François Terrasson : l’ours, le loup et le lynx

par Jean-Claude Génot

jean-Claude Génot - François TerrassonTrois grands carnivores, l’ours, le loup et le lynx, symboles  d’une-nature indomptée, incarnent le sauvage en France de nos jours. Lors d’un entretien radiophonique, il (NDLB: François Terrasson) les évoque comme représentants majeurs de « la sauvagerie sauvage », et se distingue des protecteurs de la nature : tout en admirant le loup, il est « en faveur, à titre expérimental, d’une autorisation officielle pour les éleveurs de tirer sur le loup - certains le font déjà clandestinement.  C’est aussi une manière de montrer au loup que les troupeaux ne sont pas des libres-service.1 »

Il tempère les risques que cela entraînerait pour l’espèce: « Je compte sur la maladresse des bergers et sur l’habileté de l’animal pour que sa population ne pâtisse pas trop de leurs tirs,  s’ils étaient autorisés. On éviterait aussi le recours à l’empoisonnement, pratique redoutable qui a si bien fonctionné autrefois pour éliminer le loup. Les appâts à la strychnine tuent indifféremment tous les amateurs de viande, et la meute qui assiste à l’agonie d’un loup ne fait pas le lien avec le gigot piégé. Le fusil, en revanche, est sélectif et crée un phénomène d’apprentissage du danger. »

Pourquoi cette position? « C’est une situation complètement nouvelle que d’avoir la maîtrise de quelque chose autrefois obligatoirement supporté. Mais cette nouveauté peut quand même s’inspirer du passé. Et qu’est-ce qu’on voit dans le passé?  Que toutes les sociétés où le loup a coexisté avec J’homme étaient des cultures où on pouvait chasser le loup.2 » Protéger intégralement le loup rend ses adversaires plus hargneux et dangereux ; et il ne veut pas d’un loup en pantoufle mais d’un loup sauvage qui comprenne que s’approcher d’un élevage présente un risque, et préfère un loup qui capture des proies sauvages.

Inévitablement, le loup va augmenter ses effectifs en France et cela forcera les protecteurs à revoir leur intransigeance sur le statut de l’espèce. Sa perte aurait des conséquences sur la santé mentale de l’homme : « Si jamais nous n’avions plus le loisir de rêver à un loup sauvage et vivant, je prédis une augmentation de fa délinquance et de la fréquentation des hôpitaux psychiatrique.3 » (...)

1 Terrasson F., Une image contradictoire, Politis, no 831/832, 2004.
2 Terrasson F., Appel aux chassaurs de loups, non daté
3 Terrasson F., En finir avec la nature, Sang de la Terre, 2008.

Source: Génot Jean-Claude : François Terrasson, penseur radical de la Nature, Editions Hesse, 2013

Citations

« Peut-on tolérer quelque part des animaux sauvages qui font ce qu'ils veulent, qui vont où ils veulent? Au lieu d'être soumis à notre volonté. La réponse est : non. Sans équivoque. Partout ! » (...)

« L'important n'est pas qu'il y ait des ours. L'important est qu'ils soient sauvages ! » (...)

« La nature, c'est ce qui marche sans nous, ce qui fonctionne sans notre intervention, ce qui nedépend pas de notre volonté. Comme nos désirs, comme nos passions, amours et déterstations, pulsions sexuelles ou agressives. De la nature à l'intérieur de l'homme, voilà ce que c'est. »

(NDLB: Après la définition de la nature de François Terrasson, je ne peux m'empécher ce citer Jean-Louis Chauzy, Président du CESER (Conseil Économique et Social de Midi-Pyrénées) : «La nature n’existe pas indépendamment de l’homme. Nous devons faire confiance à ceux qui la connaissent», Le trait d’union paysan)

« C'est notre regard qui définit le côté attrayant ou répulsif des divers aspects de la nature. Sorcière hideuse, dragon puant ou belle jeune fille, c'est nous qui faisons le choix. »

L’ours, le loup et le lynx ont une queue, des poils, des dents, des griffes et une haleine de proie putréfiée..., nettoyez-moi tout cela !

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