Jean-Pierre Choisy: Les vautours sont instrumentalisés

Une consultation est actuellement en cours concernant un projet d’arrêté préfectoral qui pourra autoriser des tirs d’effarouchement sur les vautours fauves en Ariège.

Cet arrêté est plus que contestable : les vautours ne sont pas des prédateurs. Ils ont un rôle écologique important. Ils sont des équarrisseurs naturels gratuits pour les éleveurs. L’Etat cède une fois de plus aux anti-nature pour effaroucher une espèce protégée, sans aucune justification scientifique, montrant sa totale ignorance pour la biologie de l’espèce.

 

Vautour fauve Gyps fulvus dépeçant une brebis.
Vautour fauve Gyps fulvus dépeçant une brebis. Hauts Plateaux du Vercors. <br>Source : Claudine Bignand †, Parc Naturel Régional du Vercors.

La Buvette a demandé l’avis de Jean-Pierre Choisy, Chargé de mission au PNR Vercors de 1993 à 2011, notamment sur les vautours.

Jean-Pierre Choisy

L'intervention de vautours fauves sur bétail encore vivant mais toujours handicapé par son état physique ou/et privé de sa liberté de mouvement, toujours très rares, n'a rien de nouveau et ne présente aucune difficulté de compréhension pour qui a quelques notions du seul cadre intellectuel pertinent : eco-éthologie et biologie de l'évolution. Je ne peux m'étendre davantage ici et vous renvoie à mon article : Choisy J.-P. (2013). Vautour fauve Gyps fulvus et bétail  : éco-éthologie alimentaire, évolution, controverse. Nos Oiseaux, N° 514 pp 193-204. (NDLB: article que vous pouvez lire à la Buvette des Apages)

J'ai traité du choix d'objectifs rationnels et plus simplement intelligents, ainsi que des stratégies pertinentes, tenant compte de l'ensemble des connaissances actuelles : constats par garderie, expertises vétérinaires, analyses histologiques, coûts et bénéfices de la présence des vautours, étude de sociologie, ainsi que les causes des dérives politico-médiatiques actuelles dans : Choisy J.-P. (2014). Le Vautour fauve Gyps fulvus et les dommages au bétail : analyse, objectifs, stratégie. Le Courrier de l'Environnement, n° 64, pp 105-118, INRA.

Les politiques concernées par les vautours, elles, ont fait l'objet de : Choisy J.-P. (déc. 2011) Les vautours à la croisée des politiques de biodiversité, du tourisme, de l’environnement et de l’agriculture. Le Courrier de l'Environnement, n° 61, pp 69-83, INRA.

J'insiste sur le fait que les deux derniers article ont été publiés dans une revue non pas de militants de la protection de la nature mais de l'Institut National de la Recherche Agronomique.

Nous sommes pas dans le cas des grands Carnivores, c'est à dire du coût que consent à payer  la société pour la conservation de cette composante de la biodiversité.

Le bilan de la présence des vautours est extrêmement bénéficiaire pour la société : économie des d'équarrissage, diminution des émissions de gaz à effet de serre et autre polluants, prophylaxie, retombée économiques pour le tourisme. Pour les éleveurs eux-mêmes, le bilan est globalement très bénéficiaire : services rendus, possibilité d'exonération de 60% de la CVO, prophylaxie.

Loin d'interdire certaines zones aux vautours, l'intérêt général exige au contraire qu'on favorise leur reconquête d'une fraction aussi élevée que possible du territoire national.

Une étude de sociologie citée dans Choisy (2014) a montré que les éleveurs pyrénéens ont une perception dominante largement positive des vautours, déclarant que les rares dommages restent négligeables par rapport à ceux par chiens, foudre, maladies et par rapport aux fluctuations du marche.

Elle montre aussi que les éleveurs ont été réfractaires à la tentative des salariés des organisations professionnels de mener une "croisade" anti-vautours, pour des raisons médiatiques, visant à leur faire jouer un rôle valorisant. La même étude a montré que les divers organismes locaux, publics, professionnels, associatifs, loin d'être les agents potentiels de la solution d'un problème grave constituent eux-même l'essentiel du problème, en instrumentalisant les vautours au service de conflits sans guère de rapport et bien plus anciens.

C'est donc par le haut qu'il convient de sortir de la controverse, par une concertation au niveau non pas local mais national, sous l'égide du Ministère (cf. Choisy 2014).

Les organismes publics et/ou autres qui préconisent les tirs d'effarouchement sont un exemple de ce que "quand le seul outil dont vous disposer est un marteau, vous verrez tout problème comme un clou"...

La situation exige le choix de grands objectifs dans le cadre des politiques concernées, poursuivi par des stratégies rationnelles sur la base de l'ensemble des connaissances disponibles. Les organismes soutenant les tirs d'effarouchements ne proposent que des bricolages tactiques. Cette stratégie est d'origine militaire, le parallèle s'impose. On est devant la somme de l'équivalent des services d'intendances (préfecture) et de commandos parachutiste (ONCFS). Certes, ces deux corps sont indispensables au passage à l'acte. Sans eux la meilleure des stratégies reste une spéculation, voire une rêverie. Mais ni les uns ni les autres de ces agents tactiques ne sont aptes à une réflexion de nature et d'échelle, spatiale et temporelle, réellement stratégiques. Autant vaudrait croire qu'un second foie puisse servir d'estomac ! Ce sont des fonctions complémentaires mais radicalement autres.

Si le Ministère désire une réelle information et analyse, je peux lui faire parvenir ces trois articles. S'il ne s'agit que d'une consultation de pure forme sans aucune volonté de dialogue réel, il est vain que je les paraphrase ici.

Jean-Pierre Choisy a été chargé de mission au PNR Vercors de 1993 à 2011, notamment sur les vautours. Vulture Specialist Group of the IUCN Species Survival Commission.

La Buvette, afin de vous aider à argumenter votre réponse à cette consultation a demandé l’avis de Martine Razin de la coordination Casseur d'os Programme Pyrénées Vivantes de la LPO et de Jean-Pierre Choisy, Chargé de mission au PNR Vercors de 1993 à 2011, notamment sur les vautours.

Vous avez jusqu’au 9 septembre 2014 pour vous exprimer

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