Col de l'Escrinet : incendie criminel

Ardèche, pays du braconnage : graves menaces sur les protecteurs de la nature.

Par Pierre Athanaze (ASPAS)

Cette nuit, le camp de comptage des oiseaux du Col de l’Escrinet (Ardèche) a été totalement ravagé par un incendie criminel et par l’abattage à la tronçonneuse des arbres qui le protégeaient. Depuis les années 1980, ce haut lieu de la migration - et du braconnage - a longtemps été un foyer de violences de la part des chasseurs contre les protecteurs de la nature. Après 3 ans d’acalmie, les biologistes sont à nouveau menacés physiquement.

Les restes des installations du Col de l'Escrinet après l'incendie et les coupes (Photo P.P.)
Les restes des installations du Col de l'Escrinet après l'incendie et les coupes (Photo P.P.)

« J’y vois clairement les conséquences des cadeaux de Nicolas Sarkozy au lobby chasse » déplore Pierre Athanaze, porte-parole de l’association « Collectif Escrinet col libre » et Président de l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages), qui vient de déposer plainte auprès de la gendarmerie. « Le Président de la République vient d’autoriser la chasse aux oies en période de migration sous prétexte « d’études scientifiques, ainsi que celle de deux espèces d’oiseaux rares (le courlis cendré et l’eider à duvet). Cela a été perçu comme un feu vert par les chasseurs, qui font pression pendant cette période pré-électorale, et menacent également d’organiser d’autres actions de violence contre les protecteurs de la nature. C’est du terrorisme anti-écologistes ».

Dans les années passées, les chasseurs de l’Escrinet ont menacé de mort des biologistes, jeté leur caravane dans un ravin, risquant de tuer l’un d’eux, et se sont même permis de prendre en otage des garde-chasse. Pour tout le monde ici, les choses sont claires : c’est du côté des chasseurs qu’il faut chercher les coupables. Des tronçonneuses contre les jumelles, le combat est inégal.

Solidarité associative et bénévole à l'Escrinet

Par Patrick Pappola

Dans la nuit de vendredi 17 à samedi 18 février, un commando de pyromanes a lâchement détruit le camp de migration établi au Col de l'Escrinet en Ardèche, lieu mythique de l'observation de la migration pré-nuptiale des oiseaux regagnant le Nord. C'est aussi un haut lieu du braconnage au pigeon ramier et des chasseurs extrêmistes avaient même pris l'habitude dans les années 90 d'agresser les ornithologues ou toute personne portant des jumelles près du Col.
 
Un long travail associatif avait permis de détendre la situation et l'Etat avait pour une fois fait preuve du minimum de fermeté nécessaire en déployant des unités spéciales de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage sur le site (les Brigades Mobiles d'Intervention). Tout se passait de façon assez pacifique depuis des années.
 
Ce matin, après le saccage de samedi, deux conseillers municipaux de Saint-Etienne de Boulogne (territoire du col) sont venus s'informer de la situation. Plusieurs bénévoles et sympathisants sont venus de différents coins d'Ardèche et parfois de plus loin apporter leur soutien aux trois ornithologues permanents autour des présidents d'associations dont Marie-Paule de THIERSANT pour le CORA région.
 
Des associations comme FERUS, hélas coutumière des exactions d'opposants aux grands prédateurs, ont commencé à apporter leur soutien aux ornithologues en condamnant fermement ces méthodes. Une quinzaine de personnes était en permanence au Col pendant que les ornithologues pouvaient s'occupper de l'essentiel : l'observation et le comptage de tous les oiseaux franchissant le Col et l'accueil du public pour lequel des jumelles et des lunettes sont mises à disposition.

Observateurs des oiseaux migrateurs et bénévoles au col de l'Escrinet
Observateurs des oiseaux migrateurs et bénévoles au col de l'Escrinet (Photo P.P.)

La migration ne bat pas encore son plein mais le mouvement est bien là : tout le monde a pu observer de nombreux passereaux (linottes, grives, étourneaux, pinsons, alouettes lulu, bruants, tarins des aulnes) et de superbes rapaces (buses variables, faucons crécerelle, milans royaux etc).
 
Comme l'a dit Pierre ATHANAZE, porte-parole du collectif Escrinet Col Libre : " Hier matin, nos sppoteurs ont découvert le camp de comptage de la migration de l'Escrinet complètement dévasté. Tout y avait été tronçonné, aspérgé de fuel puis incendié. Nous avons fait constaté par la gendarmerie, puis j'ai déposé plainte à la Gendarmerie de la Voulte. Et aujourd'hui, un de ces miracles associatifs qui fait vraiment plaisir: "une bande de jeunes" a tout remonté! " autour de Florian VEAU, le jeune président de la LPO Ardèche qui a su s'entourer de véritables charpentiers ardéchois pour la bonne cause! Le message est clair : les ornithologues mèneront leur mission à terme cette année encore du mois de février jusqu'au mois de mai.
 
Dans cette triste affaire, les cadeaux électoraux récents de Nicolas Sarkozy aux chasseurs ont certainement mis le feu aux poudres puisque le signal de la surenchère a été donné au plus haut niveau de l'Etat (récente autorisation de tir de plusieurs espèces menacées!) Pour certains esprits faibles, tout redevient possible y compris le pire pour mettre le gouvernement sous pression et obtenir davantage encore puisque la méthode a bien fonctionnée jusque là.
 
Pour poursuivre leur mouvement immémorial, les oiseaux migrateurs sont comme nous : ils ont simplement besoin d'un Etat moins poltron, d'une démocratie et d'une République dignes de ce nom, pas d'un clientélisme glissant vers une politique du guichet à l'américaine où l'on gagne une élection uniquement en faisant plaisir à tel ou tel lobby contre l'intérêt général.
 
Le Collectif Escrinet Col Libre et le CORA, organisateurs du suivi de la migration appellent tous les sympathisants à se rendre aussi régulièrement que possible sur le site du Col pour éviter aux bénévoles d'avoir à faire face seuls à d'autres débordements éventuels.
 
Les pyromanes ayant aussi tronçonné des arbres en crête de Col, les ornithologues ont perdu leur abri naturel contre le vent et contre le soleil dès le retour des beaux jours. Si vous disposez d'un parasol de grande taille stable et résistant au vent (de type parasol lesté de forain), n'hésitez pas à l'offrir aux bénévoles du Col.

P.P.

 

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