Pointer les vrais responsables du manque de viabilite de nos exploitations

De temps en temps, je reproduis une commentaire laissé à la Buvette dans une note. C'est le cas ici...

par Didier,
laissé en commentaire en bas de la note "Chronique d'un racisme montagnard ordinaire".

J'ai la chance inouïe d'avoir pu réaliser mon rêve et l'incommensurable privilège de le faire dans un cadre extraordinaire : je suis berger de mon propre troupeau dans un site exceptionnel du sud de la France.
 
Les touristes et autres promeneurs sont mon quotidien. Et c'est 99 fois sur cent un ravissement partagé d'échanger avec des gens d'horizons différents. Une seule fois les chiens d'un promeneur ont posé un souci..., passons.

La commune a proposé de faire passer un nouvel arrêté obligeant tous les visiteurs de tenir leurs chiens en laisse, partout, tout le temps et pas seulement à proximité du troupeau. J'ai refusé. Le partage passe aussi par là. Plus les autres sont libres et plus je le suis. Et les punitions collectives n'ont jamais fait leurs preuves.
 
Le loup arrive. A grandes enjambées. Comme dans tant d'autres territoires. Et ... je m'en réjouis ! Je dois être fou ! Et non pourtant, mon troupeau est toujours sous ma surveillance au patûrage mais l'inverse est vrai aussi : impossible de manger tranquillement un bout de pain ou même une orange. De suite c'est l'attroupement avec de grands yeux gourmands, des narines dilatées et la bouche en O avec le bout de la langue qui poind ! La nuit elles sont à l'abri - pas encore parfait mais j'y travaille. Et surtout, la taille de ce troupeau est raisonnable, il forme une véritable unité dans les déplacements.
 
Enfin, dernier argument, et pas le moindre, le loup est une ESPECE PROTEGEE, une véritable richesse pour la biodiversité ... et pour les éleveurs. Car je tiens à le préciser, en zone loup 1 (meute installée), les animaux tués sont indemnisés, il y a des subventions correctes pour le matériel de contention et 80% du salaire d'un (aide) berger peut être pris en charge par l'état. Il y a certainement des améliorations possibles, notamment un encadrement psychologique du berger et la prise en compte des pertes économiques réelles (animaux blessés nécessitant euthanasie ou soins vétérinaires, avortements, ...) mais on est sur la bonne voie, alors ...

Faudrait peut-être arrêter de crier au loup et pointer les vrais responsables du manque de viabilité de nos exploitations :

  • les importations intra- et extra-européennes de viande à bas prix (l'agneau néo-zélandais par exemple),
  • les dizaines de milliers de chiens errants (si pas centaines de milliers),
  • les tracasseries d'identification à fins de traçabilité (de plus en plus onéreuses et qui n'ont d'autre but que de tuer les petits éleveurs et de pousser en avant un système de plus en plus productiviste et industriel) et j'en passe !!!

Hélas, je suis un anachronisme.
 
Mais je continue de crier : "Vive le Loup", "Vive le Renard", "Vive les oiseaux", "Vive les promeneurs PEDESTRES", "Vive les mauvaises herbes". Vive la Sauvagine pour que vive la Nature et qu'ainsi nous puissions espérer survivre.
 
Au plaisir de vous rencontrer sur la pâture et de vous présenter tous les membres de ma grande famille, mon harem quoi (au sens figuré je vous rassure) :-)

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