L'accrus s'accroit, qui l'eut cru?

La haine de la friche I

« l’envahissement des territoires d’altitude par la friche menace les activités humaines, les équilibres naturels et, à terme, le développement durable. Lutter contre l’avancée de la friche s’impose donc comme un impératif et nécessite à l’évidence de garantir la pérennité de l’élevage, menacé par les attaques de prédateurs, qui ne cessent d’augmenter, du fait, notamment, de la croissance de la population de loups dans notre pays.»  (Jean-Paul Amoudry (UC), Conseiller général de Haute-Savoie. Lire "Amendement loup: et la biodiversité, camarades?")

La nature aura de toute façon le dernier mot

Vincent Albouy : Depuis des milliers d’années nous vivons la nature comme un empire hostile contre lequel il faut sans cesse lutter. Pour moi, il n’y a pas de mauvaises herbes. Il n’y a que des plantes qui expriment la vitalité de la nature malgré l’homme et son désir de favoriser telle ou telle espèce à tel endroit aux dépens des autres.  

Dire que la nature doit être protégée, c’est dire implicitement que l’homme serait capable de la détruire au point de la faire disparaître. Péché d’orgueil, un parmi bien d’autres. L’homme fait partie de la nature, et comme celle-ci s’auto-régule, les dysfonctionnements que celui-ci induit depuis le développement de l’agriculture, puis de la société industrielle, finiront aussi par être régulés d’une manière ou d’une autre. 



Pour être plus clair, nous ne faisons pas disparaître la nature, mais un état de la nature qui permet notre vie. Quand la terre deviendra invivable pour nous, nous disparaîtrons, probablement en ayant fait disparaître bien des espèces vivantes avant la nôtre, les éléphants, les lions, les tigres, les baleines, les aigles, les autruches, les tortues marines, les requins mais aussi de nombreuses plantes et invertébrés...

Mais il restera toujours de nombreuses espèces pour permettre à l’évolution de repartir dans une nouvelle direction probablement bien différente de celle qui avait abouti à l’homme. 

Je résume cette opinion d’une manière  provocatrice en disant qu’il y aura toujours des asticots pour dévorer le cadavre du dernier humain, et je pourrais ajouter qu’il y aura toujours des herbes folles pour pousser vigoureusement sur le bout de terre qu’il aura enrichi de sa substance. (Lire "Ramilies propre")

Cimetieres dormant caenLe message que j’essaye de faire passer sur les herbes folles s’intègre donc dans ma modeste tentative, et je ne suis qu’une petite voix parmi bien d’autres qui tiennent le même discours, d’essayer de convaincre mes contemporains qu’ils doivent modifier leurs pratiques et leurs modes de vie, au jardin comme ailleurs,  pour éviter une catastrophe. Je cherche aujourd’hui à contribuer à protéger l’avenir de l’homme en protégeant un certain état de la nature, et non plus à protéger la nature elle-même.

Celle-ci n’a pas besoin d’être protégée, elle aura de toute façon le dernier mot. 

La seule manière de conserver cette nature favorable à la vie de l’homme sur terre, c’est d’admettre qu’une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini, et de changer en conséquence la façon de l’exploiter. Ce changement radical passera entre autres par une agriculture et un jardinage vraiment écologiques, c’est à dire utilisant les forces et les potentialités de la nature plutôt que de s’opposer à elle à l’aide d’une débauche de technologie et d’énergie. 

Source : Vincent Albouy Plaidoyer pour les herbes folles - Laissez faire la nature – Le plaisir de la friche

Friches et accrus s'accroissent

Une friche est un terrain ou une propriété sans occupant humain actif, un terroir délaissé ou une zone abandonnée par l'homme, qui n’est en conséquence pas, ou plus cultivé, productif ni même entretenu. La friche agricole résulte de la déprise agricole (ou abandon) des terres. Lorsqu'une terre agricole abandonnée commence à se reboiser naturellement, on parle alors d' «accrus».

En sylviculture, les accrus forestiers constituent des espaces intermédiaires entre les friches issues de l'abandon de terres cultivées ou de surfaces à vocation pastorale, et la forêt proprement dite. La définition des accrus s'avère très délicate, et diffère selon les critères, morphologiques, historiques ou socio-économiques, que l'on privilégie. Cette catégorie spatiale un peu insaisissable n'est du coup pas comptabilisée en tant que telle dans les différents inventaires disponibles pour l'utilisation du sol national, même lorsqu'ils montrent clairement, dans la longue durée, le processus de transfert de surface des terres cultivées à la forêt. Il faut donc opérer par recoupements pour se faire une idée du phénomène et de sa répartition spatiale à l'échelle nationale.

La haine de la friche II

Communiqué de l'ADDIP de février 2010 («Ours ; stop aux mensonges ») : "Sans ces femmes, ces hommes, ces troupeaux, le pays serait un désert envahi de broussailles : enfrichement, ensauvagement, fermeture du milieu, ce paysage accueillant et ouvert aux activités de loisir deviendrait une porte close." (...) "Le choix est pourtant simple : Ensauvagement du massif et populations d'ours réellement viables OU Beauté des paysages humanisés, production alimentaire durable et de qualité, cadre somptueux pour vos loisirs. L'élevage extensif est la clé qui ouvre toutes ces portes, un patrimoine à conserver et continuer... Ce second choix est notre vie et notre engagement, une promesse d'avenir dans le droit fil de toute l'histoire des Pyrénées."

Un institut agricole des Pyrénées a écrit sur sa carte de voeux 2002 le texte suivant : "La beauté des montagnes est autant le résultat de la tectonique, de la faune et de la flore, que du travail séculaire des hommes. Une montagne sans paysans n'est plus qu'une friche hirsute, un jardin à l'adandon, un squelette décharné, sans âme, sans passé ni avenir".

Jean-Claude Génot : Cette haine des friches se cristallise particulièrement en montagne, parce que le phénomène concerne effectivement les zones escarpées ou les vallées étroites et humides, moins rentables et plus difficiles à exploiter pour l'agriculture. Un petit détour par le discours classique des chambres d'agriculture sur les friches permet de mesurer la richesse du vocabulaire. Les friches résonnent de "parcelles abandonnées (...) investies par les chardons", de "développement incontrôlé (...) d'espèces à la tige flétrie", de "friche armée (...) broussailleuse (...) avec de nombreux épineux (...) d'aspect hostile", et plus tard de "bois peu pénétrables" où des "arbres non éclaircis s'étiolent".

Pourquoi tout ce vocabulaire chargé de menaces ? Tout simplement parce que quand on veut se débarasser de son chien, on l'accuse de la rage! Parfois, le ton est plus mesuré mais la crainte de voir les friches envahir le paysage de montagne est telle que le délire "sécuritaire" anti friche prend le dessus comme dans cette plaquette intitulée "Ensemble redessinons les Vosges" dans laquelle on peut lire :"Encore faut-il veiller à ce que les friches qui bordent la route, ne provoquent pas un sentiment de malaise, voire un phénomène de rejet"

Source : Jean-Claude Génot "Que la montagne est belle"

François Terrasson : Il est fréquent de rencontrer des affirmations péremptoires critiquant la « fermeture des milieux » assorties d’un appel à la promotion des espaces ouverts présentés comme le support préférentiel pour la diversité des espèces. Ces opinions vont même jusqu’à la mise en cause de la forêt, écosystème naturel de l’Europe occidentale. 

L’écologie scientifique montre en fait que le maximum de diversité se situe au contact des formations végétales fermées (plus ou moins) et des zones ouvertes (plus ou moins). Ce sont les écotones. Etant entendu qu’au sein des espaces fermés les phénomènes naturels dans leur complexité créent facilement sans intervention de l’homme certaines ouvertures.

Jean-Claude Génot : Plus que partout ailleurs, la montagne constitue un lieu privilégié pour une reconquête de la nature sauvage, qu'il s'agisse de ses éléments les plus incontrôlés comme le loup ou le lynx ou de la dynamique spontanée de milieux abandonnés, à condition que les hommes fassent preuve de tolérance.

Il faudra qu'ils renoncent à inventer n'importe quel prétexte pour exercer leur emprise sur chaque espace libre et surtout qu'ils acceptent de voir dans la nature sauvage la formidable expression de leur imaginaire. L'homme peut en effet ressentir une certaine plénitude en pensant aux endroits de nature sauvage comme autant de lieux de liberté vers lesquels il peut s'évader par le rêve quand il ne peut les atteindre physiquement.

La nature sauvage devient alors un lieu symbolique. Elle joue donc un double rôle social car les mythes, la symbolique et le sacré sont aussi indispensables à la vie en société que le sont les espaces de montagne en libre évolution au bien être des hommes tant sur le plan physique que psychologique.

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