Dans la peau de l'ours "Bear 71"

La nouvelle production du National Film Board of Canada nous plonge dans la vie secrète du Parc national de Banff au Canada à travers les yeux d’un ours.

Une courte vidéo montre un ours attrapé et endormi par des hommes qui lui posent un collier et un marqueur. L'animal est relâché, mais il est maintenant "Bear 71", l'ours 71. Cette Grizzly femelle de 3 ans fait désormais partie du groupe d'expérimentation du parc national de Banff, situé dans les rocheuses canadiennes, qui étudie les interactions entre la nature et la présence humaine. L'expérience a duré 9 ans.

Ainsi commence l'étonnant web-documentaire Bear 71. Loin du film découpé en chapitres accessibles via une interface plus ou moins agencée, ce sont des rushes vidéos d'observation sur plusieurs années qui ont été rassemblées. Ils sont dispersés dans une carte interactive schématisée, dont les symboles animés racontent la vie dans le parc et l'histoire de cette ourse sous observation technologique et devant éviter les dangers humains. Jusqu'à sa faute fatale.

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A travers la voix d'une actrice, Bear 71 nous raconte à la première personne des moments de sa vie, un anthropomorphisme qui conditionne rapidement l'attachement. Le récit sonore autorise dès lors le regard du visiteur à se porter librement sur la carte. Celle-ci n'est qu'une représentation grossière de la toponymie du lieu. Ce n'est pas la beauté d'un paysage qui est ici en jeu, mais la surveillance d'allées et venues par l'entremise de marqueurs identifiant les objets d'observation. Avec, en premier lieu, celui de l'Ours 71 dont les déplacements sont figurés par des cercles gris.

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Il est possible de suivre le marqueur de l'ourse au gré de son récit : lorsqu'elle raconte comment les ours tentent de manger les graines échappées des wagons en évitant de se faire écraser, le visiteur voit passer un train sous forme pixelisée à côté du marqueur. Mais l'internaute est aussi libre d'explorer la carte à volonté, l'Ours 71 étant rattrapable par une flèche toujours accessible.

Les autres marqueurs proposent des rushes d'observations divers : des lieux dont la dangerosité mérite une observation (train ou route), mais surtout d'autres animaux également sous surveillance. Les courtes vidéos sont complétées d'informations qui selon l'espèce dévoilent une habitude de l'animal, sa raréfaction au fil du temps, ou sa mort, comme ici le loup 14 tué sur une autoroute à 3 ans.

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Mais la surveillance ne s'arrête pas là. Notre présence est également signalée sur la carte (selon l'accès donné à la webcam, une photo apparaît ou non) et les marqueurs des visiteurs s'immiscent dans la carte aux mêmes titres que les autres.

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Là est la force du projet : dans cette omniprésence de l'observation tout au long de l'histoire qui développe une mise en relation étonnante avec le sort des animaux et nourrit notre sympathie pour ce qu'ils ont à subir. Là est la réussite du projet : en instaurant un récit qui met en scène cette technologie même. La division de l'écran final intégrant un certain nombre de lieux d'observation du parc n'est pas sans rappeler celle des multiples écrans surveillant nos lieux de vie de tous les jours.

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Une vingtaine de minutes d'un récit qui soulève un questionnement sur un monde de technologies et de cloisonnements instauré au nom d'une préservation peut-être nécessaire, mais qui pourtant dénature. « Il n'y a pas beaucoup de façons de mourir pour un grizzly. Du moins, c'était le cas dans l'état sauvage. » annonce le web-documentaire. Notre Ourse 71 est victime d'une erreur qui n'aurait pas dû être. Son « J'ai fait ce que je savais faire. J'ai rugi et j'ai chargé » reste.

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Ce web-documentaire de Jeremy Mendes et Leanne Allison est produit par l'Office national du film du Canada, toujours exemplaire en matière de productions interactives.

“Bear 71″, webdoc de Jeremy Mendes et Leanne Allison, production NFB 

Le parc national de Banff

Le parc national de Banff est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il est l'un des parcs les plus visités du monde. Ce sont les conséquences de l'intensité galopante des activités touristiques qui constituent une menace de plus en plus préoccupante pour l'écosystème du parc.

A noter également le traitement original du tweet promotionnel du projet avec le choix d'un animal du parc qui composera le message : micro-site Bear 71

Une installation a été organisée lors du festival de Sundance durant laquelle les visiteurs accédaient à la carte, intégrée dans des écrans muraux, via des Ipad. Une courte présentation est proposée dans cette vidéo.

Source : Netdeclic, des liens qui illustrent la créativité interavtive sur le web

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