Viabilité génétique et viabilité écologique : une bourde gouvernementale grosse comme un ours !

Biodiversité : Terme qui désigne la diversité du monde vivant à tous les niveaux : diversité des milieux (écosystèmes), diversité des espèces, diversité génétique au sein d'une même espèce.Synonyme de diversité biologique. Peut être considérée à cinq niveaux : celui des écosystèmes, des espèces, des populations, des individus et des gènes.

"Nous allons contre-attaquer en juristes"

AvocatDans le cadre de la Plainte contre la France pour non protection de l’ours, en janvier 2013, Laurent Roy, directeur de la biodiversité réagissait à la mise en demeure de la Commission européenne : "Nous allons contre-attaquer en juristes". "Avouant d'abord avoir été un brin « surpris » par la dureté de l'avertissement, le ministère de l'Écologie assure en retour être sûr et certain de son bon droit européen. « Une lettre sera adressée dans les prochains jours à la Commission, promet Laurent Roy, le directeur de la biodiversité. Nous allons contre-attaquer en juristes, car jamais la directive Habitat n'a dit que nous devions penser la population locale en termes de sous-noyaux géographiques. La France considère le massif pyrénéen dans son ensemble, de l'Andorre jusqu'à l'Espagne. Et, de ce point de vue-là, notre population d'ours est tout sauf moribonde, puisqu'elle a été multipliée par cinq entre 1995 et 2012, avec encore trois naissances l'an dernier. »

Tout va très bien Mme la Commission

Cette prise de position montrait :

  • que le gouvernement ne considérait la biodiversité et la population d'ours qu’en termes quantitatifs. "L’ours se reproduit, donc tout va bien", avouant de ce fait qu’il était près à abandonner les mâles béarnais à une mort lente sans descendance et à laisser s’éteindre ce noyau qui représente quand même entre 40 et 50% de l’habitat de l’ours, ce qui n'est pas une preuve de gestion en bon père de famille respectant les obligations de la France ;
  • qu’en refusant aux associations les réintroductions demandées, le gouvernement refusait même le geste minimum ;
  • qu'en refusant avec ridicule de remplacer les ours morts pour des causes anthropiques, comme 3 ministres successifs s'étaient engagés à le faire, pour cause de "sécheresse"en Béarn, le gouvernement n'avait pas de respect de la parole donnée. Pourquoi les choses seraient-elles différentes avec les promesses faites à l'Europe ? ;
  • qu'en fermant les yeux sur l'aspect génétique de la biodiversité et sur la faiblesse et les risques génétiques encourus par la population non viable d'ours, le gouvernement faisait tout simplement une faute politique et scientifique. En effet, Pyros concentre ses gênes dans la majorité des jeunes ours nés récemment. Faut-il rappeller que Pyros, le père de Moonboots est également son grand-père et son arrière grand-père. Que si Moonboots venait à se reproduire avec Caramellita, les choses deviendraient tristement suicidaires puisque celle-çi est également fille et petite-fille de Pyros. Ignorer la consanguinité est un enfantillage coupable.

Oh putain ! Qui a laissé passer ce texte ?

Or donc, voici qu’à l’occasion de la réunion d’hier du Groupe National Loup, le document à l’entête des ministères de l’agriculture et de l’écologie fait réference à une autre document “proposant des lignes directrices pour la gestion des grands carnivores (ours brun, loup, glouton et lynx) en Europe

Et que dit ce document cité par les deux ministères de l'écologie et de l'agriculture ?

“A l’initiative et via un financement de la Commission européenne, la rédaction d’un guide proposant des lignes directrices pour la gestion des grands carnivores (ours brun, loup, glouton et lynx) en Europe a été confiée par contrat aux experts scientifiques de la LCIE (Large Carnivore Initiative for Europe).

La publication de la version finalisée de ce guide est intervenue en juillet 2008, soit après celle du plan français d’action national loup pour la  période 2008-2012.

A la même date, la Commission européenne a précisé par écrit l’importance à accorder à son contenu.

L’objet  principal du document vise à « repenser l’échelle appropriée à laquelle ces espèces devraient être gérées », et par conséquent l’échelle à prendre en considération pour évaluer à la fois leur état de conservation favorable et l’efficacité des mesures et des plans mis en œuvre pour assurer leur conservation sur le long terme, en conciliation avec les activités humaines.

Le concept de viabilité de population est en premier lieu décliné du point de vue de sa composante démographique (la probabilité qu’une population d’une taille donnée s’éteigne au terme d’un nombre d’années donné) et de sa composante génétique (la persistance à long terme d’un potentiel évolutif de variation génétique), le maintien d’une viabilité génétique nécessitant généralement une population plus importante que celle exigée par le maintien d’une viabilité strictement démographique.

La viabilité écologique, élément également de l’état de conservation, est enfin présentée comme une composante additionnelle se référant aux interactions entre une espèce et son environnement. Les Guidelines précisent que le maintien d’une telle viabilité écologique suppose la présence d’un nombre de spécimens bien plus important que celui constitutif d’une population minimum viable, dans la mesure où il implique une présence viable de l’espèce dans les habitats naturels qui lui sont  favorables.

Je remercie les deux ministères qui donnent, une fois de plus, à l’Europe et aux avocats des associations, les arguments pour les battre en justice.

Comment justifier en effet :

  • qu'une mesure citée dans un document pris comme référence pour la gestion du loup,
  • dont l'Europe rappelle l'importance,
  • alors que le document cité présente les lignes directrices pour la gestion des grands carnivores (ours brun, loup, glouton et lynx) en Europe
  • dans le cadre d'une mise en demeure de la France par la Commission européenne pour non protection de l'ours.

soit ignorée pour l'ours, et je ne suis pas juriste...

Va comprendre Laurent ? Va comprendre Delphine ?

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