Vanoise, pétition et huées

De l’art de se faire huer et conspuer…

par Yves Paccalet Yves Paccalet

Je n’ai pas eu peur, conformément à la demande du pape Jean-Paul II. Mais c’était chaud…


Mercredi dernier, le 16 janvier, j’étais à Lanslebourg, en Maurienne, à la réunion organisée par les commissaires de l’enquête publique sur la Charte de la Vanoise. La semaine précédente, à Bourg-Saint-Maurice, cela s’était assez bien passé. L’assistance était, dans les deux cas, d’environ 150 à 200 personnes selon la police et les organisateurs. Comme toujours, je me suis débrouillé pour parler le premier, dès l’ouverture de la discussion. J’ai exposé les raisons pour lesquelles il fallait adopter cette Charte née d’un difficile compromis, si incomplète et insatisfaisante soit-elle.


À Bourg-Saint-Maurice, la moitié de la salle m’a applaudi – l’autre moitié se réservant d’encourager bruyamment les envoyés des conseils municipaux hostiles au texte.

À Lanslebourg, j’ai en outre solennellement remis aux commissaires enquêteurs une sortie papier de la liste des plus de 17 000 signataires de l’« Appel pour la Vanoise » que j’ai lancé sur Internet (sur Avaaz : continuez de signer, la Vanoise a besoin de vous).


À peine m’avancé-je vers la tribune, que les huées s’élevèrent : « Vendu ! », « Menteur ! », « Tu devrais avoir honte ! », « Jetez-lui des chaises ! », et ainsi de suite. Je ne crains pas ce genre d’accueil, où une claque organisée s’en donne à plein gosier. J’ai repris le micro pour expliquer les désastres du bétonnage, la nécessité pour les Savoyards d’aimer leur parc national, et l’importance internationale de cet espace préservé. Les avanies, les quolibets, les violences verbales ont recommencé avec quelques décibels supplémentaires. Je me suis fait traiter de « flemmard qui prenait des vacances sur le bateau de Cousteau pendant que les vrais villageois étaient au travail » ; de « Parigot » et d’« étranger » (la moindre des choses) ; mais aussi de « Tarin », ce qui, pour un Mauriennais, constitue l’injure suprême.

Au total, une bien belle soirée, enrichissante et sympathique, dans une ambiance de convivialité montagnarde telle qu’on en rêve autour d’une fondue, avec des histoires de dahu.

La Charte de la Vanoise en est là…


Après la remise du rapport des commissaires enquêteurs (dans deux ou trois mois), nous amenderons probablement un peu le texte et sa charte. Puis il faudra que le Conseil d’Administration vote « pour », ce qui n’est pas gagné. Si tel est le cas, le document fera l’objet d’un arrêté du ministère de l’Écologie, qui a déjà signé pour les parcs nationaux des Écrins, du Mercantour et des Hautes-Pyrénées (pour les parcs créés après 2006, tout est bouclé).

Dans la foulée, il faudra recueillir l’avis du Conseil national pour la Protection de la Nature et, in fine, du Conseil d’État. Avant que les 29 communes de la zone optimale d’adhésion ne soient appelées à se prononcer définitivement : adhérer ou ne pas adhérer ? En vouloir ou pas ? Les conseils municipaux auront quatre mois pour trancher.


La route est longue et le sentier escarpé, dirait mister Raffarin ! 26 des 29 communes ont voté « avis défavorable » sur le projet actuel : y a-t-il une chance qu’elles changent d’avis sur le texte final ? Difficile à croire. Car tout cela nous conduira à l’automne ou à l’hiver de 2013, quelques semaines avant les élections municipales. Les candidats et leurs équipes se feront un plaisir d’instrumentaliser le dossier « Vanoise ».


Vous avez aimé les calendes grecques, vous adorerez les calendes savoyardes !


Les écolos bornés, vendus, « Parigots » et pro-loup dans mon genre pourront toujours, sur un air de Renaud, chanter « Laisse béton ! » face aux derniers glaciers de la Vanoise…

Yves Paccalet


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