Abattre les bouquetins du Bargy: pour l'ANSES, ce n'est pas nécessaire !

ANSES : "Cette analyse ne permet pas de confirmer la nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées.

L’Anses a été saisie le 9 juillet 2013 par le ministère chargé de l’Agriculture et le ministère chargé de l’Ecologie pour la réalisation de l’expertise suivante : saisine relative aux mesures à prendre pour les bouquetins pour lutter contre la brucellose sur le massif du Bargy, Haute-Savoie. 

Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail1 relatif aux «mesures à prendre sur les bouquetins pour lutter contre la brucellose sur le massif du Bargy, Haute-Savoie».

Conclusions et recommandations de l'agence

Logo-ansesL’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail endosse les conclusions de son groupe d’expertise collective d’urgence.

L’Agence souligne, avec ses experts, que le présent avis s’inscrit dans un paysage de connaissances très incomplet, en raison de la mise en place récente du suivi de la population de bouquetins et qui resterait donc à conforter par la poursuite des efforts engagés en 2012. Elle souligne également les circonstances exceptionnelles et la nature vraisemblablement accidentelle de la transmission de la maladie à un cheptel bovin en 2011 dans le secteur du Bargy. Cette analyse ne permet pas de confirmer la nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées, compte tenu en particulier de leur ampleur et de leur nature.

Si de telles actions d’abattage apparaissent néanmoins les plus à même de réduire drastiquement la taille du réservoir de la maladie, et en conséquence la probabilité de contact des bouquetins avec les ruminants domestiques, les travaux d’expertise menés dans un délai très contraint et qui se sont appuyés sur des jeux de données incomplets en cours de constitution, n’ont pu permettre de conclure clairement et quantitativement quant à la pertinence de chacune des stratégies d’abattage envisagées, leur protocole de mise en œuvre et de suivi, ainsi que leurs conséquences éventuelles. Les experts du GECU restent partagés sur ces questions et ont souligné ces limites.

On rappellera qu’il n’existe que très peu d’exemples d’éradication réussie d’une maladie par élimination de son réservoir sauvage en un temps court.

Au-delà de ce premier travail d’expertise, les données complémentaires permettraient assurément de mieux objectiver le choix des scénarios analysés, d’évaluer la possibilité de combiner des mesures d’abattage limitées avec d’autres mesures de maîtrise et in fine, d’affiner des scénarios associant au mieux les enjeux de santé publique et de santé animale, les considérations éthiques, et celles relatives à la faisabilité de ces mesures.

Le directeur général
Marc Mortureux

Extraits

"Toutes les études européennes ont, jusqu’à présent, montré que, même si des cassporadiques d’infection brucellique avaient pu être observés sur des ruminants sauvages, de montagne notamment, ces cas ne perduraient pas dès lors que l’infection était éradiquée au sein de la population de ruminants domestiques."

"Ces résultats semblent indiquer que la contamination d’un cheptel domestique par des bouquetins du Bargy, qui s’est produite en une unique circonstance sur 12 ans de cohabitation animaux domestiques – faune sauvage dans le massif concerné, n’a pas répondu à une logique statistique de pression d’infection, mais correspondrait plutôt à un évènement de type accidentel et exceptionnel."

"Par ailleurs, ces résultats permettent d’illustrer que le risque de transmission, pour faible qu’il apparaisse, n’est pas homogène sur l’ensemble du massif. Si des mesures de maîtrise étaient envisagées, il serait pertinent de cibler en priorité les zones d’alpages présentant des risques de contacts direct et indirect les plus importants."

"Les conclusions de l’analyse qualitative rendue dans l’avis 2013- SA-0082 évaluent le risque de transmission de la brucellose entre bouquetins et ruminants domestiques comme étant compris entre minime et faible (selon l’espèce de ruminant)"

"Les experts s’accordent sur le caractère peu réaliste de l’objectif d’élimination de la totalité des bouquetins du Massif du Bargy en quelques semaines. L’histoire des abattages massifs à visée sanitaire dans la faune sauvage montre que de telles opérations nécessitent plusieurs mois voire plusieurs années pour atteindre une éradication réelle de l’espèce sur la zone considérée (qui plus est, l’efficacité sanitaire d’une telle opération n’est en aucun cas transposable d’une situation à l’autre car impliquant des espèces/agents pathogènes/contextes et territoires différents)."

"Par ailleurs,il faut souligner que l’absence de bouquetins visibles sur le massif ne serait pas synonyme d’élimination totale de l’espèce sur cette zone. La réaction du bouquetin en cas de tirs massifs est imprévisible. Si le bouquetin a plutôt tendance à remonter en altitude quand il est mis en danger, il n’est pas possible de prévoir la réaction d’une population de bouquetins soumise à une telle pression de «chasse » . De même qu’ils peuvent gagner des zones inaccessibles du massif du Bargy, il faut envisager l’hypothèse qu’ils cherchent à fuir vers d’autres massifs. Il paraît en effet techniquement
difficile de «boucler» suffisamment longtemps le massif du Bargy qui représente une surface de plus de 3000 ha"

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1) L’Anses met en œuvre une expertise scientifique indépendante et pluraliste. L’Anses contribue principalement à assurer la sécurité sanitaire dans les domaines de l’environnement, du travail et de l’alimentation et à évaluer les risques sanitaires qu’ils peuvent comporter. Elle contribue également à assurer d’une part la protection de la santé et du bien-être des animaux et de la santé des végétaux et d’autre part l’évaluation des propriétés nutritionnelles des aliments. Elle fournit aux autorités compétentes toutes les informations sur ces risques ainsi que l’expertise et l’appui scientifique technique nécessaires à l’élaboration des dispositions législatives et réglementaires et à la mise en œuvre des mesures de gestion du risque (article L.1313-1 du code de la santé publique). Ses avis sont rendus publics.

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