ONCFS - Rapport scientifique 2011

Ours

ONCFS Rapport scientifique 2011Les travaux scientifiques réalisés sur l’ours brun s’intègrent depuis 2010 dans une stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité mise en place par le ministère de l’Écologie, en partenariat avec l’Espagne et l’Andorre.

Un des axes majeurs des études sur cette espèce consiste à évaluer l’état de conservation de la population pyrénéenne. Son suivi, avec sa dimension transfrontalière, a pour double objectif d’estimer l’évolution numérique et la distribution spatiale de l’espèce. D’un point de vue méthodologique, plusieurs protocoles de suivis (systématique et opportuniste) sont évalués. Ils sont fondés sur des méthodes non-invasives (analyse génétique d’échantillons de poils ou crottes, relevé d’indice de présence, appareil photo automatique).
La connaissance de la dynamique de la population permet de réaliser des analyses de viabilité.

Les études sur la sélection de l’habitat à l’échelle du paysage conduisent à évaluer la capacité d’accueil des Pyrénées et à mieux connaître les exigences écologiques de l’espèce. Au sein du domaine vital individuel, l’étude sur le choix de certains sites sensibles pour la conservation de l’espèce sera développée (choix des sites de couche diurne et des tanières).

Enfin, certains aspects du comportement de l’ours, importants en termes de gestion des conflits avec l’homme, sont étudiés. Dans ce cadre, nous analysons les situations de rencontres homme-ours. Il s’agit à la fois d’apporter des éléments de connaissance sur les conditions de ces rencontres, sur la réaction de l’ours face à l’homme, et d’identifier les situations à risque.

Points forts en 2011

  • Poursuite du réajustement des méthodes de suivi de la population et mise en place d’un protocole de suivi par appareil photo-automatique.
  • Tentative de capture d’un ours mâle pour l’enlèvement du collier émetteur.
  • Communication au Colloque Spatial Ecology and Conservation (Birmingham, Grande-Bretagne).
  • Expertises sur la collaboration transfrontalière avec l’Espagne et l’Andorre.

La Buvette : Le terme "points forts" me semble pour le point exagéré. L'année 2011 restera comme une année électorale et non pas pas comme une année bénéfique pour l'ours des Pyrénées, en absence de tout courage politique. La sécheresse béarnaise de "NKM" ayant bon dos. Mais NKM continue sa carrière politique en vue de devenir la première femme présidente de la république...

Bilan des rencontres homme-ours dans les Pyrénées de 1996 à 2010

L’ours brun est un animal potentiellement dangereux qui peut, dans de rares cas, blesser ou tuer l’homme. Ainsi, la dangerosité de l’ours est souvent un sujet de débat social et doit être pris en compte dans la mise en place d’un plan de conservation de cette espèce. Il est donc important de documenter dans quel contexte se situent les rencontres homme-ours, quel est le comportement de l’animal, et identifier au mieux les situations à risques.

Dans le cadre du suivi opportuniste ou systématique de la population d’ours, 495 cas de rencontres homme-ours ont été relevés entre 1996 et 2010 dans les Pyrénées françaises. Chaque rencontre est analysée en fonction de la date, de l’heure, du type et du nombre d’observateurs, de la distance à l’ours, du type d’ours, de la durée, de la réaction de l’ours et du type d’habitat. Ces informations permettent de détailler les conditions d’observation de l’animal, son comportement et sa réaction lorsqu’il détecte la présence de l’homme.

Au cours de la période d’étude, le nombre annuel d’observations d’ours a fortement varié et 2 pics apparaissent en 2000 et 2004 en raison d’individus facilement observables. Comme on pouvait s’y attendre, près de 45 % des observations visuelles ont lieu entre juin et août, période au cours de laquelle la fréquentation humaine en montagne est la plus importante. Enfin, au cours d’un nycthémère, les observations sont les plus fréquentes entre 4h et 8h, et entre 16h et 20h.

  • Les randonneurs sont les personnes qui rencontrent l’ours le plus souvent (28,7 %).
  • Viennent ensuite les membres de l’équipe Ours (25,4 %),
  • et les bergers/éleveurs (17 %).
  • Dans la majorité des cas les observateurs sont seuls (61,5 %) ou à deux (22,1 %).
  • Quel que soit le type d’observateur, les observations se font le plus souvent, soit à courte distance (< 40 m) et sont brèves (< 30 s),
  • soit à grande distance (> 400 m) et sont de longues durées (> 30 min)
  • Enfin, les observations ont lieu, soit en zone de pelouse (50,6 %) soit en forêt (42,8 %).


Rencontres_ours
Sur les 495 observations visuelles, l’identité de l’ours est déterminée 191 fois grâce au marquage de certains individus (marques auriculaires, collier émetteur…). Une forte hétérogénéité de l’observabilité de 10 individus munis de marques apparaît pendant toute leur période de présence. Ainsi, 3 individus sont peu observés, en moyenne moins d’une fois par an, 5 individus sont observés en moyenne entre 2 à 4 fois par an, et 2 individus sont plus fréquemment observés, en moyenne 6 à 7 observations par an.

Lors des observations visuelles, soit l’animal marche, soit il s’alimente. Dans la grande majorité des cas (79 %), lorsque l’ours détecte la présence de l’homme, il s’enfuit en courant ou s’éloigne en marchant. Les 4 cas d’agressivité relevés concernent une femelle accompagnée de ses oursons de l’année. Ce comportement agressif se traduit par une ou des charges d’intimidation. À chaque fois l’animal a été surpris à courte distance par une ou 2 personnes.

Rencontre_ours_temps
Ces résultats montrent que l’ours est un animal qui évite la présence de l’homme et s’enfuit dès qu’il le détecte. Ce sont surtout les femelles accompagnées d’oursons de l’année qui peuvent se montrer agressives, même si dans la majorité des cas elles s’enfuient dès qu’elles décèlent la présence de l’homme. Les probabilités de rencontre ou d’observation sont les plus fortes quand on est seul ou à deux, et à l’aube lorsque l’animal est actif. En été, les principaux observateurs sont les randonneurs et les bergers, à l’automne ce sont les chasseurs.

Ces éléments de connaissance sur le contexte des observations visuelles et des rencontres homme-ours s’avèrent indispensables dans le débat sur la dangerosité de l’ours. Ils permettent également de fournir des règles élémentaires de conduites pour les personnes qui se déplacent en zone à ours afin d’éviter les situations à risque.

Rencontre_ours_reaction
Grands carnivores : loup et lynx

Les recherches conduites sur le loup et le lynx s’insèrent dans les thématiques de suivi et d’évaluation du statut de conservation, ainsi que de mise au point de nouvelles techniques et méthodes d’analyses visant à améliorer la caractérisation et la compréhension de la dynamique des populations de ces deux espèces.

Un suivi patrimonial à grande échelle constitue le pilier principal des travaux avec la coordination technique et l’animation du Réseau national loup-lynx, qui mesure en continue les tendances d’évolution de l’aire de présence et du bilan démographique.

Associé à une composante de coordination transfrontalière avec les pays concernés (principalement l’Italie et l’Espagne pour le loup, la Suisse pour le lynx), ce suivi patrimonial est en adéquation avec les dernières orientations de la Commission européenne en matière de suivi et de gestion des populations de grands carnivores.

Les premiers essais fructueux de compilation et d’analyse des patrons de pelage des lynx pris en photographie sur leurs proies ont été réalisés en 2010 afin d’estimer l’abondance et la densité de cette espèce. Un programme de recherche est également conduit afin d’identifier les facteurs de risques associés aux collisions (routières essentiellement) impliquant des lynx. L’approche comporte deux volets. Le premier s’appuie sur des variables d’environnement pour construire un modèle de diagnostic des collisions de lynx. Le second volet vise à produire un « modèle à dire d’experts », fondé sur la consultation individuelle d’un panel élargi d’acteurs spécialistes de l’espèce ou des questions d’interactions faune sauvage/infrastructures terrestres. Les prédictions obtenues par les deux approches sont ensuite comparées.

Les travaux de modélisation directe du taux de croissance de la population de loup par retro-analyse des histoires de CMR génétiques ont permis de démontrer le gain en précision de cette méthode pour le diagnostic du statut de conservation de l’espèce, comparativement aux approches classiques d’estimation d’effectifs. En complément, de nouveaux outils utilisant la programmation dynamique sont développés pour modéliser l’efficience de différentes stratégies de gestion selon les objectifs types que l’État pourrait souhaiter mettre en place. Pour ce faire, une première étape a consisté à sélectionner les structures de modèle les plus adéquates afin de rendre compte au mieux du cycle de vie de l’espèce (structure sociale, structure spatiale, reproduction, dispersion) avec des modèles néanmoins suffisamment simples pour que les paramètres qu’ils impliquent puissent être estimés localement.

Par ailleurs, le programme d’étude de l’impact de la prédation par le loup sur les proies sauvages a permis de quantifier spatialement la pression de prédation au sein du territoire de la meute étudiée.

C’est en mettant en rapport cette pression de prédation avec le suivi des ongulés marqués qu’il sera possible d’interpréter au mieux l’interaction entre la prédation et les taux de survie de ces ongulés.

Une analyse synthétique des données de régime alimentaire du loup en France a été réalisée, à partir de l’ensemble des fèces disponibles.

La comparaison de la fréquence d’apparition des différentes espèces proies entre les meutes, et au sein des meutes au cours du temps, permet de décrire précisément les stratégies alimentaires du loup. Enfin, une méthode d’analyse génétique du régime alimentaire de ces grands carnivores est en phase exploratoire et vise, en particulier, à vérifier les possibilités de distinction d’espèces
génétiquement proches (mouton/mouflon, par exemple).

Points forts en 2011

  • Réalisation des premières sessions de piégeage photographique intensif sur deux sites pilotes pour estimer les densités de lynx.
  • Comparaison entre modèles CMR spatialement explicites ou non pour estimer les densités de lynx.
  • Synthèse des analyses de régime alimentaire du loup, et tests de distinction génétique mouflon/mouton dans les fèces de loup.
  • Première valorisation des données trajectométriques issues du suivi GPS loup.
  • Optimisation des modèles matriciels de description du cycle de vie du loup.   

Estimation de la densité en lynx par suivi non invasif photographique

Le programme de suivi de la population de lynx est essentiellement fondé sur la collecte opportuniste d’indices de présence (observations visuelles, proies, empreintes) par un réseau de correspondants. Ces indices servent ensuite à établir des cartes d’aire avec présence détectée de l’espèce, comparées au cours du temps pour caractériser son statut de conservation. En complément, il est apparu judicieux de se doter d’un autre indicateur de population, mesuré sur des zones de référence, et dont les variations dans l’espace et au cours du temps permettront une meilleure appréhension du statut local de l’espèce en termes d’abondance et de densité.

L’effort de prospection sur le terrain a été formalisé par un plan d’échantillonnage systématique sur deux sites pilotes d’environ 500 km2 chacun, et plus de 150 pièges photographiques ont été posés par paire pour identifier chaque lynx détecté par les motifs de pelages sur les deux flancs. Les pièges ont été contrôlés chaque semaine pendant deux mois par les partenaires concernés, localement appuyés par des chasseurs ou naturalistes*.

À l’issue de la phase de terrain, toutes les photographies de lynx ont été soumises à une pré-analyse automatique des motifs de pelage par l’utilisation combinée d’une base de données Access regroupant toutes les photos existantes et d’un logiciel de traitement d’images. Les clichés de lynx individuellement identifiés à plusieurs reprises constituent donc un jeu de données photographiques de type capture (premier cliché) - marquage (son patron de pelage) et recapture (nouveau cliché de la même signature de pelage).

Ces histoires de capture photographique individuelles ont ensuite été modélisées pour estimer d’abord la probabilité de détecter chaque animal (tenant ainsi compte de l’hétérogénéité de comportement entre individus), puis l’abondance corrigée par ce facteur de sous-estimation qu’est la détectabilité, forcément inférieure à 1. Sur le premier site (Doubs), l’abondance estimée était de 8 animaux, et sur le deuxième site (Jura), elle était de 14.

Bien sûr, les domaines vitaux des individus détectés n’étaient pas limités au seul polygone englobant l’ensemble des pièges photographiques. L’estimation de la densité correspondante (abondance estimée/surface occupée) devait donc en tenir compte. Ainsi, l’aire échantillonnée a été augmentée d’une zone tampon, définie par une surface circulaire autour de chaque piège photographique dont le rayon était déduit de la moyenne des distances parcourus par les lynx entre les différents pièges où ils avaient été détectés. Au final, les valeurs de densité obtenues (nombre d’individus/100 km2) varient entre 0,86 (± 0,45) à 1,04 (± 0,56) pour le site du Jura, et entre 0,90 (± 0,52) à 1,22 (± 0,83) pour celui du Doubs selon que certains animaux étaient considérés comme différents ou pas (2 cas de clichés partiels ; un seul flanc photographié).

Ces résultats constituent la première estimation locale française de densité de lynx, qui plus est assortie d’une mesure d’incertitude (intervalle de confiance) suffisamment faible pour augurer de réelles possibilités de comparaison. Mise en oeuvre grâce à une collaboration efficace entre les différents partenaires, mais aussi à l’appui scientifique des collègues biologistes suisses du KORA, cette approche sera reconduite sur d’autres sites pilotes de façon à obtenir une vision plus étoffée de la variabilité dans l’espace et au cours du temps de la densité locale de lynx.

* Une convention de partenariat technique et financier a été établie entre cinq des acteurs majeurs du dossier lynx en Franche-Comté : la Fédération régionale des chasseurs, les Fédérations départementales du Doubs et du Jura, l’ONF et les différents services de l’ONCFS.

Lire aussi

Commentaires