L'intéret économique des mustélides

Régimes alimentaires

Campagnol
Campagnol des Champs
(Microtus pennsylvanicus )
Les rongeurs ont besoin d’une ration alimentaire suffisante pour couvrir leur forte dépense énergétique. En moyenne, cette ration journalière est au moins égale aux 2/3 de leur poids vif. Une femelle gestante et les jeunes animaux en croissance peuvent absorbés, journellement, un poids de nourriture égal à leur poids corporel.

La consommation totale d’un animal peut, en première approximation, être écrite comme suit :

Consommation = poids vif x 2/3 x âge du rongeur en jour

Ainsi, un campagnol des champs, aura consommé tout au long de sa vie: 35 g x 2/3 x 30 j x 18 mois = 12.6 kg de plantes et graines.

L’influence financière de la prédation

Sur les hypothèses, visant à simplifier les calculs, que :

  • les prédateurs prélèvent autant d’herbivores que de granivores
  • les ravageurs s’attaquent autant aux cultures qu’aux milieux naturels non entretenus ou non valorisés
  • les ravageurs ne prélèvent que des productions agricoles primaires (herbe, luzerne, grain sur pied...)
  • en moyenne, les ravageurs sont prédatés à 10 mois (moyenne de la demie-vie des diverses espèces)
  • et sans tenir compte des prélèvements des rongeurs sur les productions à plus forte valeur commerciale (maraîchage), ni les consommations sur les zones d’agrainage ou dans les entrepôts, et au cours des marchés agricoles pour la luzerne et pour la moyenne « toutes céréales » de 100 €/T, consommé à part égale avec de l’herbe, réputée gratuite, le prélèvement des ravageurs sur les cultures pourrait être estimé à:

Valeur de l’alimentation: [100 x 2 (luzerne et céréales) + 0 (herbe)] / 3 = 70 € / Tonne d’aliment
Ravage culture = poids vif de rongeur x 2/3 x 30 jours x 10 mois x 0.07 €/kg = poids de rongeur en kg x 14€ / kg

Ainsi, un campagnol des champs, aura consommé tout au long de sa vie pour: 35 g 14 € / kg = 0.88 €.
Prédaté à 10 mois par un mustélidé, il n’aurait consommé que 7 kg de nourriture, soit 0.49 €

 
Pulullation_campagnols_degats
Dégâts causés par la pulullation des campagnols

Les bénéfices économiques des mustélidés

Ainsi qu’il a été dit, les mustélidés sont les prédateurs naturels des ravageurs des cultures. Assurant ce rôle de régulation des populations, sans intervention humaine, leur service écologique est un service gratuit non valorisé.

Cependant, en détruisant les prédateurs, le piégeage rompt ce cycle naturel. Libérés de cette prédation, les ravageurs ont une durée de vie supérieure à leur durée de vie normale. Ils occasionnent donc des dégâts supplémentaires estimés à (cf ci-dessus) 40% de la production agricole primaire consommée.

En Haute-Savoie, les dégâts dus aux pullulations de campagnols peuvent s’élever à 30.000 € par exploitation laitière (étude FDGDON-74 en 2004). La même année, le Conseil Général a alloués 95.000 € à 124 exploitations sinistrées pour resemis et achats de fourrage de compensation. En Franche-Comté, la FREDON (www.campagnols.fr) évalue entre 9 et 25.000 € par exploitation les dégâts occasionnés par les campagnols.

En Haute-Normandie, ces dégâts restent encore diffus et l’impact financier, bien qu’existant, n’est perçu ni par les exploitants agricoles, ni par la collectivité. A noter qu’en décembre 2007, la DRAAF recommandait la mise en place de nichoirs à belettes et à hermine afin de lutter contre les campagnols.

Sur le bilan des destructions déclarées dans le département de l’Eure pour la campagne 2008/2009, la perte financière pour la Collectivité peut être estimé à 105 000 €:

Bilan-destruction-mustelides
Dans l’économie du service gratuit rendu par la prédation naturelle des mustélidés, il faudrait ajouter à ces coûts, les montants relatifs à :

  • la lutte anthropique contre les ravageurs des cultures (en ETP et montant financier)
  • la perte de revenu agricole: production laitière, viande bouchère, production maraîchère
  • le coût de la remise en état des culture: sursemis, intrant agricole de compensation, ...
  • le coût de rachat d’alimentation de substitution et de la baisse de qualité des foins auto-produits
  • ...

Toutefois, ces montants ne pourraient être évalués qu’au cas par cas, en fonction des productions spécifiques et de la localisation des productions agricoles.

Les dégâts attribués aux mustélidés dans l’Eure

L’Association de Gestion et de Régulation des Prédateurs de l’Eure chiffre à 59. 772 € le montant des dégâts attribués à l’ensemble des prédateurs (diapositive n° 4 du diaporama AGRPE de la CDCFS du 29-04-2010).

Comme pour les années précédentes, les résultats de destruction des « nuisibles » ne permettent pas d’avoir la répartition spatiale de la pression de piégeage au delà du nombre de « relevés collectés » et du nombre de « communes piégées ». Sans cette analyse, il ne peut être affirmé que certaines espèces sont nuisibles sur tout ou partie du territoire de l’Eure.

En ce qui concerne plus précisément les dégâts attribués aux mustélidés:

  • Le tableau récapitulatif ne fait état d’aucun dégât ni sur la faune, ni sur la flore, ni sur les activités agricoles, ni sur les activités aquacoles, ni sur les activités cynégétiques, ni sur les activités économiques.
  • Seule la fouine y est mentionnée.
  • Le nombre de dégâts attribués à la fouine n’est pas donné. Il n’est donc pas possible de déterminer dans quelle partie du territoire cet animal serait, éventuellement, nuisible.
  • Sur le montant total allégué aux « nuisibles », le montant attribué à la fouine n’est pas donné. Il n’est donc pas possible d’en évaluer l’importance.

La DREAL rappelle que l’Article R427-7 du Code de l’Environnement stipule que:

I. - Dans chaque département, le préfet détermine les espèces d'animaux nuisibles parmi celles figurant sur la liste prévue à l'article R. 427-6, en fonction de la situation locale, et pour l'un des motifs ci-après:

  1. Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ;
  2. Pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ;
  3. Pour assurer la protection de la flore et de la faune.

Or, par ce qui précède, la DREAL a démontré que:

  1. la santé et la sécurité publique ne sont pas menacées par les mustélidés
  2. non seulement les dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ne sont pas prouvés, mais il vient d’être démontré que les bénéfices apportés par la présence de ces espèces sont bien supérieurs aux dégâts qui leur sont soi-disant attribués.
  3. les mustélidés ne portent atteinte ni à la faune, ni à la flore. Bien au contraire, en régulant les populations des ravageurs de cultures, ils assurent un rôle de protection et participent à l’équilibre général de l’environnement.

Le classement de ces espèces en « animaux nuisibles » serait donc contraire aux textes de Loi. L’Arrêté Préfectoral de classement des nuisibles pourrait donc ne pas avoir l’assise juridique suffisante pour supporter une action en justice introduite par une association de protection de la nature.

En conclusion, et pour défaut d’étude circonstanciée démontrant que l’impact négatif de l’une ou de l’autre de ces espèces sur l’activité humaine est bien supérieur au bénéfice retiré de leur simple présence, la DREAL demande que le piégeage et la chasse de ces 4 espèces ne soient plus autorisés dans le département de l’Eure et que les espèces concernées ne soient plus classées « nuisibles ». La DREAL demande également que ce rôle positif ne soit pas omis au compte-rendu de la CDCFS.

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