Néologismes et symbolique

par Frédéric Vigne

Frédéric Vigne photographe

Le 14 Juillet arrive à grands pas. Et la force des symboles, par-delà l'arc en ciel temporel, est telle que l'on en oublierait presque que la Bastille ne renfermait plus guère qu'une poignée de gardiens et encore moins de prisonniers le 14 juillet 1789. Nul ne l'a prise, elle s'est donnée.

Mais la période qui est la nôtre est elle aussi riche en faits générateurs de symboles, et nul doute qu'il se trouvera des prosateurs pour emboucher les trompettes de l'héroisme ou de la tragédie grecque pour parler de ce que le monde agro-pastoral et le lobby cynégétique vivent aujourd'hui.

Deja, dans sa quête constante d'un retour aux sources dont lui-seul connait l'emplacement, le CPNT fait du neuf avec du vieux, s'habillant des oripeaux de l'érudition version "Questions pour un Champion", convoquant le Grec pour forger dans le fond de sa cour un mot nouveau: l'orchidoclastie.

Que cela sonne bien, claquant comme un étendard dans le Vent d'Autan! Pour un peu, Frédéric Nihous -je n'ai en commun avec lui que le prénom, Dieu merci il y a aussi des Fréderic dont je suis davantage fier- finirait par passer pour le fils putatif de Gide, de Sartre ou de Bernanos!

Le fond du message a t'il pour autant évolué, gagné en consistence, en désir de trouver un compromis, apporté le moindre élément nouveau au débat?

Nullement. Tel un vieux disque rayé qui aurait enregistré les braillements d'un corniaud oublié au fond de son chenil, il ressasse, il déverse des torrents d'une hargne d'ou aucune néosophie n'émerge -je suis en verve pour moi aussi inventer des mots, aujourd'hui. N'en oublions pas l'insulte suprême, lancée à tous les écologistes (dont je ne suis pas) et les défenseurs de la Nature (dont je suis): tous des ayatollahs! Quelle charge symbolique! Qui parmi ces érudits de bistrot sait exactement ce qu'est un ayatollah dans le monde chiite? Pas grand-monde. Mais ca fait peur au troupeau bèlant, ça soude la piétaille. Enfin, ils le croient.

L'Evangile selon Saint Flingue, pour faire court, tant argumenter sur ce qui a été rabaché un million de fois m'apparait inutile et lassant.

D'un autre côté, nous avons une ministre de l'Environnement qui oublie aussi vite qu'elle le peut qu'elle inventa un autre néologisme qui fit sa gloire: la bravitude ! Le moins que l'on puisse dire est qu'aux commandes de sa fonction, elle ne la pratique guère! Pourtant, là aussi, en entendant ce mot, je n'ai pu m'empêcher de songer à la peinture de Delacroix, "la Liberté guidant le Peuple", ou bien à Marie-Sara s'élancant à cheval dans l'arêne! Olé!

Que nenni. Il y a bien longtemps que tout cela a fait pschitt, comme aurait dit le Président Chirac. L'évidence du vide nous parvient avec l'effet décalé du temps, comme le son ou la lumière mettent un certain temps à être percus. C'est de la physique élémentaire.

En outre, pour rester à la fois dans la symbolique islamiste et dans le néologisme -néologisme dont je suis en partie l'heureux papa- le Moutonistan est de nouveau en ordre de bataille, avec d'autant plus d'allant -c'est dans la nature du mouton- que la bravitude fait défaut au berger en chef.

AutogestionLes épais du bérêt d'Ariège bêlent au pied des estives, ajoutant, par un raccourci biologique autant que par une erreur de vocabulaire, le vautour à la liste des prédateurs. D'ici à ce qu'un jour le desman et le lagopède en fassent aussi partie! La Nomenklatura locale, qui ne veut pas entendre parler de réforme départementale, est trop heureuse de se saisir de l'affaire et de la soutenir -au mieux- ou de l'attiser -sans doute.

Dans le sud des Alpes, ou l'iconographie traditionnelle nous montre les bergers arborant le feutre à large bords remontant la Durance et quelques autres rivières secondaires, on n'y va pas davantage en finesse, même si le loup demeure l'acteur central.

Pauvres bergers, "malgré-nous" d'une guerre où ils sont une variable d'ajustement sacrifiable pour les deux camps qui s'affrontent, ils essaient de naviguer à vue et je ne leur en veux pas pour ça. On a tous besoin d'un job, et les donneurs de lecons, en l'espèce, ne vont pas jusqu'à mettre le leur en jeu pour soutenir leurs théories de clavier. On ne peut donc pas le demander aux bergers.

Je sais qu'ici je suis un des seuls à les défendre, c'est d'ailleurs pour ca que je contuinuerai, aussi longtemps qu'on ne me coupe pas le micro.

Leur place actuellement, je n'en voudrais pas. Les maximalistes chez nous veulent tout simplement les éradiquer du paysage. Ils oublient au passage qu'en faisant ça ils abreuvent abondamment et mécaniquement le moulin de ceux d'en face.

L'élevage ovin est un bienfait en soi ? Je n'ai jamais dit ça. Je dis que s'il est bien géré -lui, pas la faune sauvage- il n'est pas non plus le mal absolu.

Seulement, et c'est un peu l'idée de mon propos, il est temps de sortir de la symbolique apeurée, revancharde ou par trop systématique.

Tous les efforts de conservation de par le monde n'ont fonctionné qu'avec l'aide des acteurs de terrain, des populations locales -Bochiomans, Masaï, Peuls, Quechuas, Mongols et j'en passe- eux-même aidés en amont. L'élevage ovin français sous sa forme actuelle est un gouffre, une abérration et un désastre. Sous sa forme actuelle, oui, et il faut en finir.

Oui, mais sous une autre forme, s'il n'est plus ce hold-up dans les poches du contribuable en contrepartie de rien, s'il s'inscrit dans une démarche globale, j'allais dire holistique, il reste concevable.

Cela suppose cependant une sérieuse dose de bravitude, d'arrêter de se conduire en ayatollahs, de faire fermer leur gueule béante aux orchidoclastes des deux bords.

Je profite de l'occasion pour nous inviter, nous qui nous prétendons avocats d'une cause, à ne pas nous conduire en fossoyeurs de cette même cause. Les querelles de personnes et les agressions verbales dont les forums et les réseaux sociaux me font l'effet d'une fosse à purin dans laquelle nous adversaires seuls devraient se vautrer.

L'insulte et la violence, à long terme, sont des armes de perdants et de gens qui ont peur -ou qui n'ont rien d'autre à dire, auquel cas il vaut mieux qu'ils se taisent.

De même, argumenter un million de fois autour d'arguments techniques, de courbes prévisionnelles, du régime alimentaire de tel ou tel animal, de mesures de protections, et je ne sais quoi d'autre est tout aussi inutile. Verser de nouvelles pieces au dossier? Pourquoi faire, il déborde déjà !

Nous nous disons avocats? Soyons-le! Un avocat est un prêcheur, et si nous sommes surs d'avoir raison, eh bien il est temps d'avoir une rhétorique qui le prouve! Rhétorique, encore un mot grec! N'est-ce pas magnifique? Parler haut, fort, avec un vocabulaire clair, simple, radical mais pas extrémiste, véhément mais pas violent! C'est une architecture subtile, qui ne s'improvise pas. Ca n'est pas un job pour des amateurs, il nous faut des pros! On est en 2014, même en Ariege -je sais, c'est dur à croire, même au Col d'Allos!

Pourquoi tirer sur nos alliés -les associations- au lieu de croiser le fer avec l'adversaire? Si on leur envoie un Cyrano avec le zele de Saint-Dominique, les types d'en face ne vont pas s'en remettre!

Ils ont déjà peur, leur hargne le prouve. La hargne de certains des nôtres est stupide, inutile, quasiment de la trahison. Par Saint Savin, qu'ils la ferment, putain!

Ceux d'en face sont forts parce que l'Etat est faible. Si ce rempart est ébreché -et il le sera- ils vont se disperser comme un vol de tourterelles ou un troupeau de moutons!

Aux Armes, Citoyens!

Ainsi peut-être l'actuel Moutonistan deviendra ce qu'il devrait être: de l'élevage ovin dans des espaces préservés et régénérés. Notre Nature en a bien besoin et on lui doit bien ca.

Et ça, mes bons camarades, ça va être une autre affaire que de prendre la Bastille!

Joyeuse Fete Nat'!

Frédéric Vigne
Free-lance photographer

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