IPHB Mourir debout

Institution patrimoniale du Haut-Béarn : retour sur un vrai bras de fer à Oloron

L’institution patrimoniale va lancer sa propre étude pour évaluer son bilan. Le Conseil général a déjà mis la sienne en route.

Une étude est en cours, portée par le Conseil général, pour évaluer le travail de l’Institution patrimoniale du Haut Béarn (IPHB) pour les années 2007 à 2013. Mais une autre étude sera sans doute lancée par cette même IPHB, avec le même objectif.

Telle est la situation ubuesque qui découle de la dernière réunion du Conseil de gestion patrimoniale du Haut-Béarn (force de propositions de l’IPHB) qui s’est déroulée mardi soir à Oloron. Celui-ci a en effet adopté à l’unanimité le cahier des charges de sa propre étude. Avec le soutien total des bergers, mais sans les élus du Conseil régional et du Conseil général, qui n’étaient pas présents.

Une entreprise en difficulté

Le différend porte sur la maîtrise d’ouvrage de cette étude, qui ne peut, selon l’IPHB qui se base sur la charte la régissant, revenir qu’au Conseil de gestion patrimoniale. Le Conseil général fait une autre lecture de cette charte. Il s’est, a contrario, vu confier cette maîtrise d’ouvrage par l’État et le Conseil régional d’Aquitaine et a mandaté le cabinet Planète publique, qui a déjà commencé son travail.

Mardi soir, au cours d’interminables débats (la réunion s’est achevée à 1 heure du matin), cette situation a été examinée par le Conseil de gestion. Le président par intérim, François Bayé, a évoqué la gravité du moment. « Pendant que le président (Jean Lassalle, NDLR) a fait 6 000 km, on n’a pas fait un mètre, s’est-il désolé. Or, une entreprise de débardage par câble (Gohier de Lanne-en-Barétous) est en cessation de paiements parce que nous lui devons 100 000 € pour des travaux qu’elle a faits et que nous ne pouvons pas lui payer. Personne n’a contesté ces débardages. Alors pourquoi les subventions ne rentrent-elles pas ? » (1)

La compétence de l’eau

François Bayé a donc lancé un « cri d’alarme » avant de comparer ce que prévoit la charte de l’IPHB et ce qu’en fait le Conseil général. « Modification des compétences et modification de la charte », a résumé l’élu qui dans les compétences pouvant être retirées à l’IPHB, a cité l’eau. « On nous dit que le Conseil général ne traitera plus qu’avec le Syndicat mixte des gaves d’Oloron, d’Aspe, d’Ossau et de leurs affluents. Mais toutes les communes n’adhèrent pas à ce syndicat », a-t-il plaidé.

Consulté par nos soins jeudi, le conseiller général Jean-Claude Coste acquiesce. « Justement, notre objectif c’est que toutes les communes y adhèrent. Sur la longueur du gave, on ne peut pas traiter à la fois individuellement avec des communes et avec un syndicat censé les regrouper. »

Dans la discussion qui a suivi au Conseil de gestion patrimoniale, certains ont suggéré que ce différend n’était que politique. « Lassalle n’a qu’à passer à gauche et ça ira mieux. Si la droite repasse, il n’aura qu’à y revenir », a ironisé un membre du Conseil.

« Les élus passent, les instances restent. Il est déplorable que des questions de personnes viennent s’interposer alors que tout le monde s’accorde à dire que nous avons un bilan exceptionnel », a renchéri Bernard Bourguinat, maire d’Aydius.

Des arguments que balaie Jean-Claude Coste. « Il faut que les gens prennent conscience que budgétairement, c’est difficile pour tout le monde. Nous voulons avoir une vision partagée des objectifs de l’IPHB afin de rebâtir ensemble une nouvelle convention », espère-t-il encore, en rappelant que les communes de l’IPHB ont été invitées à participer au comité de pilotage de l’étude de Planète publique.

« Mourir debout »

Mourir debout
"Mourir debout"

Pour les membres du Conseil de gestion « cette volonté de défaire l’IPHB en réduisant ses compétences, c’est aller vers sa mort. » D’où l’envie de garder la main. « Nous sommes cinq conseillers généraux et trois conseillers régionaux dans l’instance délibérative qu’est le syndicat mixte du Haut Béarn et il y a 21 maires. Je ne vois pas comment on pourrait reprendre la main », rétorque Jean-Claude Coste qui confirme que si l’IPHB mène sa propre étude, ce sont les communes qui la financeront et non le Conseil général.

Le syndicat mixte du Haut Béarn, qui se réunira bientôt, doit encore valider la proposition du Conseil de gestion patrimoniale. Par ailleurs, Jean Lassalle sera très vite de retour de sa longue marche.

Même si certains en son sein disent préférer « mourir debout que de se laisser manger, parce qu’en rognant les compétences, on rogne les emplois », l’IPHB, le couteau sous la gorge faute de financements, aura-t-elle les moyens de continuer ce bras de fer ? Telle est la question que l’on peut se poser aujourd’hui.

(1) Selon Sylvie Salabert, conseillère régionale et membre du Syndicat mixte de l’IPHB, la Région a envoyé, le 15 octobre, un mandat d’un montant de 113 000 € à la paierie régionale pour liquidation des sommes dûes à l’IPHB.

Marcel Bedaxagar, Sud-Ouest

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