Les vautours représentent une nouvelle opportunité financière pour les acteurs ruraux pyrénéens

La fin du robinet de l'argent de l'ours

L’ours n’est plus ce qu’il était, bientôt éteint en Béarn, toute une partie des “valléens” va voir une de ses sources de financement se târir. les cabanes ont été reconstruites avec l’argent de l’ours, un échange sous contrat qui a permis de se débarasser de la contrainte, l'ours, tout en gardant l'argent destiné à faciliter la cohabitation.

L’ours, compté et recompté à de multiples reprises par les soins de l'IPHB, s’est éteint à petit feu pastoraux et Lassalien. On l’a un peu aidé, certes, quelques balles perdues, des heures de discussions interminables sous l’égide patrimoniale de l’IPHB - tiens, qu'en est-il de l’audit?- et nous voilà avec deux mâles aux burnes désêchées par manque de circulation séminale.

Le vautour, c’est l’avenir !

Il y a bien eu le dossier de l’eau pour puiser au plus profond des ressources communales, départementales, régionales, nationales, l’argent que l’ours, cet ingrat a cesser de dilapider sur les estives. Mais l’argent de l’eau n’aura qu’un temps. Le vautour, c’est l’avenir !

Voilà comment des bêtes non surveillées, mal en point, sur le point de crever ou d’être évacuées à grands frais peuvent tel le phénix, renaître de leurs vers et se transformer en compensations sonnantes et trébuchantes. Car quand une bête trébuche, souffre d’un vêlage difficile, le vautour est là, aussi opportuniste que l’ours. Si la bête stagne, couchée par terre, ses heures sont comptées. Immobile ou quasi, pour le vautour, c’est le signal qu’on peut y aller. La bête en difficulté sera source de bombance proche, quitte à hâter un peu sa fin prochaine.

Depuis des lunes, les ruraux pluri-actifs qui ne surveillent leurs bêtes que du coin de l’oeil, surtout du coin, et qui donc laissent leurs bêtes couchées, dans l’impossibilité de se relever, tel des cassandres, annoncent l’évolution rapide et spontanée d’une génération de vautours qui, en absence d’évolution de leurs armes naturelles, auraient conçus des stratégies d’attaques : vols en piqué, rase-mottes en formation sur l’air des Valkyries de Richard Wagner, poussant les grégaires moutons au suicides autant collectifs que vertigineux. Il n’y aurait plus qu’à se servir au pied de la falaise, rougie du sang et des regrets ovins.

Et il n'y a même pas besoin de falaise, puisqu’il suffit d’être mort ou presque mort, pour que le perfide charognard sorte sa malette de Top Chef pour lacérer entrailles et ouvertures naturelles pour y plonger et le cou... et la mort. "Les vautours attaquent, ils ne sont plus des charognards mais sont devenus des prédateurs", à tel point que nos politiciens, naturalistes et scientifiques multi-spécialisés y voient un moyen de parfaire leur popularité locale à peu de frais. Qui va défendre ces sâles volatiles déplumés à l’haleine de mouton crevé ?

Certains “éleveurs” ont même poussé leur instinct journalistique, leur soif d’informer jusqu’à regarder par l’oeil de leur caméra le lent hallali de leurs bêtes préférées, devenues sans valeur, histoire de couler dans le béton les preuves qui manquaient juque là pour montrer aux yeux du monde que Darwin s’est trompé quand il prétendait : “Quand on dit qu’une espèce “s’adapte”, ce ne sont pas les individus qui se transforment.  L’adaptation est la conséquence d’une sélection sur une diversité préexistante d’individus, dont certains étaient ou semblaient moins adaptés dans les circonstances précédentes. La diversité est la matière première, la condition nécessaire de la sélection et in fine de l’adaptation et de l’évolution.”

Bientôt, les vaches et les brebis seront équipées de Go-Pro !

Apocalypse Now

Non, Gyps fulvus tient plus d’Obélix. Suite à un grand coup sur la tête, le voilà qui s’en va -“bon sang, mais c’est bien sûr”- comprenant qu’il suffit de crier “bouh” pour effrayer vaches et brebis puis de plonger serres et bec dans tout orifices dont le travail répêté va occir le bétail sur le champ... ou l’estive.

Cela s’est dit et écrit, en français, en basque et en occitant, et très vite tout le massif a vu surgir des légions armées de planeurs wagnériens. Apocalypse tout de suite pour le bétail des éleveurs occupés à rentrer le foin ou à faire l’état des lieux dans leurs gîtes loués à des citadins amateurs de folklore pastoral et pentu, déposé par un guide de pays de passage.

Et voilà, qu’en plus des vidéos pourries des éleveurs filmant les vautours, sur le dos de leurs bêtes déjà mortes, ou sur celles, couchées, immobiles, mais encore vivantes, une nouvelle “preuve” arrive. Et filmée par un journaliste de france télévision cette fois, par un éleveur en quête de célébrité.

La preuve en vidéo

Video-vautours
"Face aux vautours la vache protège son veau"

Commentaire sur le site de France 3

La scène se passe début août, dans la vallée d’Anisclo (province de Huesca) côté espagnol des Pyrénées, juste derrière Gavarnie. Le journaliste de France 3 Marc Raturat est en randonnée en famille. Il filme la scène sans s’approcher.

Tout à coup, sur le versant d’en face, des vautours fauves s’approchent d’une vache qui vient de vêler. Le veau est encore faible, allongé au sol. La vache va alors tout faire pour protéger sa progéniture.

Elle charge le groupe de plusieurs dizaines de vautours. Puis le veau parvient à se lever. La vache va alors protéger en priorité son veau et abandonner le placenta aux vautours qui le dévorent en quelques secondes. Phénomène intéressant sur cette vidéo : la vache reçoit le soutien de ses congénères. C’est d’ailleurs très intéressant de regarder les comportements de groupes des deux espèces qui se font face. » C’est signé Fabrice Valery.

Le chapeau précise, mais c’est un avis, pas un fait : “C’est une vidéo qui illustre bien le phénomène de la multiplication des vaitours dans les Pyrénées et le rapport de force entre cette espèce sauvage et des animaux d’élevage, en liberté dans les estives.”

Les faits contenus dans cette vidéo d’un peu moins de deux minutes

  • (De 0 à 14 sec) : Un troupeau de vaches broute sur une estive dégagée. La famille du journaliste observe, s’interroge et commente. Mais je vous invite à couper le son pour vous faire votre propre avis…
  • (De 15 à 19 sec) : Premier gros plan sur une vache penchée sur le placenta qu’elle vient visiblement de libérer il y a peu de temps (combien?).  Une quinzaine de vautours se tiennent entre 10 et 20 mètres de la scène.
  • (De 20 à 25 sec) : D’autres vautours planent dans le ciel.
  • (De 26 à 29 sec) : Le veau est debout, contre sa mère et tourne le dos aux oiseaux. La vache elle les regarde, toujours près du placenta. Les vautours sont immobiles et maintiennent la distance.
  • (De 30 à 32 sec) :  La vache se retourne et tourne le dos aux vautours, qui comme s’ils jouaient à “un deux trois pianos”, profitent - un d’abord, puis quatre autres - de cet instant de non surveillance pour, par petits bonds successifs, se rapprocher de la vache qui est toujours collée contre son veau.
  • (De 32 à 35 sec): La vache s’apperçoit de l’approche, se retourne immédiatement et fait face aux vautours, avant de bondir un instant vers eux pour les chasser. Les vautours les plus proches s’enfuient, s’envolent à la vue de la vache visiblement nerveuse.
  • (De 35 à 47 sec): La vache se retourne à nouveau et passe derrière son veau pour se mettre entre celui-çi et les charognards. Elle baisse la tête et simule une charge provoquant un nouvel envol des vautours les plus proches. Elle est entre toujours entre son veau et les oiseaux, face à ceux-çi.
  • (De 47 à 52 sec): La vache se retourne vers son veau, toujours debout et fait quelques pas. Immédiatement, les vautours se rapprochent à nouveau. Nouvelle intimidation de la vache, nouvel envol.
  • (De 53 sec à 1 min 9 sec): Plan large. Les vaches sont trois, éloignées les unes des autres d’une dizaine de mètres. Quelques vautours atterissent parmi leurs congénères.
  • (De 1 min 10 à 1 min 17): Nouvel effort d’une des vaches pour éloigner les vautours.  Un vautour situé entre les deux vaches profite de la charge pour sautiller vers le placenta et vers un vautour posé derrière la vache qui garde toujours son veau. Elle réagit à cette approche et charche à éloigner les deux vautours derrière elle et son veau.
  • (De 1 min 18 à 1 min 33 ): Le caméramen à visiblement fait une courte pause. On retrouve la vache et son veau entouré de vautours, plus proches encore. La vache ne s’éloigne pas de son veau, elle garde une faible distance entre elle et son petit. Un vautour à l’avant plan ( à sa gauche) est déjà sur le placenta, à trois mètres du veau. Quand la vache se place contre son petit, d’autres vautours foncent sur le placenta et c’est la curée. La vache et son veau sont à une distance de sécurité.
  •  (De 1 min 34 à 1 min 37): Cinq autres bovins s’approchent en rangs serrés et rapidement de la scène. Ils mettent en fuite la bande de vautours. Le veau est toujours collé au flanc de sa mère, derrière elle. Les vautours ne s’approchent ni du petit, ni de sa mère, c’est le placenta qui les intéressent.
  • (De 1 min 39 à 1 min 45 ) : Tout en tournant autour du veau, la mère éloigne un autre groupe de vautours qui sont à une dizaine de mètres.

Analyse

  • A aucun moment les vautours ne semblent en vouloir au veau qui est resté debout pendant toute la scène.
  • La vache alerte, à un très bon instinct maternel et protège son veau avec succès.
  • Les autres vaches se montrent solidaires et viennent au secours de la mère.

Cette idéo n’illustre pas, comme suggéré, « le phénomène de la multiplication des vaitours dans les Pyrénées » mais :

  • il aide à comprendre le comportement normal des vautours
  • il montre l’importance du suivi des vêlages !

Il n’y a rien d'anormal ou de nouveau dans le comportement des vautours qui cherchent à consommer le placenta.

Les animaux d’élevage sains se sortent vivants de la confrontation avec une cinquantaine de vautours. Alors que la mère est occupée à protèger son veau, les vautours se ruent sur le placenta et le mangent, faisant ainsi leur travail de nettoyage de l’estive.

Quand la vache et le veau savent se lever, ils ne courrent aucun danger, surtout si comme on le voit ici, les autres vaches sont solidaires et interviennent pour éloigner les oiseaux.

De l'importance d'une surveillance rapprochée

Le problème est tout différent quand, lors d’un vélâge comme delui-là, les animaux sont en difficultés : quand le veau est trop faible pour se lever ou quand la vache ne sait plus se lever après la mise-bas. Dans ce cas, si l’éleveur est absent et s’il ne surveille pas l’état physique et la mobilité de ses bêtes, il y a danger.

Martine Razin décrit très bien le phénomène : « La présence de vautours prés de bâtiments agricole indique la présence de bétail mort (ou de placentas non enlevés), ou de bétail en difficulté (mise bas à problème nécessitant la présence de l'éleveur ou d'un vétérinaire par ex.). Un effort sanitaire et une surveillance des mises bas rendraient les bâtiments et leurs environs moins attractifs et suffiraient à éloigner les vautours. »  


Vincent Jégou des Chambres d’agriculture de Bretagne et de Michel Gautier de la Chambre d’agriculture des Côtes d’Armor décrivent l’importance de la surveillance des animaux pendant la période des vélâges : « Lorsque l’on trouve une vache couchée qui refuse de se lever, il n’est pas toujours facile de faire la distinction entre les diverses causes possibles. Les symptômes sont assez proches et, de plus, l’examen clinique est malaisé du fait même que la vache est couchée. La majorité des cas correspond à la période autour du vêlage et est reliée à trois catégories de causes principales : métaboliques, traumatiques et infectieuses.

Lorsque l’on trouve la vache couchée sans l’avoir vue se relever après vêlage, on doit penser à l’éventualité d’une paralysie consécutive à la compression d’un nerf lors d’un vêlage difficile...

Compte-tenu de son poids, une vache couchée va développer très rapidement des lésions nerveuses, musculaires et articulaires par écrasement du coté sur lequel l’animal est couché. Cela va se traduire par un arrêt de la circulation sanguine, qui va provoquer des escarres, des nécroses musculaires, des hématomes, voire des polyarthrites. Alors que l’animal peut sembler vif et en relativement bon état, ces lésions deviennent très rapidement irréversibles...à moins de faire changer le bovin de côté toutes les quatre à six heures. Pour l’aider à se relever il est inutile de le brutaliser, ça ne fait qu’empirer les lésions.

La législation actuelle interdit l’abattage en abattoir de bovins accidentés depuis plus de 48 heures, ainsi que de tout animal malade. »

L’animal en difficulté, non surveillé agrave sa situation sanitaire. Il risque de ne plus rien valoir, d'où, pour les éleveurs, l'intérêt financier de rendre responsable les vautours qui s’en sont pris à une bête abandonnée à son triste sort. Voilà pourquoi les éleveurs prétendant que les vautours « attaquent » et demandent que les dommages vautours soient tous indemnisés.

Au vu du manque de surveillance du bétail en estive, les risques sont importants. Les animaux en difficultés ne sont pas mis à l’abri par leurs propriétaires. Les vautours s’en prennent alors aux animaux couchés, immobiles ou bloqués.

Martine Razin constate que « Dans les Pyrénées - l’ensemble du massif comprend 6 départements - l'ONCFS a communiqué qu'en 2012 seulement 16% des constats déclarés (soit 16% de 52 = 8 constats) concernaient des interventions de vautours sur du bétail vivant, affaibli ou blessé et en l'absence de berger". Le reste concerne du bétail déjà mort.

L’enjeu financier est donc énorme pour les éleveurs. Les vautours sont instrumentalisés ! Ils pourraient devenir une source de dédommagements inespérés. Et l’Etat joue dans ce jeu là..

Les éleveurs ont tout intérêt à accréditer la thèse du « changement de comportement » et les chasseurs seront ravis de « réguler » l’importun déviant et de montrer leur utilité..., pour la biodiversité à visage humain.

Marc Laffont me fait remarquer un passage "Euros-Ours" de sa note "Bilan et perspectives pastoralo-ursines" écrite en 2008. 

" D'autres ont fait un constat assez complémentaire : s'il n'est (hélas...), plus envisageable d'obtenir la disparition de l'ours à l'échelle du massif suite à ces renforcements, il est néanmoins possible de feindre d'accompagner son rétablissement, en récupérant un maximum de crédits sur son dos. Et de majoritairement les utiliser à des fins parfois éloignées de la préservation de l'environnement. Quitte à voir l'ours disparaître localement. Mais qu'à cela  ne tienne : le vautour fauve est là pour réamorcer la pompe à subsides. Et lui, brave volatile, ne risque pas de disparaître demain...

C'est la logique illustrée par une tristement réputée Institution dite patrimoniale. Où comment faire disparaître l'ours avec l'argent de l'ours. Qui a dit qu'anti-environnementalisme ne rimait pas avec subtilité ? Avec un autre avantage : outre les financements obtenus, il demeure régulièrement possible de dénoncer le budget «extravagant» mobilisé pour quelques ours. En omettant soigneusement de préciser qu'environ la moitié de ce budget bénéficie directement au pastoralisme, et que l'autre moitié induit de l'activité localement (Equipe Technique Ours, actions de développement). Et les 10.000 €/an qui alimentaient la ligne budgétaire « amélioration de l’habitat de l’ours » jusqu’en 2006 ont été supprimés depuis."

M. L : "Depuis, cette logique a fait tâche d'huile. Comme quoi les "bonnes idées" sont souvent pillées..."

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