Variation de la végétation pastorale consécutive à la prédation du loup

Louis Dollo, publie sur Kairn sa présentation d’une étude italienne sur la variation de la végétation pastorale consécutive à la prédation du loup.

L’étude a été menée sur un échantillon d’alpages des provinces de Torino et Cuneo, premières zones à avoir été concernées par le retour du loup. Elle analyse un fait connu depuis bien longtemps: les paysages évoluent. Quand le pastoralisme est en crise et que l’exode rural est élevé, les paysages se referment ; quand la population en montagne augmente, ils s’ouvrent à nouveau.

Dollo ne sélectionne que les passages qui vont dans le sens de l’incompatibilité de la présence du loup avec le pastoralisme, en négligeant ceux qui reconnaissent l’intérêt du loup ou proposent des solutions techniques pour réduire ou faire disparaitre les conséquences négatives de l’utilisation de moyens de protection sur les ressources fouragères.

Enclos moutons
L'enclos de regroupement nocture, une pratique ancienne

Dans le résumé, de l'étude, les auteurs précisent que “les transformations sociales, économiques et technologiques, ont imposé d’importants changements dans l'organisation de l’élevage et du système pastoral, surtout avec la présence avérée du loup depuis le début des années ’90. La gestion des petits ruminants en alpage, fortement conditionnée cette dernière décennie par la défense du prédateur, a nécessité l'utilisation de différentes mesures pour réduire le nombre d'attaques. Il s’agit principalement d’utilisation de clôtures électriques pour délimiter les parcs, de chiens de défense, et aussi dans des cas sporadiques d’autres systèmes (dispositifs d'éclairage, effaroucheurs acoustiques, etc.

Les auteurs analysent les conséquences de l’arrivée du loup et les changements des pratiques pastorales. Ils notent cependant que “Dans la seconde moitié du XXe siècle, le changement progressif de l'économie alpine et le dépeuplement des vallées face à l'offre de travail mieux rémunéré des fonds de vallées a créé une diminution de la disponibilité de la main-d'oeuvre ; l’élevage, n’étant plus la seule source de revenu et de moyen de subsistance, a été réorganisé ou partiellement abandonné, surtout lorsqu’il s’agissait de troupeaux composés de peu d’animaux.

Afin de rendre l'élevage de montagne plus intéressant économiquement, les populations locales se sont donc tournées vers des pratiques extensives surtout pour réduire le coût de la main-d’oeuvre. Pendant les mois d'été, on laissait alors les animaux dans les alpages en petits troupeaux non gardés, pendant que l’éleveur et les siens se consacraient aux activités agricoles estivales, qui en montagne demandent plus de main-d’oeuvre.”

Le loup n’est donc pas le seul responsable de l’évolution des paysages. En Italie comme en France, les paysages évoluaient vers une fermeture bien avant le retour du loup…

Après environ quatre-vingts années d'absence, le retour du loup dans le Piémont a obligé les éleveurs à changer radicalement leur façon de conduire les animaux en alpage, en leur imposant de surveiller et de défendre constamment le troupeau, abandonnant la technique traditionnelle du pâturage libre. La nécessité d'une présence constante du berger en alpage a contribué à rendre par la suite cette activité anti-économique. “ L'arrivée du loup est donc bien la goutte d’eau qui fait déborder une vase plein : le manque de rentabilité du pastoralisme le rend dramatiquement sensible à la moindre hausse des coûts de production, et ce, y compris dans les zones sans présence de prédateurs.

Les auteurs reconnaissent que « la présence de grands carnivores sur un territoire déterminé est synonyme d’un équilibre écologique élevé et que leur retour indique aussi la réaffirmation de conditions environnementales favorables ». Ils rappelent que « différentes mesures ont été adoptées pour réduire le nombre d'attaques » : clôtures électriques, parcs, chiens de protection, et parfois systèmes d'éclairage nocturne. Ils estiment que « ces systèmes ne s’avèrent pas appropriés... pour la conservation des ressources pastorales d'altitude » à cause du « transfert de fertilité des zones pâturables de prélèvement aux zones de repos, où on enregistre des taux élevés de concentration d'azote », reconnaissant implicitement qu'ils sont par ailleurs efficaces pour la protection des troupeaux.

Ils proposent des solutions pour conserver l’écosystème pastoral dans les zones touchées par la présence de prédateurs et fournissent des indications techniques et des supports économiques capables de corriger les modifications environnementales non souhaitées dues à l’utilisation de techniques anti-prédations.

Certains alpages piémontais où les troupeaux ont subi de fortes pressions de prédation ont été abandonnés, mais c'est surtout le sort des secteurs marginaux, plus inaccessibles, difficiles à rejoindre et à contrôler.

La tendance évolutive avancée à la suite de la diffusion du loup favorise la cessation d’activité de certains éleveurs, surtout à cause de l’augmentation des frais de gestion”, mais n’en est donc pas la cause unique. 

Le rôle joué par les ovins dans la répartition de la fertilisation sur les pâturages de haute altitude est fondamental pour la conservation des ressources pastorales (NDLB: la nourriture des troupeaux) et culturelles alpines (NDLB: les paysages ouverts, car il s'agit bien d'un problème culturel) et le type de pâturage le plus adapté serait le pâturage intégral, mais les problématiques liées à la présence du loup et à la probabilité d’attaques rendent ces techniques de moins en moins praticables dans un milieu qui est en train de devenir hostile.

"Pour réduire l'impact ponctuel des ovins, les sites de repos protégés par des clôtures électriques devraient être multipliés et correctement placés, tout comme les points d’eau et de sel, étant entendu que dans certaines zones très rocheuses et à forte inclinaison il devient compliqué de trouver un nombre suffisant de zones adaptées pour le faire. Il faudrait en plus réaliser des abris en altitude pour que les bergers passent les nuits à proximité des parcs. Les correctifs qui peuvent être réalisés permettraient ainsi l’utilisation d’une grande partie de la ressource pastorale en alpage et la redistribution de la fertilisation, rapprochant le système de la situation d’équilibre qui le caractérisait quand le pâturage libre de petits troupeaux était encore faisable.

Source: "Variation de la végétation pastorale dans le piémont consécutive au changement de gestion du troupeau du à la prédation du loup". par Battaglini L.M.(1), Martinasso B.(3), Corti M.(2), Verona M.(3), Renna M.(1)

(1) Département Sciences Agronomiques, Forestières et Alimentaires -Université de Turin
(2) Département Sciences Aliments, Nutrition et Environnement -Université de Milan
(3) Docteur en Foresterie et Environnement -Profession libérale

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