La divagation des animaux domestiques en alpages : une pratique à risques sanitaires

On entend souvent dire que "le pastoralisme est bénéfique à la biodiversité". Dans les pyrénées, le libre parcours des brebis et l'absence de gardiennage (en zone à ours) sont considérés, comme dans l'appellation Barèges-Gavarnie par exemple, comme des pratiques "immémoriales" et bénéfiques. Il semble que celà ne soit pas sans conséquences. Voilà qui devrait inciter à changer certaines pratiques, à la veille de la réintroduction du bouquetin dans les Pyrénées, exterminé par la chasse.

Extrait de "Ongulés sauvages et domestiques en alpage. Risque de transmission de maladies et mesures de prévention" (Parc national des écrins)

Justine DervauxLe pastoralisme est une activité ancestrale importante dans le coeur et l’aire d’adhésion du Parc national des Écrins. Les parcours pastoraux et pâturages d’altitude, lieux de mélange d’animaux de statuts sanitaires différents, concernent un grand nombre de milieux naturels : pelouses alpines, landes, sous-bois, éboulis, zones humides… supports d’une vie sauvage particulière et emblématique.

Face à l’augmentation des populations d’ongulés sauvages de montagne et à la pression grandissante exercée par la transhumance en été, le Parc national a désormais pour objectif, outre la protection du patrimoine naturel de son territoire, de gérer au mieux la cohabitation entre faunes domestique et sauvage, source potentielle de transmission d’agents pathogènes, contribuant à l’amélioration de la sécurité sanitaire en alpage.

Les principaux risques liés à l’inter-transmission de ces agents sont :

  • la contamination de l’Homme,
  • les pertes économiques engendrées par ces maladies en élevage,
  • la mise en danger d’espèces sauvages.

Pour satisfaire à cet objectif, l’application de mesures de prévention en élevage ainsi qu’en alpage est nécessaire afin de réduire les risques de transmission de maladies entre ongulés domestiques et sauvages.

En élevage

Le pastoralisme marque de son empreinte l’ensemble des vallées du massif des Écrins. La transhumance est profondément ancrée dans les pratiques agricoles dans certains secteurs d’accueil des Hautes-Alpes. Parallèlement, l’activité pastorale qui peut se traduire par des regroupements de troupeaux de statuts sanitaires différents, suscite de nombreuses craintes de la part des éleveurs dont celle de la transmission de maladies des troupeaux infectés aux troupeaux sains ou de la faune sauvage aux troupeaux en alpage.

Malgré l’existence, pour certaines maladies réglementées, de mesures sanitaires obligatoires en élevage, les troupeaux domestiques ne sont pas indemnes de toute maladie. L’application de mesures préventives complémentaires en élevage reste de mise, notamment pour les cheptels domestiques transhumants.

En Alpage

Contexte

Les mesures sanitaires prises en élevage ont pour objectif d’améliorer l’état sanitaire des cheptels domestiques, notamment des cheptels transhumants. Cependant, elles rencontrent des obstacles qui définissent les limites de leur efficacité :

  • animaux porteurs d’agents infectieux non repérés lors d’opérations de prophylaxie à la montée en alpage,
  • cohabitation des troupeaux domestiques avec les populations d’ongulés sauvages qui peut être à l’origine de la transmission de maladies, auxquelles ongulés domestiques comme sauvages sont sensibles (cette transmission a lieu lors de contacts directs ou de succession des animaux en un site donné pour les maladies à réservoir tellurique),
  • défaut de traçabilité dans les mouvements de troupeaux en estive. L’application de mesures sanitaires préventives en alpage est donc nécessaire et vient complémenter des mesures prises en élevage.

Objectif principal

Gestion de la maladie et de sa transmission

Mesures de gestion sanitaire

Séparation des espèces et conduite du troupeau

La séparation des espèces limite la transmission de maladies par contacts. En pratique, elle nécessite l’application de mesures de gardiennage (clôtures évitant la divagation d'animaux domestiques, la présence d’un berger et/ou de chien(s) de troupeau). La gestion des parcours empruntés par les troupeaux ainsi que le choix des zones à pâturer, partie intégrante de la conduite du troupeau, permet de limiter les contacts et les successions des ongulés domestiques et sauvages.

Soins

Lors de la survenue d’un épisode infectieux en alpage, la réalisation de soins aux animaux permet de limiter les dégâts causés par la maladie ainsi que l’excrétion d’agent infectieux à l’origine de la contamination des autres animaux, domestiques et sauvages, et/ou du milieu si cet agent est résistant dans l’environnement. Dans certains cas, l’isolement des malades est requis.

Ressources alimentaires

Certaines zones d’alimentation, propices au regroupement des animaux, sont des zones favorables à la transmission d’agents infectieux. L’accès de ces zones à risque aux ongulés sauvages doit donc être évité: les zones de dépôt de sel ou d’aliments, dont les ongulés sauvages sont très friands, devront être positionnées à proximité d’éléments dissuasifs : cabane du berger, chien de troupeau, dans le parc de nuit, etc.

Points d’eau

Les zones d’abreuvement sont des zones à risque au même titre que les zones  d’alimentation. De plus, les zones d’alpage humides sont propices à la survie d’agents infectieux dans le sol et ainsi à la contamination des animaux y ayant accès.

Enfin, du fait du ruissellement des eaux, la contamination d’un alpage peut avoir des
répercussions en aval du foyer infectieux primaire.

Choix de l’alpage

Comme suite à la survenue d’un épisode infectieux sur un alpage, si l’agent infectieux en cause est résistant dans le sol, il est momentanément préférable de ne plus y faire pâturer d’animaux. De plus, les cohabitations au sein des zones refuges des ongulés sauvages (zones de repos, zones de reproduction) doivent être évitées de manière à ne pas nuire à la tranquillité des espèces sauvages et afin de limiter les risques de transmission de maladies dans des périodes de plus forte réceptivité.

La maladie des abcès

En Oisans et en Valbonnais, les autopsies des ongulés sauvages révèlent régulièrement la présence d'abcès multiples dans le cadre de la veille sanitaire. L'isolement de la bactérie en cause a pu être réalisé à plusieurs reprises . Près de 75 % des exploitations de petits ruminants domestiques sont atteintes par la maladie des abcès avec en moyenne 5 % des animaux atteints.

Pratiques à risque : En élevage comme en alpage, la vidange des abcès réalisée à même le sol constitue une source de contamination importante pour les animaux domestiques comme sauvages.

CAEV

Bilan de la dernière enquête sur le bouquetin des Alpes (1996-2008) :  Séroprévalence d'environ 1 % (n=400 individus testés). Atteinte des cheptels domestiques : 30 à 80 % des animaux séropositifs au sein des troupeaux caprins du département des Hautes-Alpes.

Pratiques à risque : Divagation des animaux domestiques dans les quartiers saisonniers des ongulés sauvages.

Parasitoses internes

Chez les ongulés sauvages, les prévalences et les charges parasitaires sont plus élevées dans les zones de cohabitation. Les pertes liées au parasitisme sont au 4ème rang des pertes économiques en élevage. En 2010, près de 20 % des charges vétérinaires des ateliers bovins allaitants étaient dédiées aux traitements antiparasitaires, contre environ 12 % en atelier ovin allaitants. [source : Institut de l’élevage]

Pratiques à risque : Divagation des animaux domestiques dans les quartiers saisonniers des ongulés sauvages.

Pestiviroses

100% des troupeaux séropositifs avec prévalence de 76,6 % IC=[74,3 - 78,8] ; n= 1383 individus testés. [source : ANSES]. Concordance nette entre niveaux de séroprévalences domestique et sauvage.

Pratiques à risque : Divagation des animaux domestiques dans les quartiers saisonniers des ongulés sauvages.

Piétin

En France : 1ère “épizootie” en Haute-Savoie en 1995-1996 sur la population de bouquetins : mortalité estimée à 12 % de la population totale. Première cause de boiterie dans les cheptels ovins français [source : FRGDS RA]. En élevage comme en alpage, les soins aux animaux boiteux sont indispensables : parage, soins locaux voire antibiothérapie générale si les lésions sont très étendues. L'hygiène rigoureuse du matériel de parage est importante afin d'éviter les contaminations entre animaux. Il est recommandé d’isoler les animaux les plus atteints.

Pratiques à risque :  La corne éliminée lors du parage et le matériel purulent sont la principale source de contamination pour les animaux sauvages et domestiques. Lors de la rélisation de soins (en élevage comme en alpage) ils doivent être éliminés pour limiter la contamination des sols.

La salmonellose abortive ovine

Recrudescence de la salmonellose abortive ovine en 2009. Augmentation de la séroprévalence apparente des chamois la même année.

Pratiques à risque :  Divagation des animaux domestiques dans les quartiers saisonniers des ongulés sauvages. Montée en alpage de cheptels suspects ou reconnus contaminé.

Source : Ongulés sauvages et domestiques en alpage. Risque de transmission de maladies et mesures de prévention (Parc national des écrins)

Commentaires