L’été des vautours anthropophages

par Fabrice Nicolino, article paru dans Charlie Hebdo du 18 septembre 2013

C’est le bordel. Les paysans ont foutu le camp, des millions d’hectares retournent à la friche, le loup revient, les chasseurs sont de moins en moins nombreux. Et comme ils ont, par des pratiques comme l’agrainage, multiplié sangliers et cochangliers – croisements avec les porcs domestiques – les voilà dépassés. Ils n’arrivent même plus à tenir leurs plans de chasse départementaux. Les pauvres.

C’est dans ce contexte déprimé que l’été a passé. Mal, du moins pour les animaux. Les chasseurs les plus foldingues inventent chaque jour de nouveaux scénarios destinés à justifier leurs tueries contre le Loup, revenu d’Italie il y a vingt ans, ou l’ours, réintroduit dans les Pyrénées centrales à partir de 1996.

Mais les délires les plus inventifs concernent le Vautour. Il y en a quelques centaines en France, et c’est déjà trop. Des Alpes aux Pyrénées, passant par le Massif central, la presse régionale, chauffée par les fédérations de chasse, rapporte des faits-divers fantastiques. Ici, une randonneuse achevée par des vautours dans un ravin des Pyrénées-Atlantiques. Là des génisses en pleine forme attaquées par des escadrilles de vautours en folie. Genre : « Une génisse en pension au lieu-dit Fondorsol a été attaquée par une cinquantaine de vautours. Ces derniers ont réussi à (…) se jeter sur l’animal âgé de deux ans. Des vététistes passant à proximité n’ont rien pu faire ».

C’est le retour des chouettes clouées sur la porte des granges. En réalité, les vautours sont des nécrophages, et leur conformation physique les empêcherait de devenir des prédateurs, même s’ils en avaient envie. Variante à propos des blaireaux, accusés désormais de bouffer le maïs des gentils cultivateurs. Dans La République des Pyrénées du 29 août dernier, un « lieutenant en louveterie » s’est reconverti dans la chasse au blaireau : « Je viens d’en avoir trois, il a fallu creuser à plus de quatre mètres et ils m’ont esquinté deux chiens ».

Même les cerfs s’y mettent. En Haute-Saône, un chasseur émérite a été éperonné le 8 septembre par un cerf psychopathe. Commentaire éclairé de L’Est Républicain : « Le chasseur présentait une plaie de quelque 10 cm à la gorge, “à quelques millimètres de la carotide”, commente encore sous le choc, Serge Garnier ». Salauds de bêtes.

Source : Planète sans visa

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