Caviglioli: Le gentil grand reporter et les croisés de l'écologie dure

Par un incroyable retournement de situation, les carnassiers sont devenus une espèce protégée, tandis que paysans et bergers sont en voie de disparition.

François Caviglioli
François Caviglioli

Ainsi commence l'article écrit fin décembre 2013 par François Caviglioli, un journaliste et écrivain qui était "grand reporter" à Paris Match en 1969. (lire l'article)

Il est de l’ancienne génération, né en 1937, il a vécu 55 ans, dont les "trente glorieuses" dans une France sans le loup. Du retour du loup en 1992, François Caviglioli n’a rien vu venir, depuis le 5 novembre de cette année ou les deux premiers loups ont été aperçus dans les Alpes maritimes,

La Convention Internationale sur le Commerce des Espèces en Danger date de 1973.
La Convention de Berne date elle de 1979.
La Directive Habitat de mai 1992, juste avant le retour du loup, une machination sans doute.

Le loup était donc protégé bien avant son retour en France. Le Grand reporter y voit lui un "incroyable retournement de situation" : l'ensauvagement du pays des lumières et de Patrick Sébastien.

Aujourd'hui, il n'y a guère plus d'un million d'exploitants agricoles en France, représentant à peine 4 % de la population active alors qu'ils étaient 10 millions d’actifs agricoles en 1945. Aucun autre secteur économique n’a connu une régression d’emplois aussi massive. Peu importe les faits, désireux de casser du loup et de l’écolo, pour François Caviglioni c'est toujours un incroyable retournement de situation.

Que faisait-il le grand reporter du 3 au 14 juin 1992, pendant le sommet de la terre à Rio de Janeiro où la préservation de la biodiversité était considérée comme un des enjeux essentiels du Développement Durable par 110 chefs d'États et de gouvernements et 178 pays? Pour lui, cette prise de conscience de la sixième extinction massive des espèces tient d’un incroyable retournement de situation. L'incrédulité magnifiée en dogme.

Il revient sur les rumeurs reprises dans le livre “Le loup est revenu” d’Anne Vallaeys.

Les suspicions convergent vers le Château d’Hardigny-les-Verrières et son propriétaire allemand Manfred Reinartz. Pourquoi celui-ci a-t-il clôturé son domaine de si hautes murailles? Pourquoi des miradors où la silhouette furtive de l’étranger apparaît souvent, carabine à l’épaule? Le duo de molosses dont-il dispose ne serait-il pas un couple de loups des Carpates ? Qui sait, l’un deux serait en cavale?

Anne Vallaeys s’est trompée. Le village d’Hardigny-les-Verrières n’existe pas. Hadigny-les-Verrières existe, sans “r”. Il se trouve dans les Vosges, c'est un détail qui montre qu'il ne s’agit pas d’un travail d’investigation. Non c'est une instruction à charge destinée à générer la peur du loup. Quant à la rumeur : un étranger à notre beau pays, un allemand, un ex-envahisseur sans doute, riche (c'est suspect) et différent (vu son mode de vie), important des monstres d'au delà les Carpates, le pays de Dracula, des loups-garou. Et cela pour les lâcher, basse vengeance, pour qu’ils deviennent la “Bête des Vosges” et déchiquetent nos enfants ! En coeur : Allons enfants....

Le Grand reporter vient ensuite défendre Didier Trigance, l'éleveur de Châteauneuf d'Entraunes (Alpes-Maritimes), condamné en octobre 2013 par le tribunal de Nice à 4 mois de prison avec sursis pour violences contre deux agents du Parc du Mercantour. Justice a été rendue. C’est la première fois qu’un berger est condamné pour violence, mais François Caviglioli y voit lui “une clémence qui traduit l'embarras et la culpabilité de l'Etat.“ En lisant les sites pastoraleurs et activistes ruraux, je n’ai pas eu l’impression que les confrères subsidiés voyaient ce jugement comme "une clémence".

Les pouvoirs publics se sont peu à peu rendus aux raisons de l'Association pour la Protection des Animaux sauvages (Aspas) et des durs de l'environnement : en gros, le monde est trop policé, l'homme a souillé, domestiqué et dévasté la nature, alors que le loup incarne la liberté. Le méchant, aujourd'hui, c'est le berger.

Stigmatisation et raccourcis improbables. Non Mr Caviglioli, il existe bien en France une loi, que les préfêts ont pour tâche de faire respecter. Alors quand ceux-ci prennent des libertés avec les textes, ils se font remonter les bretelles par les tribunaux, et c’est très bien ainsi. Il suffit de s'assoir, de lire la loi et de pondre un décrêt qui la respecte. C'est à la portée du premier juriste venu.  C’est très bien ainsi quand on désire que la France reste une démocratie et pas une République bananière. Il existe des personnes (de vils activistes chevelus?) qui veillent et dénoncent les décrets quand ceux-ci ne respevtent pas la loi, à la lettre. Grâce leur soit rendue! J'adhère (et je paie ma cotisation avec joie). Sont-ce pour la cause des “des durs de l'environnement”? Ne seriez-vous vous pas,  Mr François Caviglioli un mou de la justice, un cacheur de vérités, un vieux conservateur fatigué par trop de grands reportages?

Pour Mr Caviglioli, le plan loup mettrait Canis lupus ”A l'abri d'une législation qui fait d'eux des animaux sacrés, comme les vaches en Inde”.  Un plafond (pas un quota) de 24 loups à abattre (prélever) annuellement, des armes de guerre à visée nocturne, des chasseurs non accompagnés qui traquent le loup, une espèce dite protégée comme s’il était classé nuisible toute l’année, voilà un bien piètre abri pour le loup! Ce n'est pas un abri, c'est une arène. Essayez de réserver ce sort là à une vache sacrée en Inde et vous irez croupir dans un cul de basse fosse à manger de l'agneau au curry.

Pour ce qui est du paragraphe suivant : “Les loups se risqueront-ils bientôt au coeur des villes pour y déchiqueter des enfants, comme le font parfois les chiens qui ont pourtant la faveur du public ? Méfions-nous de "nos amies les bêtes". Les croisés de l'écologie dure, les partisans d'un retour à une virginité édénique devraient méditer ce qu'Alfred de Vigny fait dire à la nature : "On me dit une mère et je suis une tombe."

Ah le beau grand reportage sanglant que voilà. Quelle horreur qu'un prédateur prédate à la place de lire le Nouvel Obs. Le vieux journaliste s’abaisse à générer la peur du grand méchant loup, tel Louis Dollo affirmant que “le loup n’a plus peur de rien” (Voir ses hilarantes et grotesques analyses de vidéos publicitaires)
 
Le loup: combien de mort en France depuis 1992 ? Combien d’éleveurs qui refusent de protéger leurs troupeaux ? Combien d’attaques de chiens divaguants (des loups à colliers!) passent pour des attaques de Canis lupus, seul procédé permettant un remboursement?

La terre, lieu de vie est aussi une tombe. Encore un incroyable retournement de situation? La planète Terresera la tombe de tout le monde, la vôtre comme la mienne. Auriez vous peur de la grande faucheuse qui se rapproche à grand pas et frappera aussi bien les vieux anthropocentriques apeurés et délirants comme vous que les “croisés de l’écologie dure” comme moi qui ne demandent qu’à cohabiter (vivre avec) le reste des espèces qui essaient de survivre ou simplement de vivre sur la Terre Mère.

Baudouin de Menten

Réactions sur le même article

Laurent Nédélec (sur le Nouvel Obs) : "Oui, c'est sûr que c'est pas très beau des cadavres de brebis. J'ai visité un abattoir récemment, j'en ai vu plein des carcasses de brebis...
C'est un conflit entre 2 prédateurs : l'éleveur et le loup. Dans tous les cas la brebis finit pareil, ne faisons pas appel à la sensiblerie pour discréditer un des deux camps. C'est une espèce de malhonnêteté intellectuelle. C'est sûr que le loup crée des soucis supplémentaires à la profession d'éleveurs, et redonne une justification au métier millénaire de berger. Mais l' élevage ovin a commencé à péricliter chez nous bien avant l'arrivée du loup.  C'est vrai aussi que c'est un animal fascinant, et qu'il tue moins de gens que les prédateurs à fusil qu'il peut avantageusement remplacer...
Eh oui : le monde est complexe, et il faut pourtant faire une place à toutes ces composantes. ça nous honore, et même c'est un devoir. Autrement, c'est article est d'une nullité affligeante."

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