Laurent Garde et les "ravages" des loups

"Quatre cents loups font des ravages dans nos campagnes". c’est le titre d’un article (1), signé Eric de La Chesnais paru dans le figaro.

« On note une très forte recrudescence cette année de la population de loups en France », révèle Laurent Garde, directeur adjoint du Cerpam (Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée).  L’ONCFS a t-il publié de nouveaux rapports alarmants ? Non. Quelle étude montre une « très forte recrudescence » qui serait supérieure à celles des années précédentes ? D’où Laurent Garde tire-t-il ces nouvelles informations ? De nulle-part, c’est du vent, destiné à effrayer le français moyen. Le lien en bas de page « Les loups bientôt aux portes de Paris » est à ce titre révélateur.
 
Oui, le loup « a fait son apparition dans cinq nouveaux départements cette année et est désormais présent dans 22 départements de l'Hexagone. » Et alors ? Il va encore étendre son territoire actuel et retrouver son territoire ancien..., toute la France ? Non, toute l’Europe ! Il est de retour en Allemagne et au Danemark, via la Pologne. Il sera bientôt aux Pays-Bas et en Belgique, via l’Allemagne. Les loups de l’Est sont plus grands et plus lourds que les loups italiens, et ces loups là arriveront aussi en France, par le Nord et l’Est. Et Laurent Garde ne pourra rien y changer ! Il essaie et essayera encore d’effrayer les français.

BBC LG Bxl
Laurent Garde (de dos) et
Bruno Besche-Commenge à Bruxelles. Photo: B de Menten

Laurent Garde et Bruno Besche-Commenge ont essayé de transmettre leur haine du loup à Bruxelles, lors des réunions dont je vous ai déjà parlé. Sans succès, les représentants français so sont fait remarquer par leurs exagérations et par leurs envois de mails innondant les boites des membres de la commission. Résultats ? Ils ne se sont plus présentés aux réunions suivantes, car on allait y négocier, y parler de cohabitation, de bonnes pratiques, de moyens de protection. Tous des sujets inaudibles pour les représentants du pastoralisme extrême français qui se sont dépéchés de boycotter et de déniger les réunions organisées par la Commission Européenne à Bruxelles.

Le nombre nombre officiel (source ONCFS) est de 301 loups ». Laurent Garde ajoute juste le mot « adultes » pour en augmenter le nombre.  Une meute en Allemagne a eu 13 petits cette année, ; ça m’étonne qu’il n’utilise pas cette information !  « On estime ses effectifs à 300 adultes à la fin de l'été, soit 20 % de plus que l'an dernier, sans compter une centaine de louveteaux de l'année», poursuit Laurent Garde, « le spécialiste », selon le Figaro. Selon son raisonnement : 300 loups x 1,20 d'augmentation annuelle + 100 louveteaux de l'année = 460. Mais comment expliquer le +20% si ce n'est par de la reproduction (donc les louveteaux qu'il compte deux fois), par des lâchers par hélicoptère sans doute ?),  c'est sans nul doute un expert.

« La première raison qui explique cette croissance exponentielle est la surprotection du prédateur. La convention de Berne et la directive européenne Habitats interdisent aux éleveurs de tirer sur les loups pour défendre leurs troupeaux. » Les éleveurs français feraillent depuis des mois pour butter le loup hors de la Convention de Berne et de la Directive Habitats. Sans résultats.

Le 27 novembre 2012, le comité permanent de la Convention de Berne a débouté une nouvelle fois la demande suisse, ne souhaitant pas que le loup soit moins protégé au niveau européen. Pour le Comité permanent de la Convention de Berne : "l'article 9 de la Convention suffit pour aborder les problèmes liés au loup en Suisse et dans les autres pays d'Europe. La Convention a de plus élargi les interprétations possibles de l’article 9 en 2011. Celui-ci prévoit des dérogations à la protection stricte des espèces qui figurent à l’annexe II, notamment pour prévenir des dommages jugés importants si la population de loups est en bonne état".

Jean Vulliet, un éleveur de chèvres en Haute-Savoie dans le massif des Glières se plaint parce que l’Etat « n'a été prélevé que 11 loups jusqu'à maintenant dans toute la France. Comment voulez-vous qu'on puisse réguler la population dans ces conditions ». Pour lui « Certains experts estiment ainsi à plus de 700 le nombre de loups en France en 2020 ».

Certains experts ? Lesquels ? Les experts de la fédération des Acteurs Ruraux ? Lynda Brook ? Sur quelles bases ? Dans quelle étude scientifique ? Voilà juste des affirmations lancées en l’air comme des écrans de fumées, des leurres, des propos de comptoir...

Et Laurent Garde de nous effrayer : « Le loup attaque désormais autant le jour que la nuit, aussi bien dans les alpages qu'en plaine, y compris en présence des hommes et des chiens. Le loup s'adapte à tous les écosystèmes, seul l'océan peut l'arrêter. Les derniers loups tués en France au siècle dernier l'ont été en Charente et dans le Limousin. »

« Seul l’océan l’arrêtera ». Alors pourquoi se plaindre du fait que le loup a fait son apparition dans cinq nouveaux départements cette année. Les éleveurs vont devoir s’adapter et protéger leurs troupeaux, dans toute l’Europe ! Seuls les français vont-ils refuser de le faire ?

En Allemagne, les dégâts du loup ne sont remboursés que pendant un an. Après, aux éleveurs de s’assurer et de protéger leurs troupeaux pour que l’assureur limite sa prime. En France, le système actuel de dédommagement est vicieux :

  • Les dégâts des chiens errants n’étant pas remboursés, les éleveurs chargent donc le loup, mêm s'il n'y est pour rien,
  • les dédommagements ne sont pas liés à l’usage de moyens de protection. Pourquoi se compliquer la vie pour se protéger?,
  • en France, selon Ségolène Royal, 93% des dégâts sont accordés au bénéfice du doute. Alors pourquoi s’assurer s’il suffit de gueuler dans la presse ? 
  • sur les 12 millions d'euros que coute le loup à l’Etat, 10 millions d'euros financés par le budget agricole servent à aider les éleveurs à investir dans la protection des troupeaux par le biais de clôtures et d'heures de surveillance humaine avec la présence de bergers. Pourquoi le faire convenablement ? Il suffira de demander plus,
  • des troupeaux sans protection sont laissés à la disposition des prédateurs, parfois de vieilles brebis tarries, c’est là le seul moyen de les « rentabiliser » et d'en tirer encore quelque-chose....
  • Avec ces aides, le pastoralisme s’en sort « moins mal » dans les départements où les prédateurs sont présents. Ailleurs, la crise ovine n’a pas attendu leur retour...

Le trésor des vautours est à portée de main

L'effarouchement des vautours est une mauvaise réponse à une bonne question. La législation actuelle interdit l’abattage en abattoir de bovins accidentés depuis plus de 48 heures, ainsi que de tout animal malade ou sur le point de crever.

Transmettre la responsabilité d'un manque de soin et de surveillance aux vautours est un habile moyen de rentrer dans ses billes. Au lieu de l’équarrissage (puant, payant) d'une bête accidentée ou d'une bête qui a problème de mise bas, dénoncer une attaque de vautour est le meilleur moyen d'arriver à de prochaines indemnisations : le pactole pour les éleveurs pyrénéens, toujours à la recherche de nouveaux financements pour leurs activités structurellement déficitaires.

Au lieu de surveiller, de rentrer la bête en difficulté, de s'en occuper, sans garantie de succès, on laisse faire les vautours, on filme "comme preuve", puis on crie à l'évolution spontanée, au charognard devenu prédateur, et on demande à son élu local, à son syndicat de réclamer et "régulation" et "dédommagement".

Se plaindre des vautours pour arriver à un rachat par l'Etat, au tarif plein, des animaux non récupérables est la stratégie des pastoraux et l'Etat s'apprête à tomber dans le panneau car les éleveurs votent ou cassent quand ils ne sont pas "ennnntennnndus..." comme on dit là-bas...

La crise ovine n’a pas attendu le retour des prédateurs

« Désemparés », les élus et les éleveurs des territoires concernés « exigent » un déclassement du loup de la convention de Berne de façon à faciliter la « régulation du prédateur », avant « l’éradication du fauve sanguinaire », ça va venir, il suffit d’attendre un peu.

Laurent garde prend comme exemple l'Espagne qui permet aux éleveurs de se défendre en tuant des loups : plus de 200 par an.

  • Il y a plus de 2000 loups en Espagne, ils en tirent donc 10% par an.
  • Il y en a 300 en France et l’Etat a fixé le « plafond » à 36, soit une proportion (12%) plus grande qu’en Espagne.

Mauvais exemple, la France est plus sévère avec le loup.

Laurent Garde n’est pas un expert indépendant. Il organise la stratégie des anti-ours dans les Pyrénées. En tant que directeur adjoint du Cerpam, il travaille pour les pastoraux, et prétend lors du colloque de Valdeblore, qu’il a organisé que les moyens de protections ne servent à rien. Que les éleveurs l’écoutent et suppriment tous les moyens de protection, puis qu'ils fassent leur rapports sur les changements constatés…

Ce retour des prédateurs est une opportunité pour sauver le pastoralisme

  1. Qu’on supprime le système de dédommagent actuel,
  2. Qu’on supprime l’attibution des dégâts au loup au bénéfice du doute,
  3. Que toutes les aides soient liées à une protection effective et contrôlée, financancée en partie par l'Etat en échange du "vivre ensemble" (faune domestique, faune sauvage)
  4. Que l'Etat organise la création d'une assurance prédation nationale (ours, loups, lynx, chiens errants, vautours (après constat vétérinaire indépendant.)
  5. Que tous les éleveurs s'assurent individuellement (mutualisation des risques), comme vous et moi qui avons des risques à gérer en bon père de famille :assurance habitation, incendie, assurance exploitation, assurance responsabilité civile etc…). Que tous les éleveurs, professionnels ou amateurs assurent leur troupeaux. Ils apaieront des primes en rapport avec le risque encouru. Bien protégé = petite prime, peu de dégâts. Mal protégé = grosse prime (ou refus de l’assureur) et gros dégâts.

Alors

  • Le loup sera présent dans toute la France,
  • les moutons seront bien gardés,
  • la polémique "chien-errant" aura vécu,
  • la polémique "vautours" aura vécu,
  • la protection sera professionnalisée,
  • les risques seront couverts.


Monsieur Garde, il faut arrêter de prendre les français pour des vaches à lait. Gardez vos moutons.

(1) http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/08/26/01008-20140826ARTFIG00331-quatre-cents-loups-font-des-ravages-dans-nos-campagnes.php

Commentaires