La FDSEA contre la nature?

par Jean-François Noblet

Jean-François Noblet
Jean-François Noblet

Le 30 juillet 2013 la FDSEA de l’Isère a publié un compte rendu d’une rencontre qu’elle avait eu avec le préfet de l’Isère sur les « attaques » de vautours. (NB: Lire ci-dessous)

La lecture attentive de ce texte donne un sérieux malaise aux protecteurs de la nature qui sont clairement attaqués et qui comprennent que la FDSEA reste dans une attitude anti-nature et  anti-écologiste. On peut donc s’interroger sur une telle politique d’un syndicat qui se cantonne dans une polémique démagogique et rétrograde.

En effet :

  • Il a été clairement démontré que certains témoignages « d’attaques » de vautours en Rhône Alpes sur des animaux vivants  se sont révélés faux, après expertise de vétérinaires compétents. Plusieurs éleveurs ont reconnu avec honnêteté leur erreur. (NB: Lire cet exemple)
  • Les associations de protection de la nature n’ont jamais refusé le dialogue avec les éleveurs pour leur donner les informations dont elles disposent sur les programmes de réintroduction des vautours, sur le comportement de ces oiseaux protégés par les lois françaises et européennes et sur les possibilités reconnues d’intervention de vautours fauves sur du bétail vivant immobilisé au sol et dans une situation particulière (vêlage difficile).
  • Aussi, dans ces conditions le texte de la FDSEA apparaît comme une agression envers les écologistes qui sont clairement accusés de gaspiller les deniers publics, « d’occuper un grand nombre de personnes à l’introduction des vautours » et de se « dire »  protecteurs de l’environnement.

Est-ce que cette stratégie est efficace ?

Une rencontre préalable de la FDSEA avec des naturalistes compétents aurait pu éviter à ce syndicat de se discréditer :

  • Evoquer la grippe aviaire pour accuser les vautours est ridicule quand on sait aujourd’hui que cette maladie a été propagée par les élevages intensifs de volailles et que les sucs digestifs des vautours éliminent nombre de bactéries et contribuent à limiter les zoonoses.
  • Les vautours n’ont pas été introduits mais réintroduits car il y avait des vautours nicheurs en Isère en 1920 (Falaise du Néron par exemple)
  • Les éleveurs qui bénéficient des services d’équarrissage naturel des vautours reconnaissent l’intérêt économique de cette possibilité. Rappelons que cet équarrissage a permis d’économiser 430.000€ en France en 2010

La FDSEA semble prendre systématiquement position contre la faune sauvage : après les sangliers, les lapins, les blaireaux, le loup, c’est au tour des vautours. On peut s’interroger sur une politique agricole qui méconnait la biologie de la faune sauvage qui est présente sur l’espace agricole et qui voudrait s’en affranchir totalement. Or, la société française n’est plus ce qu’elle était avant guerre. Il n’est plus question d’éradiquer ce qui gênait les activités humaines mais d’apprendre à cohabiter et à intégrer le rôle de la faune sauvage dans toutes les activités humaines.

On peut alors s’interroger sur le décalage, voire le fossé, qui existe entre la FDSEA et l’opinion publique de la société européenne. Tout le monde comprend que la biodiversité est essentielle pour notre survie sur la planète et les agriculteurs devraient comprendre que les abeilles, la faune du sol, des écosystèmes sains et complets sont indispensables à l’activité agricole.

Il est d’autant plus contre productif que la FDSEA attaque ainsi les écologistes car aujourd’hui, ils sont probablement les meilleurs alliés potentiels de l’espace agricole et d’une agriculture saine et reconnue par l’ensemble des citoyens. En Isère on pourrait citer plusieurs exemples de victoires des associations de protection dans des combats où les syndicats agricoles étaient absents :

  • « Manger bio à la cantine,
  • l’abandon de la zone Centralp 3 à Moirans,
  • l’abandon du premier projet de l’échangeur de Mauverney à La Buisse,
  • l’A51, etc.

A une époque où les agriculteurs perdent régulièrement du terrain (800 hectares par an en Isère), des emplois et une reconnaissance de la société qui juge l’état de l’environnement agricole, il parait que l’attitude actuelle de la FDSEA envers la nature et la faune sauvage n’arrange rien, bien au contraire.

Quand on est minoritaire, en perte de vitesse et en difficulté, se braquer contre des alliés ouverts, compétents et désintéressés est une erreur manifeste.

Dernier détail : En 1995 le tourisme lié aux vautours dans les Causses a rapporté 4,4 millions de francs au tourisme local selon une étude très sérieuse.

Jean François NOBLET
à titre personnel

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Le communiqué de la FDSEA Isère

Attaques de vautours

Madame, Monsieur

Hier s'est tenu en préfecture, à notre demande, une réunion sur les problèmes d'attaques de vautours en montagne. Nous avions en effet été sollicités pas des éleveurs dont des animaux vivants avaient subi des attaques de vautours, notamment au moment de la mise bas.

L'objectif de cette réunion était non seulement de faire remonter ses informations au préfet et mais aussi d'essayer de trouver des solutions.

Il a été rappelé par la FDSEA

  • Que l'élevage est indispensable en zone de montagne, tant pour l'économie locale que pour l'entretien des espaces,
  • Que les éleveurs subissent depuis des années une situation économique très difficile et que ces difficultés sont accentuées en montagne avec les problèmes de prédateurs tels que le loup et maintenant potentiellement les Vautours
  • Que les éleveurs qui ont constaté une présence décuplée des vautours au dessus des troupeaux ainsi que des attitudes « inhabituelles » des vaches terrorisées trouvent insupportable d'être mis en cause voire d'être traités de « menteurs » par ceux qui se disent défenseurs de l'environnement

 Au cours du comité, la FDSEA a demandé au Préfet :

Des chiffres précis et officiels tirés des comptages des vautours pour mesurer l'évolution quantitative des populations. La FDSEA considère qu'au vu du nombre de personnes occupées par l'introduction et la protection des vautours des comptages extrêmement précis doivent permettre de comprendre l'évolution de l'espèce. Nous avons eu comme réponse que le nombre de vautours sur les Alpes françaises est estimé à 1200 individus (dont 200 coulpes reproducteurs) mais personne n'a pu nous répondre à partir de quel seuil peut on considérer qu'il y a sur population ...

Des données très précises sur le suivi sanitaire des vautours. En effet, les vautours peuvent potentiellement être porteurs de maladies (telle que grippe aviaire) et il ne fait aucun doute que les organismes chargées de l'introduction et de la protection des vautours doivent être soumises aux mêmes obligations de traçabilité que tous les éleveurs, la FDSEA demande des explications précises sur les modalités de suivi sanitaire, Pour l'instant, il ne semble pas que des maladies puissent être transmises par les vautours, en tout cas, il n'y a pas eu de cas déclaré.

Enfin, la FDSEA demande que soit revu le diagnostic sur la dangerosité des VAUTOURS pour les animaux vivants et pour les humains (promeneurs, randonneurs) et notamment lorsque leur nombre explose et qu'ils peuvent être affamés. La FDSEA demande la mise en place de mesures de prévention et de protection efficaces.

La FDSEA demande enfin des mesures pour indemniser le préjudice économique subit par les éleveurs. A ce titre, la FDSEA demande des chiffres précis sur les coûts pour l'Etat et les collectivités (autrement dit pour le contribuable) liés aux Vautours.

Sur ces deux derniers points le préfet semble avoir pris conscience du problème et s'est engagé à faire remonter les informations d'autant qu'un plan d'action national est en cours d'élaboration. Il a été reconnu que le vautour fauve peut s'attaquer à des animaux vivants mais soit très affaiblis soit au veau et à sa mère au moment de la mise bas. Les spécialistes parlent d'attaques ante mortem ou post mortem.

Un groupe départemental va se mettre en place pour proposer des solutions de régulation de l'espèce et voir quelles mesures de prévention peuvent être proposées aux éleveurs.

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