Vincent Albouy : Plaidoyer pour les herbes folles

Plaidoyer pour les herbes folles - Laissez faire la nature – Le plaisir de la friche

Plaidoyer pour les herbes folles - Laissez faire la nature – Le plaisir de la fricheEssai philosophique et écologiste d'un adepte de François Terasson

Depuis des milliers d’années nous vivons la nature  comme un empire hostile contre lequel il faut sans cesse lutter. Vincent Albouy nous explique dans cet ouvrage pourquoi, aujourd’hui, il est important de laisser faire la nature sans intervention humaine partout où cela est possible.

Ce qui semble être un simple conseil de naturaliste devient une réflexion révolutionnaire. Et ce plaidoyer prend alors  une dimension philosophique et nous aide à reconsidérer notre place dans le monde.

Vincent Albouy

Né en 1959, Vincent Albouy s’est éveillé à la nature et à l’observation des insectes en découvrant à l’âge de 10 ans les « Souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre. Il est actuellement président de l'Office Pour les Insectes et leur Environnement (OPIE).

Vivant en Saintonge, où il cultive son jardin pour les insectes en particulier et la biodiversité en général, il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages sur la nature et le jardinage.

Cette brochure, écrite en 1998 pour l’association PONEMA, a fait l’objet d’un long développement sous forme d’un livre, « Plaidoyer pour les mauvaises herbes », paru en 2011 chez Edisud._

Vincent AlbouyVincent Albouy publie «Plaidoyer pour  les herbes folles : LAISSEZ FAIRE  LA NATURE» en septembre 2012  chez Astobelarra - Le Grand Chardon,  un court et intense texte pour rappeler  qu’il n’y a pas de «mauvaises  herbes»... 

Astobelarra : Impressionnant votre  bibliographie ! Combien d’ouvrages  avez-vous écrit ? 
Vincent Albouy : Je ne les compte plus. De 1990 à aujourd’hui, plus d’une soixantaine  dont je suis l’auteur ou le co-auteur  avec une autre personne, plus une participation  à une vingtaine d’ouvrages collectifs. Cela va des livres pour jeunes  enfants de quelques pages aux gros pavés  de plus de 300 pages. Je suis en fait un O.S. du clavier, et c’est mon unique activité  professionnelle depuis 2004.

90% de ces livres sont des commandes d’éditeurs, au sujet et au format très encadrés. 10% sont des livres vraiment personnels comme :

  • « Les insectes amis de nos  jardins » (Edisud),
  • « Guide des curieux  de nature » (Delachaux et Niestlé),
  • « Jardinez avec les insectes » (Terran), 
  • « Reconnaître facilement les insectes » (Delachaux et Niestlé)
  • « Plaidoyer  pour les mauvaises herbes » (Edisud).
Ce  dernier livre paru en 2011 est le développement de la brochure écrite pour l’association PONEMA en 1998 que vous republiez aujourd’hui. 

A : Quelle a été la motivation pour  écrire ce plaidoyer pour les herbes  folles ? 
VA : Je suis passionné d’insectes, et ma sensibilisation à la protection de la nature s’est faite par leur biais. Quand à la fin des années 1980 j’ai disposé de mon  propre jardin, j’ai voulu le cultiver pour les insectes. Et je me suis vite aperçu que je faisais fausse route. Pour favoriser les insectes, il fallait au contraire que je ne le cultive pas, au moins sur une partie, pour que la flore sauvage spontanée puisse  s’exprimer, pousser librement. Elle attire ainsi de nombreux insectes végétariens qui lui sont liés, qui eux-mêmes attirent des prédateurs et des parasites, qui eux mêmes attirent des super-prédateurs et  des super-parasites. Quand tout ce beau monde finit par mourir, plantes ou animaux, ils nourrissent de nombreux recycleurs. 

De cette constatation est née en 1989 l’association PONEMA, disparue en 2009, qui oeuvrait pour la protection de la nature banale dans les jardins. Notre principale activité était une banque d’échange de graines pour que chacun puisse introduire dans son jardin des plantes sauvages, à l’époque introuvables dans le circuit commercial. 

L’idée de la brochure a germé à la suite de discussions récurrentes avec des amis ou des connaissances sensibilisés à la protection de la nature, les éléphants, les baleines, les rapaces, les orchidées, les marais, les tourbières, les forêts, etc., mais qui dans leur jardin supprimaient systématiquement cette flore sauvage si riche de vie animale en l’accusant d’être des « mauvaises herbes ». 

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Pour moi, il n’y a pas de mauvaises herbes. Il n’y a que des plantes qui expriment la vitalité de la nature malgré l’homme et son désir de favoriser telle ou telle espèce à tel endroit aux dépens des autres. Dans ce choc frontal, les armes que le jardinier utilise sont de plus en plus lourdes et de plus en plus destructrices : tondeuses, débroussailleuses, tronçonneuses, herbicides, lance-flamme…

Ce qui n’empêche pas certaines de ces herbes folles, les plus résistantes, de revenir sans cesse à  l’assaut. Je préfère, dans la droite ligne de la philosophie du judo, utiliser cette force vitale de la nature plutôt que m’y opposer : consommer les herbes folles comestibles, faire des tisanes pour me soigner avec les espèces médicinales, mieux comprendre mon sol en sachant quelles plantes poussent dans mon jardin, faire des purins pour soigner mes cultures, mais aussi apprécier le spectacle de ces  fleurs souvent très jolies et des nombreux insectes et autres animaux qu’elles attirent au jardin.

Le but de cette brochure, et du livre qui l’a suivi, était d’essayer de convaincre les  jardiniers plus classiques que moi, mais sensibilisés à la protection de la nature et de la biodiversité, de changer eux aussi leur vision de ces plantes remarquables par tant de facettes et d’accepter de leur faire une place dans leur jardin plutôt que de leur faire une guerre sans fin.

A : Votre message n’est-il pas à rebours d’une certaine évolution humaine ? 
VA : Je me suis longtemps considéré comme un protecteur de la nature. Mais mon évolution dans la vision de mon jardin, que je souhaitais plein de vie donc d’herbes folles et de bestioles qui rampent,  sautent et volent, m’a transformé en protecteur de l’homme. 

Dire que la nature doit être protégée, c’est dire implicitement que l’homme serait capable de la détruire au point de la faire disparaître. Péché d’orgueil, un parmi bien d’autres. L’homme fait partie de la nature, et comme celle-ci s’auto-régule, les dysfonctionnements que celui-ci induit depuis le développement de l’agriculture, puis de la société industrielle, finiront aussi par être régulés d’une manière ou d’une autre. 

Pour être plus clair, nous ne faisons pas disparaître la nature, mais un état de la nature qui permet notre vie. Quand la terre deviendra invivable pour nous, nous disparaîtrons, probablement en ayant fait disparaître bien des espèces vivantes avant la nôtre, les éléphants, les  lions, les tigres, les baleines, les aigles, les autruches, les tortues marines, les requins mais aussi de nombreuses plantes et invertébrés. Mais il restera toujours de nombreuses espèces pour permettre à l’évolution de repartir dans une nouvelle direction probablement bien différente de celle qui avait abouti à l’homme. 

Je résume cette opinion d’une manière  provocatrice en disant qu’il y aura toujours des asticots pour dévorer le cadavre du dernier humain, et je pourrais ajouter qu’il y aura toujours des herbes folles pour pousser vigoureusement sur le bout de terre qu’il aura enrichi de sa substance.  Le message que j’essaye de faire passer sur les herbes folles s’intègre donc dans ma modeste tentative, et je ne suis qu’une petite voix parmi bien d’autres qui tiennent le même discours, d’essayer de convaincre mes contemporains qu’ils doivent modifier leurs pratiques et leurs modes de vie, au jardin comme ailleurs,  pour éviter une catastrophe. Je cherche aujourd’hui à contribuer à protéger l’avenir de l’homme en protégeant un certain état de la nature, et non plus à protéger la nature elle-même. Celle-ci n’a pas besoin d’être protégée, elle aura de toute façon le dernier mot. 

La seule manière de conserver cette nature favorable à la vie de l’homme sur terre, c’est d’admettre qu’une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini, et de changer en conséquence la façon de l’exploiter. Ce changement radical passera entre autres par une agriculture et un jardinage vraiment écologiques, c’est à dire utilisant les forces et les potentialités de la nature plutôt que de s’opposer à elle à l’aide d’une débauche de technologie et d’énergie. 

Dans ce contexte, mon message sur les herbes folles va effectivement au rebours d’une certaine évolution humaine actuelle, toujours basée sur la croissance sans frein et sans but. Mais la fin du cycle  est proche. Soit l’homme disparaîtra dans les siècles à venir, soit il modifiera radicalement ses pratiques, et alors ce message sera dans le sens de cette nouvelle évolution humaine.

Astobelarra - Le Grand Chardon
Maison Pastou - 64130 MONCAYOLLE
Tel : 05.59.28.32.81 - [email protected] - www.astobelarra.fr
astobelarra.over-blog.com

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