Des bouquetins ou du reblochon

Il va falloir choisir : des bouquetins ou du reblochon. Du bouquetin ! Pour la tartiflette, le brie, ça marche aussi, c'est bon, c'est moins cher et ça ne tue pas les bouquetins !

Les défenseurs des bouquetins là haut dans la montagne

Ce lundi 22 septembre au matin, au col de la Colombière, une dizaine de militants opposés à l'abattage massif du bouquetin ont perturbés une quinzaine d'agents de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage missionnés pour tuer de nouveaux bouquetins.  L’opération a été stoppée. Le Conseil National de la Protection de la Nature, organe consultatif, doit rendre ses conclusions sous peu, et devra dire si l'abattage à grande échelle est nécessaire.

Or, les bouquetins abattus n'ont pas fait l'objet d'analyses poussées. On ne sait pas s’ils étaient porteurs de la brucellose. L'abattage pourrait avoir produit l'inverse du but recherché. Ce sont principalement les mâles qui ont été abattus, car les éléments de plus de 5 ans sont plus facilement "repérables" que les femelles aux cornes moins développées. Conséquence, les femelles porteuses ont pu continuer à essaimer les coccobacilles, bactéries à l'origine de la brucellose. Faute de mâles dans le Bargy, d'autres sont peut-être venus d'ailleurs, au moment du rut, et sont repartis porteurs à leur tour.

Les associations saisissent l’ANSES

La LPO, FNE et l’ASPAS ont annoncé leur décision de saisir l’Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Elles demandent qu’une “évaluation soit engagée sur les conséquences de la gestion actuelle du problème de la brucellose, gestion qui conduirait à aggraver la situation plutôt que d’en limiter la portée”. Elles assurent “avoir la preuve d’une recolonisation du Bargy par des bouquetins venus d’autres massifs et même celle de l’aller-retour d’un bouquetin entre Aravis et Bargy. Les mesures de gestion mises en œuvre en 2013 ont conduit à aggraver la situation chez les individus de moins de 5 ans”. On serait donc loin « d’assainir » le massif.

Le caca nerveux de la FDSEA

La FDSEA des Savoie est en pleine forme. Faut dire que pour mettre le feu, à la FNSEA, ils sont bons, peut-être ont-ils été berçés un peu trop près du mur... :

Ainsi ce communiqué incendiaire...

Martine-cacaC’est avec stupeur et colère que les éleveurs ont découvert le comportement irrationnel et inadmissible de quelques environnementalistes. Nous dénonçons ces agissements qui non seulement sont une provocation vis-à-vis du monde de l'élevage et de la montagne, mais qui de plus vont participer à renforcer le risque sanitaire.  […]

Déconnectés du terrain, vivant dans un monde de Bisounours, ces écologistes en goguette évoquent des sujets qu’ils ne connaissent pas. On vit dans une société formidable, où ceux qui travaillent 80 heures par semaine se voient entravés par des imposteurs oisifs.

Pour la FDSEA “Il n’y a d’autre alternative que l’abattage de ces animaux vecteurs de la maladie”. Ils saluent “la décision grave, indispensable et courageuse qui a été prise par le préfet” en vue de l’ ”assainissement” du Bargy et de la “préservation des autres massifs” avant un menaçant : “Les montagnards ne se laisseront pas déposséder de leur territoire, qu’on se le dise”.

La FDSEA, ce n'est effectivement pas pour les enfants (Bisounours), c'est l'école de la rue, l'école du crime. Ce sont des adeptes du "Casse-toi pov' con !"

Alors, dans ce dossier des bouquetins qu'on assassinne, la Buvette est aller fouiller dans la thèse de vétérinaire de Justine Dervaux (sur le Parc National des écrins). Je vous en copie 3 extraits de "CHEPTEL DOMESTIQUE ET GRANDE FAUNE SAUVAGE DE MONTAGNE: risques liés à la transnmission d agents pathogènes et proposition de mesures de prévention dans le Parc national des Ecrins”, la thèse de Justine dervaux, vétérinaire depuis lors.

Risque zoonotique lié aux maladies communes aux ongulés sauvages de montagne et aux cheptels domestiques

“Un nombre important de maladies communes aux espèces domestiques et aux ongulés sauvages de montagne représentent un risque pour la santé de l'Homme. La gravité de ces zoonoses dépend de l'affection considérée, mais aussi de la forme clinique contractée par l'individu et de l'individu lui-même. Le danger lié à certaines maladies est souvent sous-estimé du fait de leur évolution lente et insidieuse chez l'Hommne (tuberculose, échinococcose), de l'atteinte ciblée à une partie seulement de la population, ou encore de leur sous-estimation au sein des populations animales (maladies abortives).

Néanmoins, l'incidence globale des zoonoses au sein du parc national des Écrins reste faible. La contribution réelle au risque de transmission de zoonoses, du cycle  épidémiologique pastoral et des échanges domestiques-sauvages apparaît incertaine. Ce risque n'en est cependant pas moindre et le danger reste présent.

Aussi, depuis la fin des années 1980, l'apparition de certains épisodes de maladies d'élevage, dont des zoonoses majeures telles que la brucellose, a menacé les populations d'ongulés sauvages. Ces constats ont conduit à la prise de conscience des risques liés aux cohabitations entre faunes domestique et sauvage, ainsi qu'au caractère fragile du patrimoine naturel”. (p64)

La faune sauvage victime du mauvais état sanitaire des troupeaux en estive

L'une des principales craintes visant les cohabitations entre troupeaux domestiques et ongulés sauvages en estive, tient à la transmission potentielle de maladies réglementées.

A titre d'exemple, en France, depuis le début des années 90, trois foyers de brucellose rupicaprine ont été détectés:

  • le foyer du Lautaret en 1989,
  • celui du Mont-Cenis en 1994 et
  • celui du Beaufortain en 1996.

En tout, six cas cliniques auront été observés dans  le  secteur du Lautaret entre 1991 et 1995,  avec isolement de Brucella melitensis biovar 3 (Garin-Bastuji et al, 1990 ;  Couvreur,  1999). Ce même biovar a été identifié lors du foyer ayant sévit dans le Beaufortain en 1996 et ayant touché 9 chamois.

L’enquète épidémiologique menée mettra en évidence une importante sectorisation des cas cliniques : l'ensemble des cas cliniques du Lautaret ont été découverts sur un unique alpage de 2000 ha et ceux du Beaufortain sur un alpage de 600 ha, évoquant une contamination par une source géographiquement fixe ( Larzul, 2003).

Brucella melitensis biovar 3 étant le biovar le plus souvent isolé lors de foyers domestiques, l’hypothèse retenue comme la plus probable est celle de la faune sauvage victime du mauvais état sanitaire des troupeaux en estive, par contact ou par succession sur le même alpage.

Le supposé fort pouvoir pathogène de B. melitensis pour l'espèce rupicaprine et l'isolement des femelles chamois au moment de leur mise-bas (limitant les risques de contamination massive) pourraient constituer un obstacle à l'instaurarion de foyers de brucellose latente [Gaulhier et Durand, 1996).

Toutefois, si l’on suppose que la sensibilité à l'infection brucellique des autres ongulés sauvages est moindre, la question du Bouquetin des Alpes en tant que source de contamination des cheptels domestiques se pose, notamment dans le parc national du Gran paradiso, suite à l'apparition de plusieurs foyers à Brucella melitensis biovar2 parmi les populations de bouquetins (Ferroglio et al, 1998) (page83)

La conclusion de la thèse de Justine Dervaux

Martine a la fermeLes menaces qui planent sur la faune sauvage sont nombreuses: outre la fragmentation de leur habitat naturel, les perturbations et la pollution, dont l'homme est largement responsable, s'ajoute le risque de transmission d'agents pathogènes via la faune domestique et, potentiellement, toutes ses conséquences en termes de santé publique, d'économie agricole et de conservation des espèces sauvages. Le constat, depuis plusieurs années, de l'apparition de nouvelles maladies des ongulés sauvages de montagne en témoigne. S'il est évident que les moyens d'investigation et les connaissances scientifiques dans ce domaine ont nettement progressé, il semble également de l'avis des experts qu’il y ait bien là une nouvelle réalité épidémiologique.

Le suivi de la pathologie de la faune sauvage est devenu un indicateur indispensable dans la surveillance des maladies contagieuses. La nécessité de la mise en place de mesures de prévention au sein du Parc national des Écrins a été évoquée tout au long de cette étude. L'application de ces mesures contribuerait  à la protection des populations d'ongulés sauvages de montagne, des cheptels domestiques mais aussi à celle des usagers du Parc national. Ces mesures peuvent être extrapolables et applicables aux autres espaces naturels protégés français, en fonction des risques qu'ils comportent.

Parmi ces mesures, la priorité serait à donner à la conduite des troupeaux, c'est-à-dire de favoriser les activités pastorales dirigées par un berger permanent, capable de choisir les lieux de pâturage et s'occupant des soins aux animaux dont il a la charge. Cela implique aussi la construction ou la réhabilitation de cabanes d'alpage et la mise en oeuvre de moyens de gardiennage appropriés (parcs, chiens, ... ). Ces éléments, nécessaires au bon déroulement de la cohabitation des espèces en alpage, sont d'autant plus d'actualité du fait du retour naturel des grands prédateurs tels que le loup dans le  Parc national des Ecrins.

Voilà qui éclaire le massacre des bouquetins du Bargy sous un nouveau jour. Les éleveurs croient sans doute vivre dans le monde de Martine à la ferme...

Lire aussi

Sources

  • http://www.ledauphine.com/environnement/2014/09/23/bouquetins-la-fdsea-se-fache
  • http://france3-regions.francetvinfo.fr/alpes/2014/09/22/les-defenseurs-du-bouquetins-du-bargy-se-dressent-contre-un-abattage-en-haute-savoie-555728.html
  • http://www.ledauphine.com/environnement/2014/09/19/bouquetins-nouvelle-offensive-associative-contre-l-abattage
Commentaires