Boulc et Glandage: l'appât du gain

Prélever un loup ne changera pas le problème de fond.” - Appât du gain : recherche de l’argent, cupidité ; signifie que l’on agit que par intérêt pour l’argent

Vous vous souvenez de cette déclaration d’un éleveur de Glandage qui s’était venté dans Libération : “J’ai tué les loups qui nous posaient problème, au moins une bonne partie de la meute qui sévissait(J'espère, c'est la note précédente)

La Buvette revient sur l’Association des éleveurs et éleveuses de Boulc et Glandage, dont l’un des membres revendique le braconnage d’une meute entière !

Le beurre, l'argent du beurre, et la crémière-1
Le beurre, l'argent du beurre, et la crémière

Sur un blog citoyen du diois, en janvier 20111 , les membres de L'association des éleveuses et des éleveurs de Boulc et Glandage2 dont le siège officiel est à la mairie de Glandage déplorent et se déclarent “profondément touchés de ne pas avoir été conviés officiellement (NDLB : au Comité Départemental « LOUP » du 9 décembre 2010) en tant que association à participer au bilan de l'année 2010 au même titre que d'autres associations d'éleveurs.”

Ils (les éleveurs) publient, et c’est intéressant, deux tableaux Telepac qui reprennent les aides Feaga et Feader que touchent tous les éleveurs des deux communes, tableaux qu’il n’est plus possible de consulter en ligne ; on comprend facilement le pourquoi : les éleveurs ont fait pression pour que leurs subsides européens disparaissent et qu’il ne soit plus possible de voir ce que touchent les plus bruyants et les moins protégés d’entre-eux (souvent, ce sont les mêmes).

Bruxelles, ma belle

Liste des éleveurs de Boulc

Liste des eleveurs de boulc

Liste des éleveurs de Glandage

Liste des eleveurs de glandage
Au total, les deux communes représentent quand même 226 habitants et 109 km2. En aides pastorales, il y en a quand même pour près de 400.000 €, pour 20 éleveurs ou groupements, pour une seule année (sans doute l’année 2009), soit 20.000 € en moyenne par éleveur et par an. Une paille.

Jusqu’à preuve du contraire, on peut estimer que ces “contributions européennes “ de 2009 ont perdurés en 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014. Ce n’est pas si mal quand en même temps on arrive à nettoyer la montagne de toutes les bestes sauvages zé nuisibles!

Surtout que les montants de ces subventions ont probablement augmenté car le bilan de santé de la PAC, entré en vigueur en 2010, est passé par là. Il faut rajouter environ 25 à 35 € de subventions par brebis et par/an, suivant les situations. Mais c'est déjà obsolète: dès 2015, la nouvelle PAC sera fondée  sur un autre mode de calcul. Difficile de dire à l'avance de combien sera la hausse exactement, mais il y aura une hausse.

La chambre d'agriculture de Lozère s'était livrée à une estimation sur la période 2013-2019 sur un cas type il y a quelques mois :

  • Zone de montagne
  • 1,7 unité de main d'œuvre
  • 16 vaches allaitantes
  • 340 brebis primées.
  • Montant des subventions en 2013 : 32.496 €/an
  • Montant des subventions en 2019 (sur la base des négociations actuelles) : 48.649 €/an

Soit une évolution de + 16. 153 €/an, un peu moins en tenant compte de l'inflation. Elle est pas belle la vie? Quelle profession peut en dire autant en cette période de vaches maigres, de restrictions et d'austérité ?

Il est utile de rappeler que ces montants prévisionnels sont ceux des aides publiques, et non pas du revenu disponible, qui sera nettement plus faible, crise structurelle du pastoralisme oblige. On comble un puit ! Pour être plus précis il faudra attendre un peu plus...

Plus, plus

Ce qui ne les empêche pas de continuer à réclamer plus, toujours plus…

Pour eux, “la présence du loup impose des surcharges aux exploitations, l'État protège l'espèce et doit donc en assumer l'entière responsabilité”. Ils en profitent pour présenter toute une série de revendications et exigent d’avoir deux représentants pour participer aux prochaines réunions du Comité Départemental « LOUP » de la Drôme.

Que demandent-ils ?

  • Le surcoût du fourrage consommé lié à la demande de la sous préfecture de rentrer nos troupeaux pour les mettre à l'abri. Au total, sur Boulc et Glandage, 91,7 tonnes de foin consommées (13.755 €) et 52,3 tonnes de paille (3661 €).
  • Les frais vétérinaires liés aux attaques (368,20 €)
  • Le permis de chasse « accéléré » : qu'il soit effectif dans les plus brefs délais et qu'il soit pris en charge annuellement par l’État.
  • Que des carabines soient mises à disposition par l'État, pendant la période de pastoralisme, aux éleveurs et bergers titulaires du permis qui le souhaitent.
  • L'enlèvement des carcasses éparpillées sur les lieux des prochaines attaques
  • Que les communes de Boulc et Glandage soient classées comme un cercle d'urgence qui dépasse les prérogatives du cercle 1 actuel avec des mesures d'urgence.
  • Que l'État prenne en charge 100 % des coûts qu'engendrent les mesures de protection (323 C) pour les éleveurs de Boulc et Glandage en 2011.
  • Que les mesures de protection ne soient pas en fonction du nombre de bêtes mais en fonction de la prédation.
  • Que l'État prenne en charge la responsabilité des accidents qu'occasionnent les chiens de protection.

Ils ont déterminé leurs besoins individuels sur leurs exploitations pour répondre à la prédation. Ils demandent le financement à 100 % pour Boulc et Glandage de :

  • 20 chiens de protection et leur entretien,
  • 70 km de clôtures fixes contre la prédation, posées par entreprise,
  • 29 parcs de nuit en dur,
  • le débroussaillement mécanique, par entreprise, de 203 ha,
  • l'embauche d'un berger sur chaque exploitation

Et c’est un comble, alors que l’un d’entre-eux revendique le braconnage d’une meute, ils déclarent dans ce document : “Prélever un loup ne changera pas le problème de fond.” Schizophrénie pastorale?

Avec le recul du temps, (la note date de janvier 2011) on voit que l’Etat à cédé sur toute la ligne à leurs revendications : “Pour cela l'État doit donner le droit de tir aux bergers et aux éleveurs sur la zone pastorale, les chasseurs doivent avoir le droit de tir pendant la période de pâturage sur la zone pastorale.”

Les subsides européens que touchent les éleveurs ne sont plus consutables en ligne, trop “touchy” ! Vous pensez bien, si tous les escrolos qui ont perdu leur libre arbitre ou si les gourous de la bobo écologie profonde y mettaient leur nez ! Si pour les éleveurs, il n’est pas question que les aides au pastoralisme soient transparentes, ils ne se gênent pas pour demander à l’Etat de leur communiquer :

  • d'une part, les moyens et les coûts détaillés des dispositifs de prélèvement de l'ONCFS et de la Louveterie en Drôme, et d'autre part, sur le secteur précis de Boulc et Glandage,
  • les indemnisations détaillées, communes par commune, en Drôme,
  • le bilan croisé (Drôme, Isère, Hautes Alpes) des attaques en précisant les tués, les blessés, les disparus et les abattus, par espèce,
  • la liste des éleveurs indemnisés en Drôme en 2010,
  • l'ensemble des documents et études techniques relatives à la présence du loup en Drôme

On comprend maintenant pourquoi le porte parole de l’Association des éleveurs et éleveuses de Boulc & Glandage n’a plus de troupeau. Le travail administratif, l’analyse de toutes ces données, les nombreuses interviews dans la presse et son nouveau job syndical (il était présent à Bruxelles à la dernière réunion de la commission sur les grands prédateurs comme représentant de la Confédération paysanne) doivent l’occuper à temps plein. Peut-être pourraient-ils également demander le paiement du salaire d’une aide administratif et d’un chargé de communication ? L’Etat serait bien capable de le leur accorder…

On est bien loin du folklore romantique et bon enfant de la fête de la transhumance à Die, dans la Drôme, où les touristes enthousiasmés s'esbaudissent devant les mille brebis et chèvres si spectaculaires avec leurs cornes enroulées, qui maculent les boutiques de vêtements ou de produits provençaux de petites crottes rondes et parfumées, lors de la célèbre traversée de la ville par le troupeau, tout juste descendu des camions.

  1. http://mediascitoyens-diois.blogspot.be/2011/01/contribution-des-eleveurs-de-boulc-et.html
  2. C'est signé : Philippe FAURE, Jean Jaques DE TORRES, Thomas VERNAY, Véronique CHEVA, André BESSON, Denis RONY, Noël RIOSSET, Guilhem LAMONTELLERIE, Jean Pierre LAMONTELLERIE, Michel CHAIX, Éric TESTA, Patrick CAILLE, Gérald LAMBERTI, Lucie Anne MATHEVON, Guy MIEL, et Martial BOUTEILLE. Notre braconnier devrait être dedans...

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Note modifiée et complétée le 25 septembre. Merci au lecteur attentif.

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