Ils ont changé de vie pour devenir bergers en Béarn

Montagne de Banasse. Une estive de rêve dans un paysage de carte postale. Il y a de l'animation à la cabane de Lurbe.

Aidée de Clémence, bergère salariée, Maxime s'active à la traite. Trayeuse électrique branchée sur panneau solaire, caisse adaptée pour faire passer les brebis six par six, il faut compter trois heures pour traire les 350 brebis. "On se disait que ce serait trop dur pour lui" se souviennent ses parents, Gérard et Monique. "Aujourd'hui on le soutient, il est heureux" constatent-ils.

À 36 ans, Maxime Bajas représente la nouvelle génération de bergers. Originaire de la région lyonnaise, il passe un BTS d'électromécanique et a un bon job dans une entreprise de supports publicitaires. "J'aime bien la mécanique mais de là à en faire un métier... J'ai lu le livre de Philippe Guilbaud, "Bergers pyrénéens" (ed. de Faucompret). J'ai vu le nom de Joseph Paroix. J'ai pris contact avec lui et suis allé chez lui pendant mes vacances." se souvient Maxime.

Il y retourne pendant trois ans. "Joseph m'a mis à l'aise en me laissant aller à mon rythme. J'ai appris le climat, la dureté de la traite. Berger, soit ça passe comme un coup de foudre, soit on s'arrache pour faire le métier". Maxime "s'arrache". Il fait l'école de berger pendant deux ans avant de rejoindre Darbary à Gère-Belesten avec qui il se met en Gaec. Il y reste quatre ans. Formé par Jacky Mège, le "monsieur fromage" du département, il obtient un prix au concours du fromage de Laruns. "J'ai beaucoup appris au Gaec et ça m'a aidé à m'intégrer. Mais je voulais créer ma propre histoire" avoue le jeune berger.

Il change de vallée et débarque à Bedous. Il rencontre le GFA du Béarn qui va l'aider à acquérir une propriété en 2005. Tout en travaillant au Gaec, il retape la maison. Suivra une bisbille sérieuse avec la commune pour obtenir le permis de construire une bergerie. "C'est un guignol, il va partir" entend-il. "C'est difficile au début" reconnaît Maxime. "Il fallait être toujours à 100 %, faire aussi bien qu'eux. Ici il faut aimer travailler pour être accepté". Jalousie, problèmes de voisinage, méfiance, la montagne est dure à tous points de vue. "Darbary m'a permis de me faire reconnaître mais en Aspe, il a fallu recommencer" soupire-t-il.

En 2009, grâce au GFA, Maxime Bajas est d'attaque. "Pour valoriser la montagne, il a fallu que je prenne plus de brebis, d'où la trayeuse électrique. C'est l'évolution du métier". À Lurbe, il bénéficie des mises aux normes financées par l'Europe, l'État et la Région. Comme d'autres, il peut passer l'été en estive en famille. Il a deux filles (4 ans et dix mois).

"On ne peut pas vivre comme il y a 50 ans mais par contre je n'invente rien et fais les choses comme autrefois, avant qu'on ne fasse n'importe quoi et qu'on crame la planète. Je garde plusieurs troupeaux l'été mais j'ai cent brebis à moi qui me permettent de vivre. Je vis bien mais je fais tout moi-même y compris la commercialisation. C'est en valorisant nos produits qu'on s'en sortira" affirme-t-il. " Je vis bien ma vie avec mon troupeau et n'en espérais pas tant. Le discours a changé depuis trois-quatre ans. Avant on disait que le métier était mort. Aujourd'hui de nouveaux bergers arrivent. Dans notre société, on ne reprend pas le métier de nos pères. Ce sont des personnes motivées qui le choisissent. La montagne est dure, il faut aimer être seul, les romantiques s'épurent d'eux-mêmes".

Le fromage fermier frappé de la patte de l’ours

Pe descaous : Le fromage fermier frappé de la patte de l’oursPRODUCTION - Ils sont encore treize en Béarn à produire le fromage fermier Pé Descaous. 
« Je n’oublie pas que si nous avons toues ces cabanes modernisées et mises aux normes, c’est aussi grâce à l’ours » affirme Maxime Bajas qui est l’un des treize derniers bergers à fabriquer le fromage frappé de la patte de l’ours. Le programme Pé Descaous (le « va-nu-pieds », surnom de l’ours en béarnais) a été créé en 1994 par le fonds d’intervention éco-pastoral (FIEP) avec l’association des bergers du Haut-Béarn et le soutien du WWF-France. L’objectif est de produire un fromage fermier de façon traditionnelle, en estive, et de le commercialiser en utilisant l’image de l’ours, matérialisée par une empreinte de patte sur la croûte. C’est aussi pour ses promoteurs, une façon de dire qu’ours et bergers peuvent cohabiter. A l’époque, nous étions en plein débat sur la réintroduction d’ours dans les Pyrénées.

Le Pé Descaous a un cahier des charges d’une qualité fromagère très élevée. « Je m’éforce de faire du fromage avec le moins de ferment possible, en travaillant sur l’évolution naturelle du lait »explique Maxime Bajas. «Le ferment permet toutefois d’avoir un fromage d’une qualité régulière et présentable» affirme-t-il.

Un lien entre la manière de faire et l’environnement

Et au-delà de la qualité du fromage, il y a la « philosophie » qui accompagne la démarche : « il y a un lien entre la manière de faire et l’environnement. Dans nos gestes, il faut penser à la transmission, qu’elle reste viable avec une préservation de la terre, de l’eau, de l’environnement. J’ai deux filles, je veux qu’elles vivent dans un environnement sain » argumente le jeune berger. Un souci de plus en plus partagé dans le monde de l’agriculture, et pas seulement en montagne.

"Ce métier, un métier de tripes"

Le regard de ceux du cru envers ces nouveaux bergers n'est pas toujours tendre. Comme le constate Maxime Bajas, pour être intégré, il faut montrer qu'on sait travailler au moins aussi bien que les anciens. Pour autant, on a conscience que la survie des vallées passe par la survie du pastoralisme.

Fils de berger, passé par la case banquier avant de retourner au pastoralisme, Jean-Louis Miramon, s'enflamme : "Ce métier, c'est un métier qu'on a dans les tripes. Moi, j'y suis pour des valeurs. Des valeurs de partage, de curiosité, d'humanisme... qui n'ont plus cours dans la société moderne. On a des moments difficiles mais on a le goût de la belle ouvrage. On parle de crise économique mais la crise morale et spirituelle est pire. Par le métier de berger, on renoue avec ces valeurs" affirme-t-il en encourageant les jeunes qui se lancent dans l'aventure. Moins lyrique mais aussi passionné, le berger de la cabane Pacheu vit le pastoralisme à l'ancienne : "Je fais ça parce que mon père, mon grand-père le faisaient et que j'aime ça". Il veut croire en ces jeunes. "J'espère qu'ils vont sauver le pastoralisme. Ils sont motivés mais certains sont un peu trop 'pagailhous'".

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