Une Histoire d'Ours de mai 1952

Où l'on se rend compte que déjà en 1952: 

  • l'ours avait bon dos, la tendance était à lui faire porter le chapeau, 
  • les prédateurs à deux pattes s'arrangaient entre eux,
  • pour les politiciens locaux, s'attaquer à l'ours était un gage de légitimité.

Rien n'a changé en 60 ans...  

Merci à David Labadie de m'avoir envoyé une copie de ce vieux numéro du Chasseur français.

Une histoire d'ours - Le chasseur français mai 1952Une histoire d’ours brun des Pyrénées qui, étant du Midi, a vraisemblablement exagéré dans son comportement, chose qui le perdit.

Il y a chaque année, dans un des coins sauvages des vastes forêts de sapin qui dominent Luchon, quelque ours tenté par les moutons des pâturages.

Le pâtre signale : une bête est perdue… Le propriétaire de la bête constate que c’était la plus belle du troupeau et se demande en lui même si l’ours incriminé n’est pas tout simplement quelque boucher désireux de faire une affaire, une bonne affaire que l’on coupe en deux avec le berger.

La présente année, il y avait eu manifestement exagération, puisque cinq, puis dix, puis quinze, puis vingt moutons avaient disparu. Mais l’alerte donnée dès la deuxième ou troisième bête, les peaux retrouvées déchiquetées, l’affirmation du pâtre déclarant que c’était l’ours! La prudence de ce même pâtre quant il menait le troupeau à l’Esponne du Lys, aux pentes gazonnées extrêmement rapides et proches des fourrés de rhododendrons : toutes choses donc disaient aux propriétaires que l’ours, cette foi-çi, était là.

Ce dernier d’ailleurs, avait eu l’imprudence de s’attaquer entre autres, aux troupeaux des frères ADER, maires de deux villages jumeaux.

Savait-il cet ours, que le ministre de l’Agriculture avait pris un décrêt pour le protéger? Fort de ce décrêt, se croyait-il tabou? peut-être. Mais un maire de la quatrième république, à plus forte raison deux maires de cette même république, propriétaires et paysans de père en fils, ne pouvaient tolérer plus longtemps le massacre des troupeaux de la vallée et alertèrent, en vue d'une battue régulière, le préfet régional, le ministre régional, M. le Président de la République, national par élection, mais également régional par ses ascendants, et la défense des intérêts de ces agriculteurs obtint un soupçon de légalité offrant d'ailleurs une certitude de légitimité.

Durant ces secrètes palabres épistolaires, notre ours avait acculé une génisse à sauter de peur dans un précipice et se délectait de filet et de faux filet.

C'en était trop et le châtiment était proche ! Ni Meneu de Meneu, ni à Castillon les Peyroulan, les Campet, les Aventin, ni à Cazeaux les Jourteaux, les Mora et les Ribes ne pouvaient comme Oustalet, Pena, Loo ou Gasquet en supporter davantage en leur colère.

Le dimanche 4 septembre, à l'orée de huit heures, quatorze chasseurs occupèrent les postes ; dix-huit rabatteurs, à dix heures, commencèrent la traque, et l'un d'eux, le fils Mounic, auquel des jambes de dix-neuf ans permettaient de prendre de l'avance, vit, dans une cheminée, notre plantigrade montant vers lui.

À dix mètres à peu près, une balle en plein poitrail, doublée d'une décharge de chevrotines, fit rouler Maître Martin pendant bien deux cents mètres. Il était mort, tout à fait mort, non loin de la Vierge de Saint-Anne, et notre chasseur alors vendit sa peau.

Un boucher détailla la bête, mais il conserve en de multiples pots cette graisse de vieil ours de 160 kilogrammes qui permet de composer un onguent unique pour les rhumatisants autochtones.

G. DU BEVAL.

Source: Le Chasseur Français N°663 Mai 1952 Page 263

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