Vautour fiction

par Patrick Leyrissoux

14 mai 2025 : Les scientifiques viennent de publier leur rapport sanctionnant 10 ans d’études et d’expérimentation sur le vautour fauve.

Jouet-vautourLes conclusions sont époustouflantes. Une fois de plus, la nature nous montre ses capacités d’invention, sur des millions d’années d’évolution, qui dépasse ce que l’homme peut concevoir.

Il s’agit notamment du système de vision de l’animal, et du traitement de cette information par le cerveau.

Il se trouve que le vautour fauve a une vision dont la gamme de longueur d’onde s’étend plus largement que l’être humain. L’homme est cantonné au visible. Le vautour fauve a aussi des capacités dans l’infrarouge, comme les caméras thermiques.

Mieux : comme les satellites de télédétection qui ont des filtres à bande étroite, pour prendre des images dans une couleur (ou longueur d’onde) particulière, le vautour dispose de possibilités de « zoom fréquentiel », aussi bien dans le visible que dans l’infrarouge. Certaines zones du cerveau se sont spécialisées dans le traitement de l’information optique, pour réaliser cette prouesse.

Les satellites astronomiques fonctionnant dans l’infrarouge disposent d’un système de refoidissement du capteur, pour éviter une perturbation du signal par la chaleur ambiante. Le vautour a développé un système similaire pour que sa vision en infrarouge ne soit pas perturbée par sa chaleur propre: des réactions biochimiques refroidissent fortement et très localement les zones sur le trajet de l’information, du nerf optique jusqu’aux zones du cerveau impliquées. Des sécrétions antigel (comme certains animaux survivant dans la glace) évitent la mort et la nécrose des cellules concernées.

Ainsi équipé par la nature, l’animal est capable de distinguer des différences de température de 0.1°C dans son environnement. Ces performances lui permettent de jouer parfaitement son rôle de nécrophage :

  • En aérologie, il peut directement voir les courants thermiques, et aller chercher sans détour les meilleures ascendances.
  • Dans la recherche de nourriture, en complément de la détection classique des mouvements d’un animal (mouvements trahissant un handicap, ou immobilité totale) il peut faire un bilan thermique qui va grandement l’aider :
  • Un cadavre étant à température ambiante, contrairement à un animal immobile endormi qui a sa température propre, il fera très rapidement la différence. C’est pourquoi « faire le mort » pour voir si les vautours se rapprochent est parfaitement inutile.
  • Un animal malade fiévreux sera très rapidement repéré au milieu d’un troupeau : en infrarouge, il paraîtra plus brillant que ses congénères.

De cette façon, le vautour fauve remplit avec une grande efficacité son rôle de « police anti-virale » :

  • L’animal malade est immanquablement repéré et surveillé.
  • Dès qu’il montre des signes de faiblesse ou de vulnérabilité, il est impitoyablement éliminé par consommation.
  • Le foyer épidémiologique est ainsi rapidement éradiqué.

Ces particularités expliquent en grande partie des témoignages d’éleveurs interprétant le comportement du vautour comme un prédateur, alors qu’en fait il joue son rôle de « police anti-virale » :

  • Dans bien des cas, l’éleveur voyait une bête debout, en bonne santé, se faire dévorer par les vautours. Les expertises vétérinaires, réalisées après coup, montraient une bête atteinte d’une maladie grave. En fait, le vautour avait détecté un état fébrile au premier coup d’œil, bien avant des symptômes qui auraient pu alerter l’éleveur. Et ne parlons pas des troupeaux négligés, en mauvais état sanitaire.
  • Ceci explique aussi certains passages en rase-mottes au-dessus des troupeaux, interprétés à tort comme une menace, pour affoler et faire dérocher les bêtes. Il s’agit tout simplement de passage de reconnaissance pour repérer des bêtes fiévreuses au sein d’un troupeau. La proximité due à la basse altitude améliorant la résolution en vision infrarouge.

On se souviendra du lamentable épisode des bouquetins du Bargy, atteints de brucellose, il y a 10 ans. On ne peut que regretter qu’une colonie de vautour fauve ne nichait pas dans le massif ou à proximité. L’épidémie n’aurait peut-être pas atteint l’ampleur qu’elle a connue, les vautours auraient promptement débarassé le massif des restes d’avortement, ou des bêtes les plus fiévreuses.

Le ministère de l’agriculture a émis des recommandations pour les éleveurs, et notamment :

  • Equipement des élevages de caméras thermiques pour repérer précocement les animaux fiévreux. Le prix de ces caméras a fortement baissé depuis 10 ans, et est devenu accessible. Une partie du coût est pris en charge par le ministère.
  • Suivi plus attentif de l’état sanitaire des troupeaux.
  • Mise à l’abri des animaux malades.

….. Sinon le troupeau pourrait se retrouver en infraction vis-à-vis de la « police anti-virale ».

Le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) s’est montré vivement intéressé par ces recherches qui pourraient trouver des applications. En effet, les satellites astronomiques fonctionnant en infrarouge, pour détecter entre-autres la naissance des étoiles et de nouveaux systèmes solaires, ont une durée de vie limitée par leur réserve de fréon servant à refroidir le capteur, qui s’évapore lentement dans l’espace. Un refoidissement par réaction biochimique pourrait peut-être prolonger cette durée de vie.

Patrick Leyrissoux

PS : On peut toujours rêver..., la nature nous a déjà révélé des surprises de taille, pour notre émerveillement. La respecter pourrait éviter que ses secrets restent à jamais enterrés et invisibles à notre regard.


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