L'ANEM et les prédateurs : au diable les contraintes administratives !

Lors du 27e congrès de l’ANEM à Bonneville (Haute-Savoie), le 7 octobre 2011, il y a trois jours, les élus de la montagne se sont déclarés « solidaires avec les éleveurs pour une régulation assumée et efficace du loup. »

Pour eux, la population française de loups dépasse maintenant les 150 individus et peut donc être considérée comme « viable au sens des traités internationaux. »  Ils ont répétés qu’ils estiment que « prédateurs et pastoralisme sont incompatibles » en rappelant « le coût » du loup pour les finances publiques.

Obérer : endetter jusqu'à la ruine

Plus originale est leur manière de compter les loups abattus : sur les 6 loups tués en 2011, « trois d’entre eux seulement ont été exécutés conformément aux procédures prévues, les trois autres relevant du braconnage, obérant ainsi certains enlèvements sur d’autres territoires qui pouvaient y prétendre, et surtout de nouvelles autorisations de tirs de défense », ruinant l'espoir de chaque éleveur de voir ainsi un loup tué sur son estive ! Les loups braconnés (donc morts) n'ont donc pas le même statut que les loups prélevés officiellement par des tirs de défense  (morts aussi). Le braconnage serait préjudiciable à d’autres tirs de défense pour d’autres troupeaux attaqués. Le loup braconné ici serait préjudiciable à son équivalent vivant et sauvage, là-bas ? C'est nouveau, cela vient de sortir des têtes, encore fumantes, des élus de l'ANEM ! La concurrence entre éleveurs est rude : Chez moi ! Tuez le chez moi ! Non, pas chez lui, que ferais-je alors ? Vous obérez mon élevage ! (J'exagère, vu que "anthropique", provoquait déjà un long silence interloqué chez certains éleveurs adeptes du Grand Charnier, quasi mort depuis ! Oui, je sais, faut suivre..., faites un effort.)

"Exploiter de façon réaliste les marges établies de reproduction d'une espèce"

Ces élus responsables de la politique publique, tout enrubané de leur écharpe mayorale ne demandent donc rien d’autres qu’un tir illimité et libre, débarassé de toutes contraintes, soyons fou... :

  • les éleveurs et autres lieutenant de louveterie autoproclamés pourraient braconner autant qu’ils le désirent sans pour cela diminuer le nombre annuel de « prélèvements » autorisés ;
  • nombre que les mêmes élus souhaitent bien évidement « majorer » pour que, tenez vous bien, « soient exploités de façon plus réaliste les marges établies de reproduction de l’espèce Canis lupus. » On dirait du language Ipéhachebé ! Il faut simplement comprendre... "éradiquer", mais "exploiter de façon réaliste les marges établies de reproduction d'une espèce", cela fait plus sérieux, plus Enarque, même pour des élus de petits villages de montagneu !
  • Mais à quoi bon demander qu'on fixe un quota annuel de loups à flinguer, puisque les élus de montagne demandent aussi que « des tirs de défense puissent continuer à être accordés pour la protection des troupeaux indépendamment des possibilités d’enlèvement légales restantes. »

Désireux de ne pas s’arrêter en si bon chemin (hop là!), et trouvant que la population de loups est désormais viable, ils demandent aussi le « retrait du loup de l’annexe de la convention de Berne listant les espèces menacées d’extinction ».

Pour cette assemblée d’élus visiblement très soucieux de leurs électeurs pastoraux, « la priorité doit clairement être redonnée au maintien de l’élevage sur la présence de grands prédateurs » en précisant rapidement que l’ours et le lynx doivent être mis dans le même sac. Donc, plus questions de s’embarrasser d'un éventuel ou indispensable état de viabilité des populations respectives de plantigrades ou de gros chats. Pour ces notables, Il est donc aussi possible "d'exploiter les marges établies de reproduction du lynx et de l'ours" de manière, disons... moins réaliste!

Le communiqué final reprend, bien évidement une des nouveautés lexicales de l’ADDIP, puisqu'il parle du fléau qui nous menace tous, à savoir « l'ensauvagement des massifs», maintenant célèbre! Les éleveurs doivent pouvoir « retrouver leur liberté de travail. » On avait échappé à la disparition des espèces à petits effectifs, à la catastrophe sanitaire de l'encéphalite à tiques (importée de Slovénie avec les ours, selon Louis Dollo, qui prévoyait là un drame épouvantable câché au peuple confiant en ses leaders). Mais on n'échapera pas à l'ensauvagement des massifs : Il a commencé dans les Vosges et même en Ardennes, voire aux Pays-Bas où le massif du Vaalserberg culmine à 322 mètres pour 395 habitants/km2, pour vous dire comme le massif est impressionnant et sauvage.

Je cherchais à reprendre exactement les propos du discours de cloture de Nathalie Kosciuzko-Morizet à Bonneville, mais je ne suis pas parvenu a le trouver sur Internet. Selon les communiqués jubilatoires de la « Fédération des Acteurs Ruraux » ou du tout nouveaux site « Eleveurs & Montagnes », NKM aurait annoncé avoir proposé au groupe loup « de travailler sur un arrêté permanent, un arrêt de périmètre avec tir de défense autorisé sans autre formalité administrative afin d'alléger les contraintes administratives et sortir des tensions, faire baisser la pression sur les élevages ».

Après la suppression miraculeuse des problèmes de sécheresse en Béarn, NKM, en Superduponne magnanime supprime tous les règlements. Va t-elle autoriser le braconnage ? Au diable les contraintes administratives. Il est peut-être utile de rappeler, en cette année de lancement de la "Stratégie Nationale pour la Biodiversité", pour ceux qui ne le découvre pas de suite au travers de ses propos, que NKM n’est pas ministre de l’Agriculture mais ministre de l’Ecologie et d'un tas d'autres choses secondaires mais rémunératrices.

Le ministre de l’Agriculture, Bruno Lemaire, estime pour sa part que cette proposition est un « bon compromis », « un choix raisonnable ». Il explique au peuple, qui n'aurait pas bien compris en quoi cette proposition respire l'équilibre :  « On reste exactement dans la même ligne (NDLB: l'éradication), mais on rend la politique plus efficace en tenant compte des impacts sur un certain nombre d’activités dont l’élevage. » Avez-vous compris, vulgum pecus : "exploiter les marges établies de reproduction" rend la politique plus efficace !?Qu’entend-il par l'impact du loup sur "un certain nombre d’activités" autres que l'élevage, mystère ? Yaka lui demander, le tourisme, l'industrie, les services, la randonnée...

On apprend par ailleurs qu'au lendemain du premier tour de la primaire socialiste, la "numéro quatre du gouvernement, Nathalie Kosciusko-Morizet, réclame l’organisation d’une primaire à droite dans cinq ans et annonce déjà sa candidature". Je me demande qui du loup, ou de la ministre évanescente, a les dents les plus longues ? Il est peut-être dangereux de la rencontrer le soir au coin d'un bois. Approche, gamin, c'est pour rire !

NKM annonce déjà sa candidature
Il est clair qu’avec ce gournement, les prédateurs, mais pas seulement eux, toute la nature a du souci à se faire. Jusqu’en 2012 peut-être ? Mais les élections présidentielles vont-elles changer la manière dont les politiciens, de gauche comme de droite, envisagent les rapports de l’homme avec la nature, avec "le sauvage"?

Pour l’ANEM, tout est clair, il s’agit de « libéraliser » la gestion des espèces sauvages « inutiles », sans règlementation inutile pour faciliter le travail des "demoiselles de l'Ariège", à savoir "exploiter les marges...". Qu'on se rassure, exploiter ils savent faire, et franchir les marges aussi.

Vers une loi de la jungle

Dans un récent article sur agoravo, Guy Raunaud écrit : L’expression « Loi de la jungle » est un concept très occidentalo-centré et qui provient d’une vision anthropocentrique de la Nature, vision qui est propre non pas à l’homo-sapiens mais à ce que j’appellerais « l’homo-sapiens occidentalis ». Cette variété d’homo-sapiens qui, il y a très longtemps, a abandonné progressivement un mode de vie en harmonie avec son milieu environnemental, au sein duquel il se vivait comme étant un élément de la Nature, avec tous les autres éléments composant celle-ci…
 
A partir de là, la Nature n’était plus la « mère nourricière » mais l’ennemi qu’il fallait combattre, dominer, maitriser, aménager…

La Nature devenant un objet extérieur : Il y avait l’homme dominant d’un coté, la nature, à son service, de l’autre. L’homme s’autoproclamant le propriétaire de celle-ci et la considèrant entièrement à sa disposition, il en est le maître, il détermine ce qui est « bon » et ce qui est « mauvaiss », ce qui est « utile » et ce qui est « nuisible » pour son seul profit…

Je veux signaler que cette évolution vers l’anthropocentrisme a entraîné, et certainement par les mêmes causes, l’apparition du patriarcat et de la misogynie. Cette volonté de domination et de puissance s’est faite au détriment de la femme, mais aussi au détriment des autres cultures et civilisations. Je ne peux développer cela dans le cadre de cet article il faudrait écrire plusieurs textes pour montrer ce phénomène du développement conjoint de l’anthropocentrisme, du patriarcat et de l’occidentalo-centrisme.
 
La Nature étant devenue l’ennemi, pour justifier la guerre qu’on lui fait il faut la diaboliser : la nature est « sauvage », violente, brutale, elle ne fait pas de cadeaux, elle exige que l’on s’en défende sans pitié, car elle est un danger permanent, elle fait peur !!! En son sein régnerait « la loi de la jungle » c'est-à-dire la loi du plus fort… Contrairement aux sociétés humaines qui seraient, elles, très policées et où règnerais la justice et la paix !
 
En regardant la Nature comme un bloc monolithique et comme si elle était une entité pensante et consciente, l’homme occidental ne peut qu’avoir une vision fausse de celle-ci, une vision anthropomorphique projetant sur celle-ci sa propre construction imaginaire du monde.
 
Mais qu’est-ce que la nature ? C’est un ensemble d’entités, de phénomènes très différents mais tous reliés et dépendants les uns des autres… Il y a l’extrême complexité du monde vivant : les végétaux, les animaux et du monde non vivant : les montagnes et les plaines, les océans, les fleuves et l’humble ruisseau, les déserts et les sols riches en humus…

Mais cela ne s’arrête pas là : il y a les planètes, les étoiles, les galaxies et le vaste univers. Le monde est si complexe qu’il est difficile de prononcer un jugement simpliste à son encontre !
 
Ces composantes de la Nature fonctionnent chacune avec leurs lois propres, cas particuliers des lois régissant l’ensemble du monde.
 
J’ai dit que tous les composants de la Nature étaient reliés et en dépendance ce qui signifie qu’il y a des lois qui régissent ces liens et auxquelles nous sommes tous soumis, l’humain également, même si ça le dérange dans sont orgueil de se vouloir au dessus de tout ! Ces lois on peut les appeler « lois de la Nature » si l’on veut. Citons en deux toutes simples et évidentes : la loi de la pesanteur, l’obligation de se nourrir pour les êtres vivants. Si un loup dévore l’agneau, ou si un humain dévore une cuisse de poulet, il n’y a rien d’immoral, de violent ou cruel c’est seulement la loi naturelle qui opère. Il est idiot d’y projeté notre obsession moralisante… » (...)

Pour Guy Raunaud,  « s’il existe une loi de la jungle c’est bien dans ce monde dominé par l’homo sapiens occidentalis où prévalent ces contre-valeurs que sont : la puissance, le pouvoir, la démesure, l’arrogance, la compétition, l’individualisme, la richesse…» (…)

« Les occidentaux ont conquit la terre entière et imposé leur civilisation avec arrogance et violence en détruisant les autres cultures et civilisations, exterminant les peuples qui ne voulaient pas se soumettre. L’histoire de ce monde n’est faite que de génocides, de guerres, de massacres avec les viols et les tortures qui vont avec, d’oppression de minorités qui s’enrichissent au dépend de la majorité, de destruction de l’environnement, les forêts rasées, les fleuves et les océans pollués, l’air empoisonné, les espèces qui disparaissent, etc., etc. L’homme occidentalisé est le seul être vivant qui détruit son biotope, le seul qui prend plaisir à tuer (la chasse), à torturer (la corrida)…. »

Jean-Pierre Giran analyse justement, dans « Des élus contre nature » : « L’orsqu’entrent en conflit une réalisation au profit des citoyens et une protection au profit des espèces, le Maire (NDLB : Pas uniquement le ministre) et ses élus ne peuvent s’empêcher de penser que les uns votent, les autres pas.(…)

Si je m’inquiète et si je doute, c’est parce que je ne cesse de voir, les politiques reprendre d’une main, sur le terrain local, ce qu’ils ont abandonné de l’autre, sur le terrain national. Obsédés par leur réélection, conditionnés par l’opinion et les sondages, engagés dans un processus d’échanges clientélistes où les intérêts personnels l’emportent souvent sur l’intérêt général, les élus locaux ne me semblent pas suffisamment conscients des priorités environnementales. Certes, ils font semblant,  comme l’ont fait, avant eux, les élus nationaux. Mais à voir l’intensité du combat qu’ils mènent pour toujours repousser à plus tard la protection le la nature et pousser plus loin les réalisations à rentabilité financière et électorale immédiate, il m’a paru nécessaire de tirer mon petit signal d’alarme. »

La seule différence, c'est qu'ici, même les politiciens nationaux ont toutes les caractéristiques des "élus locaux contre nature". Dans le cas du ministre de l'agriculture, on n'en est pas autrement surpris, mais la ministre de l'Ecologie aussi, se moque de la nature, toute occupée qu'elle est à préparer la suite de sa carrière politique, en réécrivant les discours du président. On se demande où elle cache sa "conscience des priorités environnementales".

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