Cochons de payeurs

Ou pourquoi donc faire payer les bobos parisiens ?

Le pastoralisme pyrénéen terrassant l'ours. Dessin de Marc Large
Le pastoralisme pyrénéen terrassant l'ours

Claude Carrière est le Président de la Fédération pastorale de l'Ariège.

Aujourd'hui, dans la Dépêche, il a les chocottes : “Les aides de la politique agricole commune s'arrêtent en 2014.  Le programme de soutien à l'économie de montagne, qui était cofinancé par l'Union européenne, permet le fonctionnement de la fédération… et à monter des dossiers pour les travaux, la construction de cabanes par exemple. (...) Si ces aides s'arrêtent, ces choses risquent de s'arrêter aussi. Et si le pastoralisme s'arrête, c'est la fin de nos territoires.

Et bien ça alors ! Moi qui croyait que c’était l’ours, le danger !

Le Pastoralisme pyrénéen est un coucou dans le nid d’un rouge gorge.


Marc Laffont, c'est mon copain. Il suffit de le mettre en rogne pour qu'il saute sur sa plume. Je lui ai donc envoyé le lien avec pour seul commentaire : "Si ces aides s'arrêtent, ces choses risquent de s'arrêter aussi" Et ça l'a chattouillé !

par Marc Laffont

Un titre volontairement alarmiste (on ne dira pas racoleur, car ce n'est pas le genre de la Dèche du Midi) qui laisse à penser que les méchants technocrates européens ne veulent plus subventionner les gentils éleveurs de brebis pyrénéens. D'ailleurs c'est efficace: la plupart des commentaires laissés sous l'article vilipendent les immondes céréaliers au bénéfice desquels seraient exclusivement réservées les subventions agricoles. Réactions symptomatiques d'une méconnaissance de la répartition réelle des subventions en Midi-Pyrénées.

En 2012, une exploitation céréalière moyenne de  Midi-Pyrénées a touché 32.100 €. La même année, une exploitation ovins-viande moyenne de  Midi-Pyrénées a touché 45.800 €, 43% de plus. La comparaison est pire si on ramène les montants touchés à la dimension économique...

A partir de 2015, ce montant de subventions sera a minima maintenu, et très vraisemblablement accru. Jusqu'en 2021.

L'objet des inquiétudes de M. Claude Carrière, c'est la "possible fin" de la contribution de l'Union Européenne au budget du Plan de Soutien à l'Économie de Montagne, le PSEM post 2014. Le PSEM, programme pyrénéen sur la période 2008-2014 était doté initialement de 48,5 millions d'€.

Je dis bien "possible fin", car en fait je n'en sais rien. Mais partons du principe que Claude Carrière dit vrai: l'Union Européenne ne participera plus au financement du PSEM à partir de 2015.

"Favoriser l'acceptation de l'ours"

Petit rappel pas inutile : Le PSEM a été conçu dans le contexte du plan de restauration de la population ursine des Pyrénées. Il était destiné à favoriser l'acceptation de l'ours au travers de ces retombées économiques (subventions supplémentaires) dont le territoire pyrénéen bénéficiait grâce à l'ours.

Comme l’a dit Francis Poineau1 , berger transhumant en Haute-Soule : « Il fallait bien apporter une compensation politique à la très maladroite et médiatique imposition d'ours slovènes dans les Pyrénées. »

Au final, l'opposition à l'ours s'est sentie renforcée (avec raison), la restauration de l'ours est gelée, et les principaux bénéficiaires (ariégeois) de cette manne se gardent bien, 8 ans après, de rappeler que sans l'ours, ce plan n'aurait pas vu le jour. Ou tout du moins pas avec cette ampleur. 48,5 millions sur 7 ans, ça fait quand même presque 7 millions d'€/an !

Merci qui ? Merci personne ! C'est désormais un dû, point. On voit où ça mène, "le contrat plutôt que la contrainte"...

48,5 millions d'€ pour 7 ans : Qui viennent d'où ?

  • 16% des collectivités locales,
  • 38% de l’État,
  • 46% de l’Union Européenne

Autant dire que c'est le contribuable extérieur au territoire concerné qui abonde majoritairement au budget.

Sur 43,6 millions fin 2013 : Au bénéfice de qui ?

  • Des Pyrénées Atlantiques : presque 13 millions d'€ ( pour 400.000 brebis)
  • De l'Ariège : plus de 12 millions d'€ (pour 70.000 brebis)
  • Des Hautes Pyrénées : plus de 9 millions d'€. ( pour60.000 brebis)

Le reste du territoire représente moins de 10 millions d'€.

L'important et intéressant volet de l'animation pastorale

L'Ariège a empoché 1,8 millions d'€, soit 40 % des 4,5 millions d'€ dédiés. Et 1,3 millions d'€ pour les Hautes Pyrénées (30 %).

L'Ariège possède environ 10-12 % du cheptel ovin pyrénéen et assez peu de bovins. Elle a pourtant récupéré près de 30 % des crédits, dont 40 % des crédit "animation pastorale". On comprend donc toute l'inquiétude du Président de la Fédération pastorale ariégeoise : Si les 46 % de contribution au PSEM en provenance de l'Europe ne sont pas compensés, c'est l'Ariège (et sa Fédération) qui a le plus à perdre au prorata, juste devant les Hautes Pyrénées. Deux régions qui crachent pourtant dans la soupe (à la patte d’ours) !

Le PSEM : Un objectif obsolète

Pourtant en toute cohérence, ce PSEM n'a plus lieu d'être tel qu'il a été "pensé" en 2006/2008 : Il était la réponse à "l'imposition d'ours slovènes" dans les Pyrénées par l'Europe, sans lesquels le pastoralisme se portait... comme un charme.

Maintenant que  la Ministre de l'Agricologie a déclaré qu'il n'y aurait plus "d'imposition d'ours slovène" là où il y a du pastoralisme, il n'y a plus de raison que l'Union Européenne participe au financement du PSEM. Il serait même parfaitement logique que la part "manquante" soit intégralement compensée par les impôts des habitants des zones concernées.

Les idéologues ultra-pastoraux nous expliquent que les "valléens" sont tous contre l'ours et que les "bobos toulousains et parisiens" n'ont pas leur mot à dire.

S'ils n'ont pas leur mot à dire, pourquoi donc les faire payer ?

Notes :

  1. http://www.ehlgbai.org/sites/default/files/IzarLorea53.pdf
  2. Source des références chiffrées :http://www.agriculturepyrenees.fr/images/3_presentation_PSEM.pdf
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