'ONCFS. Les représentants de l’ASPAP ont donc fait une simple déclaration de refus de la concertation avant de boycotter la réunion en déclarant "Ce soir l’administration reste seule à la table du Sous Préfet. Ce n’est pas avec elle, mais avec l’État, responsable de la situation, que le problème doit être réglé. Si l’État n’en est pas capable, le terrain saura s’en charger.

Toujours des menaces...

Pourquoi l'ASPAP changerait-elle de stratégie (boycott de la concertation, menaces, communiqués de presse incessants, battues, braconnage, omerta) puisque ses méthodes ne génèrent aucune réaction de l’État autre que l’abandon par NKM, ministre de l'écologie, des promesses de réintroduction prises par sa prédécesseure, Chantal Jouanno ?

L’impunité est totale pour les extrémistes pastoraux de l’ASPAP et comme le lobbying en période préélectorale est payant. Il n'y a rien de nouveau sous le ciel des Pyrénées. Pastoralisme as usual...

En attendant, libre à vous de dire "J'aime" sur Facebook à l'ASPAP, l'autre : l'amicale de sauvegarde du patrimoine et des animaux pyrénéens !

Suite à cette note, l'ASPAP communique...

"Suite à notre communiqué sur les chevaux, intitulé  « Les ours s’en prennent aussi aux grands ruminants », nous souhaitons établir une correction.  En effet les chevaux ne sont pas des grands ruminants comme l’indique le titre mais des grands herbivores monogastriques. Dans une première version du communiqué nous faisions référence à des bovins, eux aussi attaqués, d’où ce titre. Lorsque nous avons choisi de ne centrer l’information que sur les chevaux, nous avons oublié de changer le titre. C’est bien sûr une étourderie inadmissible !  Il s’agit néanmoins d’animaux lourds, pouvant être la cible des ursidés comme cela s’est déjà produit et a été reconnu en haute Ariège.  Nous tenons à présenter nos excuses pour cette étourderie auprès des éleveurs et amateurs des équidés."

Voilà qui est mieux ;-)

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